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© Camer.be : Paul Moutila
- 01 May 2026 18:36:15
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CAMEROUN :: John Ngu Foncha : pourquoi l’affirmation d’une vice-présidence sans élection est une contre-vérité :: CAMEROON
66 ans après la première Constitution fédérale du Cameroun, une affirmation politique réveille une erreur historique. Un ministre et cadre du RDPC assure que John Ngu Foncha fut vice-président sans être élu. Les textes disent l’inverse.
Une déclaration contestée sur le plateau de la CRTV
Le 4 avril 2026, une révision constitutionnelle offre au président camerounais la possibilité de nommer un vice-président. Dans l’émission « Actualité hebdo » sur la CRTV, Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du RDPC et ministre du Travail, déclare : « John Ngu Foncha a été vice-président de la République sans être élu. » La séquence vise à légitimer une future nomination sans suffrage. Mais l’histoire constitutionnelle invalide ce récit.
Pourquoi John Ngu Foncha ne peut pas être qualifié de « non élu »
John Ngu Foncha accède au poste de premier ministre du Cameroun occidental en 1959. Sa formation, le Kamerun National Democratic Party (KNDP) , remporte l’élection organisée cette année-là. Le 1er septembre 1961, la Constitution fédérale entre en vigueur. Elle crée pour la première fois un poste de vice-président de la République. L’article 52 dispose : « Pour la durée du mandat du premier président de la République fédérale, le premier ministre occidental sera vice-président de la République fédérale. » Aucune élection directe pour ce poste n’est prévue, mais l’occupant est déjà un élu.
Les textes transitoires de 1961 : une exception, pas un précédent
Pourquoi l’affirmation de Grégoire Owona est-elle factuellement erronée ? Parce que John Ngu Foncha n’a pas été parachuté. Il exerce la vice-présidence concomitamment avec son mandat de premier ministre issu d’un scrutin. Les dispositions transitoires (articles 50 à 52) de la Constitution du 1er septembre 1961 organisent la mise en place des institutions fédérales. L’article 51 maintient le président en fonction. L’article 52 désigne le premier ministre occidental comme vice-président fédéral pour la durée du mandat du premier président. C’est une règle dérogatoire et temporaire, liée à la naissance de l’État fédéral. Elle ne constitue en rien une « nomination sans élection » au sens courant.
Du statut de premier ministre élu à celui de vice-président fédéral
Le mécanisme sous-jacent repose sur un principe de continuité institutionnelle. En 1961, le Cameroun unifie le Cameroun oriental (ex-français) et le Cameroun occidental (ex-britannique). Chaque entité a déjà ses dirigeants élus. John Ngu Foncha, vainqueur des élections de 1959 à l’Ouest, conserve la tête du gouvernement occidental. La Constitution fédérale lui attribue automatiquement la vice-présidence fédérale pour éviter un vide. Il n’y a donc pas de scrutin spécifique pour ce poste, mais la légitimité démocratique préexiste. Affirmer le contraire revient à occulter la victoire électorale de 1959 et la nature transitoire de l’article 52. La révision constitutionnelle d’avril 2026, qui permet la nomination d’un vice-président sans élection, est un dispositif nouveau. Il ne s’appuie sur aucun antécédent similaire, car la situation de 1961 était exceptionnelle et encadrée.
Ce que la révision de 2026 change (et ce qu’elle ne change pas)
Si l’affirmation non vérifiée reste sans contradiction médiatique, elle crée un précédent narratif en faveur d’une vice-présidence nommée. La confusion entre situation transitoire et règle de droit ordinaire fragilise la mémoire constitutionnelle. Le risque est d’ancrer l’idée que toute vice-présidence peut être pourvue sans légitimité électorale, effaçant la spécificité de 1961. Pourtant, John Ngu Foncha a bien été élu comme premier ministre avant de devenir vice-président. Les textes de 1961 ne disent pas autre chose.
Une vérité historique que les responsables politiques ne peuvent plus ignorer
Pourquoi un membre éminent du gouvernement choisit-il aujourd’hui de réécrire un épisode clair des indépendances ? La réponse engage la fiabilité du récit officiel. Une seule certitude demeure : dans la Constitution du 1er septembre 1961, aucun vice-président n’est installé sans mandat électoral antérieur. L’histoire ne se décrète pas. Elle se lit.
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