CAMEROUN :: Passeports des ministres retirés : Paul Biya affole les réseaux de corruption :: CAMEROON
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  • La Nouvelle : Jacques Blaise Mvié
  • lundi 09 décembre 2019 09:43:00
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CAMEROUN :: Passeports des ministres retirés : Paul Biya affole les réseaux de corruption :: CAMEROON

« Passeports de Emmanuel Nganou Djoumessi, Ismaël Pierre Bidoung Mkpatt, Louis Pau Motaze, Paul Atanga Nji et Magloire Séraphin Fouda retirés sur haute instruction Hp ». Voilà la quintessence d’un message qui est devenu viral sur les réseaux sociaux dans la journée du 4 décembre dernier, avant que celui-ci qui va suivre ne vienne plus ou moins rasséréner les esprits : « Halte à la désinformation ! Le passeport d’aucun membre du gouvernement n’a été retiré ce jour par la police à la demande du chef de l’Etat. Encore une manœuvre de l’opinion pour empêcher certains ministres à la réputation établie de mettre toute leur énergie au service de l’Etat ». La première curiosité, et non des moindres, c’est que tous ces messages qui semblent se contredire, ne sont pas signés. Pourtant, ils semblent, à tous les points de vue, traduire l’effervescence qui règne, depuis quelques jours dans tous les réseaux de corruption qui écument les couloirs du pouvoir. Question donc : pourquoi tant de fébrilité autour du président Paul Biya ? De quoi a-t-on peur ? Décryptage.

Sur les réseaux sociaux, mercredi dernier, beaucoup de Camerounais croyaient avoir dans leurs téléphones une bombe à fragmentations. Certains, malgré l’autre message qui est venu aussitôt contredire tout ce qui était affirmé de manière péremptoire dans le premier, ne se sont même pas lassés de se repasser le tuyau un peu comme s’ils évoquaient un sujet tabou. A savoir que « Même les passeports de Louis Paul Motaze et de Paul Atanga Nji ont aussi été retirés ». Donnant ainsi l’impression que le but escompté par les auteurs de ce message sur le retrait des passeports des ministres est atteint. Car leur tactique a la pernicieuse particularité de semer ainsi le doute dans les esprits, de provoquer l’amalgame dans l’opinion et de distraire ceux des ministres qu’on veut jeter en pâture à l’opinion pour des besoins politiciens bien précis et bien circonscrits dans un contexte déterminé, mais publiquement inavoués. Aucun hasard donc dans le timing et le choix des personnes ainsi ciblées.

Ainsi se répètent toujours, comme une idiote, ces histoires de manipulation et de désinformation de l’opinion depuis des années, à la veille de chaque importante décision du président de la République. Alors cette fois-ci, de quoi s’agit-il ? Selon des sources exclusives, le président Paul Biya n’aurait pas caché son premier agacement en apprenant que depuis le mois d’octobre 2019, la société italienne Piccini avait perçu, à titre exceptionnelle, une avance de 4 milliards de Fcfa, jugés nécessaires par les Italiens eux-mêmes pour la relance des travaux, après la signature d’une convention tripartite entre le gouvernement, l’entreprise Gruppo Piccini et la banque Bgfi. Sauf que malgré cet appoint, l’entreprise italienne croulait encore sous d’énormes manquements.

L’on parle de nombreuses dettes de prestataires locaux impayées ; du non-respect de la législation salariale ; un important retard de payement des salariés, uniquement 70% des salaires payés malgré l’acompte de 4 milliards de FCFA consenti par le gouvernement ; des mois d’arriérés de loyers impayés au niveau de leurs bureaux du centre-ville à Yaoundé. Il convient de rappeler pour la petite histoire que dans le cadre de l’organisation de la Can 2019 au Cameroun, l’entreprise Gruppo Piccini s’était proposée à construire le complexe d’Olembe dans la périphérie de Yaoundé, un stade couvert de 60 000 places, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres, un centre commercial, un gymnase, une piscine olympique, un musée, un cinéma et d’autres infrastructures pour le tennis, le basket, le hand-ball et le volley. Le tout sur une superficie de 35 ha, pour un coût total de 163 milliards de FCFA, financé directement par la banque publique italienne dénommée San Paolo. Pour le début des travaux, le gouvernement camerounais a dû verser sa contribution, soit 15% du montant du projet. En 2017, les travaux commencent sans problème. A la grande satisfaction de tous. Quand ceux-ci s’arrêtent en novembre 2018, le stade a matériellement pris corps. Il ne reste que les lots concernant l’électronique, l’habillage et la pose de la pelouse. Seulement, il faut relever que sous la pression des délais prescrits par la Caf, certaines pièces avaient été préfabriquées en Italie. Contre toute attente, les Italiens de Gruppo Piccini vont subitement présenter dans la foulée un avenant de 28 milliards de FCFA, sous le fallacieux, mais justifié prétexte de payer la logistique inhérente au transport de ces préfabriquées jusqu'au Cameroun.

