Dette publique du Cameroun : 44,3 % du PIB. Le signal d'alarme que Yaoundé ne peut plus ignorer
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Dette publique du Cameroun : 44,3 % du PIB. Le signal d'alarme que Yaoundé ne peut plus ignorer :: CAMEROON

La dette publique du Cameroun atteint 44,3 % du PIB au premier trimestre 2026. Un chiffre officiel, documenté par la Caisse Autonome d'Amortissement, qui révèle une accélération mesurable mais non anodine de l'endettement de l'État.

Un palier franchi sous surveillance

La Caisse Autonome d'Amortissement (CAA) publie des données sans équivoque. L'encours de la dette publique camerounaise progresse de 0,2 % en glissement mensuel, de 4,1 % sur le trimestre, et de 6 % sur un an. L'organisme officiel, chargé de gérer la dette du secteur public, qualifie cette trajectoire de « maîtrisée ». La formule est prudente. Les chiffres, eux, sont éloquents.

Ce palier de 44,3 % du PIB est atteint dans un contexte précis : le Cameroun finance simultanément ses déficits courants, ses grands chantiers d'infrastructure inscrits dans la Stratégie Nationale de Développement SND30, et ses remboursements d'emprunts antérieurs.

La Chine en tête, la France en second

La structure de la dette extérieure camerounaise révèle une dépendance concentrée. La Chine demeure le premier créancier bilatéral, détenant 19,2 % de la dette extérieure totale  soit plus de 63 % de l'ensemble de la composante bilatérale. La France occupe la seconde position avec environ 7,9 % de l'enveloppe externe.

Cette géographie du financement n'est pas neutre. Elle conditionne les marges de négociation de Yaoundé, les clauses de conditionnalité attachées aux prêts, et in fine la souveraineté budgétaire de l'État.

Le coût du remboursement

S'endetter, c'est accepter l'échéance. Sur le seul segment de la dette intérieure, le Trésor public camerounais a décaissé plus de 176 milliards de FCFA au premier trimestre 2026 pour honorer le service de sa dette. Ce flux sortant pèse directement sur les capacités d'investissement public.

Pour l'exercice 2026, le besoin global de financement de l'État est estimé à 3 104,2 milliards de FCFA, avec un déficit budgétaire brut de 631 milliards de FCFA. La stratégie validée par décret présidentiel prévoit de mobiliser 1 000 milliards de FCFA sur les marchés financiers internationaux, 400 milliards via des titres publics sous-régionaux, et 250 milliards auprès d'organismes privés locaux.

Deux lectures pour un même chiffre

Le risque de surendettement suscite un débat technique aux conclusions divergentes. D'un côté, le Cameroun respecte le seuil de tolérance fixé par la CEMAC à 70 % du PIB. Avec 44,3 %, la marge théorique reste de 25 points. La dette est formellement soutenable selon les critères communautaires.

De l'autre, le FMI et la Banque Africaine de Développement maintiennent le pays dans la catégorie des économies à risque de surendettement élevé. L'explication tient à la faiblesse des recettes fiscales intérieures face au volume des échéances à court terme  et au coût croissant du refinancement sur des marchés de capitaux de plus en plus sélectifs.

Ce que les prochaines années vont révéler

La pression du service de la dette camerounaise va s'intensifier. Les levées prévues sur les marchés internationaux exposeront Yaoundé à la volatilité des taux d'intérêt mondiaux. Toute remontée des spreads souverains africains amplifiera mécaniquement le coût du refinancement.

La question structurelle est posée : le Cameroun peut-il élargir suffisamment son assiette fiscale pour desserrer l'étau de la dette sans compromettre ses ambitions d'investissement public ? La SND30 table sur une transformation productive du pays. Sa crédibilité dépend de la capacité de l'État à financer la croissance sans creuser indéfiniment ses engagements.

La question que personne ne pose encore

44,3 % du PIB, c'est encore loin du plafond. Mais la vitesse de progression de la dette publique Cameroun 2026: six points gagnés en un an interpelle. Si ce rythme se maintient, le pays franchit le seuil des 50 % avant 2028, sans croissance économique compensatrice suffisante. La vraie ligne rouge n'est peut-être pas celle de la CEMAC. Elle pourrait être celle des marchés, moins patients que les institutions.

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