Muyuka : le BIR humilie des civils pour traquer des combattants introuvables
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À Muyuka, dans le Sud-Ouest, les habitants d'Ikata, Ekona et des environs vivent sous pression militaire permanente. Le BIR impose des séances d'immobilisation forcée à l'ensemble de la population, sans distinction d'âge ni de sexe.

Une pression militaire systématique sur les civils

Depuis plusieurs mois, les éléments du Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) multiplient les descentes dans les quartiers de Muyuka et ses environs. À chaque opération, le scénario se répète : vieux, jeunes, hommes et femmes sont contraints de s'asseoir sur l'herbe, parfois pendant de longues heures. Les soldats prennent la parole. Leurs discours visent systématiquement à accuser la population de protéger des séparatistes. Personne n'est épargné lors de ces opérations, selon des sources locales recueillies.

La cible : une force armée liée au "Général Sky"

L'objectif déclaré du BIR est de neutraliser les Ambazoniens actifs dans la zone de Muyuka. Cette force est associée à un commandant se présentant sous le nom de « Général Sky ». Elle opère en lien avec des combattants basés à Kumba. Ces dernières semaines, les fighters ont adopté un positionnement dispersé, sans coordination apparente. L'armée camerounaise en tire une conclusion : les combattants se cacheraient parmi les civils. C'est sur cette hypothèse que repose l'ensemble du dispositif de pression sur la population.

Un raisonnement militaire contredit par les faits locaux

Le problème est que cette hypothèse ne tient pas à l'épreuve du terrain. Selon une source crédible citée par CNA, il est de notoriété publique à Ekona que les combattants du mouvement séparatiste sont positionnés dans les montagnes environnantes, et non parmi la population civile. Le fossé entre la stratégie militaire et la réalité géographique est documenté localement. Pourtant, le BIR maintient ses opérations de pression sur les habitants. La torture émotionnelle des civils terme utilisé par la source continue sans relâche, malgré l'absence de preuves d'infiltration séparatiste dans les zones résidentielles.

Les enjeux d'une stratégie contre-productive

Cette stratégie militaire produit l'effet inverse de celui recherché. Elle érode la confiance entre l'armée et une population qui pourrait constituer une source d'information précieuse. Humilier des civils innocents renforce la sympathie passive pour les mouvements séparatistes, même chez des habitants qui n'y adhèrent pas. La crise anglophone au Cameroun entre dans sa neuvième année. Les méthodes coercitives appliquées à Muyuka reproduisent un schéma déjà documenté dans d'autres zones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Une population durablement traumatisée par des opérations militaires perçues comme arbitraires devient imperméable à tout processus de réconciliation. Le conflit anglophone camerounais risque de se cristalliser en antagonisme civil durable, bien au-delà de la dimension armée. Le retrait de la confiance populaire constitue un facteur de déstabilisation à long terme que les seules opérations militaires ne peuvent pas résoudre.

Quand la force militaire creuse l'écart qu'elle prétend combler

Les habitants d'Ekona, d'Ikata et de Muyuka ne sont pas des combattants. Ils le savent. L'armée, selon ses propres sources de terrain, le sait aussi. Alors pourquoi cette pression continue ? La vraie question n'est pas tactique : elle est politique. Qui décide de maintenir ces opérations, et dans quel but réel ?

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