Ce qui parait tout de même étrange, c’est qu’ils exigent au même moment le paiement préalable de cette somme pour reprendre les travaux à Olembe. Or, le contrat passé avec l’Etat camerounais stipule clairement que c’est à la fin des travaux que les deux parties doivent faire le point sur la situation budgétaire qui peut être, soit en dépassement, soit être en deçà du montant prévu pour la réalisation des travaux.

Usine de préfabriqués

Une raison suffisante pour que le gouvernement estime qu’il ne saurait procéder à un paiement supplémentaire, surtout à ce stade du projet. Ce d’autant plus qu’en octobre 2018, le chantier affichait déjà un pourcentage de 79% de consommation du budget pour un taux de 56% des travaux déjà effectués. Une raison supplémentaire : ce prétexte d’un surcoût de 28 milliards de FCFA lié à la préfabrication de certains éléments du stade en Italie, est loin de convaincre le gouvernement camerounais. Tout simplement parce qu’au départ les Italiens avaient chèrement facturé l’installation d’une usine de préfabriqués sur place au Cameroun.

Or, celle-ci n’a jamais été mise en place à Olembé. Autre raison, et non des moindres : il reste un solde de 40 milliards de FCFA sur les 163 milliards de FCFA du budget total des travaux qui n’est pas consommé. Mais les Italiens refusent obstinément de l’utiliser. Et pourquoi donc ? Aux yeux du gouvernement camerounais, le paiement des 28 milliards de FCFA de l’avenant ainsi brandi par les Italiens s’apparente ni plus ni moins à une tentative de détournement de deniers publics. Pour cette simple raison, le gouvernement camerounais ne cède pas au chantage des Italiens. Car le président de la République suit personnellement le dossier. Pendant un an que dure l’arrêt des travaux, le gouvernement fait des mains et des pieds pour qu’une solution soit trouvée. Mais en vain. Au contraire, les Italiens demandent plutôt au gouvernement camerounais de se porter caution auprès de la Bgfi pour une avance exceptionnelle de 4 milliards de FCFA pour la relance des travaux du complexe d’Olembé. De guerre lasse, (d’où cet agacement du président de la République dont nous avons parlé plus haut) une convention tripartite est alors signée entre l’entreprise Gruppo Piccini, la Bgfi et le gouvernement camerounais. Malheureusement, une fois débloqués, ces 4 milliards de FCFA vont prendre une autre destination. Et à la surprise générale, au lieu de relancer les travaux à Olembé, les Italiens osent encore exiger une autre rallonge de 4,8 milliards de FCFA en même temps qu’ils refusent carrément d’utiliser le solde de 40 milliards toujours disponibles à la banque San Paolo en Italie.

Par cette attitude de roublardise et de mépris ostentatoires, le gouvernement camerounais finit par avoir la confirmation que ces Italiens de Piccini camouflent des projets moins rutilants et un sombre agenda caché. Deux mises en demeure leur sont alors signifiées respectivement le 3 juin et le 7 octobre 2019 pour essayer de faire bouger les lignes. Narcisse Mouelle Kombi leur donne ainsi un délai supplémentaire jusqu’au 15 octobre 2019 pour relancer le chantier. Le 23 octobre dernier, il constate toutefois sur le terrain une reprise timide des travaux à Olembe et exige la multiplication des équipes pour accélérer le rythme des travaux. Lors de la deuxième visite effectuée quelques jours après, les ouvriers ont disparu. Informé aussitôt le 29 octobre dernier, le président de la République prescrit résolument la résiliation du contrat avec ces Italiens dévergondés et décide d’attribuer lui-même le marché à la société canadienne Magil. Sans attendre, le gouvernement canadien décide de financer dans la même foulée l’achèvement de l’ensemble du complexe d’Olembé, avec une livraison du stade au milieu de l’année 2020 pour donner ainsi à la Caf le temps nécessaire d’effectuer ses différents tests d’usage. Il faut relever en passant que l’Etat camerounais détient toujours toutes les cautions versées par les Italiens avant l’attribution de cet important marché.  

