Investir ou mendier : la philosophie choc d'un ancien international camerounais qui dérange
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Dans un quartier où les façades d'immeubles racontent les ambitions de leurs propriétaires, un bâtiment se dresse, modeste mais solide. Il n'a pas de panneau publicitaire, pas de nom clinquant. Il appartient à Bonaventure Djonkep ancien attaquant des Lions Indomptables, présent à la Coupe du monde 1990 en Italie.

C'est sa retraite. Pas une métaphore. Une réalité en béton et en loyers mensuels.

"30 millions, c'était la somme de mes primes reçues en Coupe du monde 90", confie l'ancien international dans une déclaration qui a secoué les réseaux sociaux francophones. "J'ai acheté des terrains un peu partout, j'ai laissé prendre de la valeur, ensuite j'ai revendu une partie pour construire cet immeuble qui m'assure une retraite paisible."

Simple. Logique. Évident rétrospectivement.

Pourtant, cette logique échappe à une proportion alarmante de footballeurs professionnels à travers le monde.

Le paradoxe du sportif ruiné

Les chiffres donnent le vertige. Selon plusieurs études économiques sur la gestion financière des sportifs professionnels, une part significative des joueurs de football connaît de graves difficultés financières dans les cinq ans suivant leur retraite sportive. Des centaines de millions gagnés. Des zéros sur les relevés de compte. Des maisons saisies. Des agents disparus.

En Europe, les cas sont légion et documentés. Des joueurs ayant percé au plus haut niveau se sont retrouvés incapables d'assurer leur loyer quelques années après avoir raccroché les crampons.

Djonkep ne cache pas son amertume lucide face à ce constat : "Comment comprendre que des footballeurs professionnels qui ont gagné des centaines de millions pendant 10 à 15 ans se retrouvent subitement ruinés ?"

La question n'est pas rhétorique. Elle est chirurgicale.

Une éducation financière que le football n'enseigne pas

Le problème est systémique. Les clubs forment des athlètes d'exception. Ils ne forment pas des investisseurs. Les académies perfectionnent les frappes, les centres, les passes décisives. Personne ne leur explique la différence entre un actif et un passif. Personne ne leur parle de plus-value immobilière ou de rendement locatif.

Djonkep, lui, n'a pas attendu qu'on lui explique. Il a observé. Il a compris très tôt que la carrière d'un footballeur est biologiquement limitée. Que l'argent, s'il n'est pas mis au travail, s'évapore. Et que la terre, elle, ne perd pas de valeur.

"Je n'ai pas joué en Europe, mais j'ai compris très tôt que investir était le seul moyen d'éviter la mendicité après le football."

Une phrase. Vingt-deux mots. Une philosophie de vie entière.

La stratégie de la patience

Sa méthode n'a rien de révolutionnaire. Elle repose sur trois piliers que les conseillers financiers répètent depuis des décennies : diversifier, patienter, capitaliser.

Il achète des terrains "un peu partout" comprendre, dans des zones à potentiel de valorisation. Il attend. La ville grandit, les quartiers se développent, les prix montent. Puis il revend une partie du foncier pour financer la construction. Le reste devient patrimoine locatif.

Résultat : un immeuble qui génère des revenus réguliers, sans dépendre des caprices d'un agent, d'un club ou d'une fédération.

Ce que cette histoire dit du football africain

Le témoignage de Djonkep dépasse la trajectoire individuelle. Il pointe une lacune structurelle dans le football africain et mondial : l'absence quasi-totale d'accompagnement financier pour les joueurs en activité.

Au Cameroun comme ailleurs, les jeunes talents sont repérés, développés, exportés parfois dès leurs 16 ans. Ils arrivent dans un univers où l'argent circule vite, où les sollicitations familiales sont intenses, où le statut social s'exprime en marques et en voitures. L'épargne n'est pas glamour. L'investissement immobilier ne fait pas de vidéo virale.

Mais c'est lui qui paye les factures à 55 ans.

Le message aux générations actuelles

L'héritage de Bonaventure Djonkep n'est pas dans les statistiques d'Italia 90 même si les Lions Indomptables avaient atteint les quarts de finale cette année-là, exploit historique qui reste gravé dans la mémoire collective africaine. Son héritage est dans cette phrase dite simplement, sans arrogance : j'ai investi, j'ai une retraite paisible.

Dans un continent où des dizaines d'anciens internationaux vivent dans la précarité, ce message résonne comme un appel à la lucidité.

Les académies de football feraient bien de l'inscrire dans leurs programmes. Les agents devraient le répéter à leurs clients. Et les joueurs actuels les mieux payés de l'histoire du football devraient y réfléchir avant d'acheter leur troisième SUV.

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