Avenant de 28 milliards de FCFA

Ce n’est donc certainement pas un hasard si la salve de messages relatifs au retrait des passeports de certains ministres ayant circulé sur les réseaux sociaux la semaine dernière, est déclenchée en ce moment. Ceci n’est qu’un signe visible des manœuvres actuelles dans les coulisses du pouvoir et qui étale au grand jour cette ambiance de panique et de frilosité qui règne au sein desdits réseaux. Surtout ceux qui tournent autour de cette affaire de la Can 2019 depuis des années. Au rang de ceux-ci, on parle davantage ces derniers jours du réseau Bafang piloté des mains de maitre par le colonel de gendarmerie à la retraite, Gédéon Yossa, ancien commandant de la Sécurité militaire (Sémil) et actuellement responsable de la sécurité de l’entreprise italienne Gruppo Piccini. Joint à un exercice que ce dernier maîtrise sur le bout des ongles depuis son passage à la Sémil, ce grand manœuvrier de l’ombre aurait renoué, selon nos sources, avec les vieux démons. D’ailleurs, on subodore que c’est lui, avec un certain Ngaha, un autre frère bafang, présenté comme le représentant des Italiens au Cameroun et importateur des engins lourds à ses moments perdus, qui serait à l’origine de cette étrange assurance des responsables de Piccini qui a longtemps oscillé entre arrogance et bravade pour faire chanter le gouvernement camerounais.

Tout simplement parce que ceux-ci ont toujours laissé croire aux Italiens qu’ils avaient des bras très longs jusqu’à la Task force du palais d’Etoudi… Et que la stratégie a consisté jusque-là à endormir le président de la République pour que ce dernier, dos au mur face aux pressions de la Caf et aux délais très courts, consente enfin à faire débloquer le paiement de l’avenant de 28 milliards de FCFA. Cautionnant ainsi ce que le gouvernement camerounais soupçonne depuis l’arrivée du Pr. Narcisse Mouelle Kombi au Minsep comme une tentative de détournement des fonds publics. Les mêmes sources indiquent à cet effet que c’est toujours lui, Gédéon Yossa, qui pourrait être derrière cette correspondance explosive adressée récemment au président de la République par les Italiens après la résiliation du contrat du marché des travaux d’Olembé. 

3ème étage du palais de l’Unité

Profusément étreints par une indicible revanche d’en découdre avec certains hauts dignitaires de la République chargés de ce dossier Can en haut lieu et dans certains ministères, ceux-ci auraient balancé des noms et des numéros de compte dans certaines banques à l’étranger où des versements de sommes d’argent exorbitantes devaient être effectuées en guise de cadeau aux soutiens divers de ces dignitaires. Pour nos sources, c’est ce qui explique pourquoi dans cette affaire du complexe d’Olembé, les caisses publiques de l’Etat camerounais sont devenues des sortes de tonneaux de Danaïdes : plus vous remplissez, plus elles fuient de partout…

C’est ainsi que, apprend-on, dès réception de cette correspondance explosive, le président Paul Biya serait tombé des nues, un peu comme Louis XIV découvrait avec stupeur l’étendue de la fortune de son surintendant Nicolas Fouquet, lors des somptueuses fêtes du Château de Vaux. Suffisant pour mettre le feu aux poudres et qu’aujourd’hui les flammes qui ont levé aussitôt, dès cette découverte du président, embrasent et lèchent même jusqu’au 3ème étage du palais de l’Unité à Etoudi. D’où les froissements de tôle entendus discrètement au ministère des Arts et de la Culture en début de semaine dernière où certains Dp, triés sur le volet, auraient été aperçus. Assurément, pour des missions bien précises. On peut aisément soupçonner lesquelles… D’où aussi, ces noms des ministres dont on aurait retiré les passeports, balancés avec une ferveur artisanale qui trahit toutefois la fébrilité. Car, plus préoccupés qu’ils sont devenus à casser le thermomètre qu’à lire correctement ce qu’il leur révèle comme température, des manœuvriers de l’ombre à la solde des mentors bien identifiés dans la correspondance explosive des Italiens, n’auraient plus pour seul souci que de créer l’amalgame. Un amalgame qui aurait pour objectif d’embarrasser le président Paul Biya. Le portail des camerounais de Belgique (Camer.be). Mais là aussi, on ne se prive pas d’observer que tout se passe très vite mercredi dernier, avec l’alerte du retour du président Paul Biya à Yaoundé. Ceci, après que ce dernier ait volontairement opté de se rendre seul, sans son épouse, à Mvomeka’a, son village natal, quelques deux jours avant. Alors la question qui n’arrête pas de brûler certaines lèvres et que nous pouvons poser avec autant de prudence que possible : pourquoi le président avait-il choisi de s’y rendre seul ?

09déc.
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