« On a trop supporté » : L’intimidation se brise sur le mur de la résistance
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Proviseurs, autorités administratives et policières multiplient des stratagèmes pour désamorcer la grève des enseignants, qui monte en gamme.

Depuis le lancement de l’opération « craie morte » initiée par le mouvement «On a trop supporté » (OTS), les pouvoirs publics et les enseignants sont dans une sorte de langage de sourds. Les premiers ont engagé des négociations avec des syndicats, mais celles-ci s’avèrent jusque-là infructueuses du fait d’un problème de représentativité soulevé par les deuxièmes. Les grévistes campent sur leur position : ils ne regagneront les salles de classes que lorsque leurs revendications auront été satisfaites. Alors que le débrayage s’enlise, l’on assiste de plus en plus à des manœuvres d’intimidation non seulement de la part des autorités administratives, mais surtout des chefs d’établissements.

Des manœuvres largement relayés sur les réseaux sociaux. En fin de semaine dernière, une note du proviseur du Lycée bilingue d’Emana, à Yaoundé, abondamment partagée sur la toile annonçait des sanctions sévères à l’encontre de tout enseignant qui ne poursuivrait pas les cours sans interruption jusqu’au 08 avril prochain, date du départ en congé. Toujours dans le même sens, le proviseur du Lycée technique d’Akonolinga (Nyong et Mfoumou) a, le 03 mars dernier, dans une note de service, rappelé à l’ordre certains personnels en les invitant à reprendre normalement les cours, à être assidus et ponctuels.

Non sans les mettre en garde que tout contrevenant s’exposerait dorénavant aux sanctions prévues par la réglementation. Même son de cloche à Maroua ou le délégué régional des Enseignements secondaires a sommé sous 24 h, les délégués départementaux à lui faire le point de la situation de la grève dans les établissements d’enseignements secondaires. Un point qui passe par l’identification des instigateurs de la grève, leur mode opératoire établissement par établissement, assorti de statistiques.

Des demandes d’explications et notes de service comme celles-là sont nombreuses. Au Lycée mixte d’Awae, par exemple, le proviseur, dans une note de service à l’intention du personnel enseignant de son établissement ayant participé à l’opération « craie morte », essaye de désamorcer la grève.

« Il m’a été donné de constater, et non sans le regretter, que certains enseignants programmés pour la quatrième séquence pour la période allant du lundi 21 février au vendredi 25 février 2022 s’obstinent à être absents sans aucune permission, perturbant ainsi le sérieux que nous voulons pour ces évaluations », écrit Henri Ambassa Edan. Avant de les mettre en garde : « certaines évaluations ont été annulées pour cause d’absence des surveillants programmés. Les mis en causes sont chargés d’organiser et ceci dans les meilleurs délais, et en dehors des heures de cours, ces  évaluations qui ont été annulées du fait de leur absence ».

Le proviseur du Lycée technique de Bankim dans la région de l’Adamaoua, François Grai, a lui aussi servi des demandes d’explications aux enseignants ayant adhéré au mot d’ordre de grève. Son collègue du Lycée de Bokito (Mbam et Inoubou) a pour sa part, adressé une mise en garde à son personnel le 23 février dernier. Prenant la grève plus au sérieux, le proviseur du Lycée technique de Mbalmayo (Nyong et So’o), Jean Emmanuel Nkoa, a dressé la liste des enseignants impliqués dans la grève qu’il a directement envoyée à la ministre des Enseignements secondaires, Pauline Nalova Lyonga.

Au-delà des notes de service des proviseurs rappelant à l’ordre leurs collaborateurs, l’on a enregistré dans certaines régions, des descentes des sous-préfets dans les établissements scolaires. Ils y sont allés pour menacer les enseignants. Tel est le cas du sous-préfet de Guider (Nord) qui s'est rendu au lycée technique pour intimider les frondeurs. Sauf qu’ici, le proviseur a été solidaire de ses enseignants. Dans la Sanaga Maritime, région du Littoral, le sous-préfet de Ngambe et le commissaire spécial auraient effectué une descente musclée au lycée de la ville. Descente au cours de laquelle ils auraient demandé au proviseur de lui fournir la liste de tous les enseignants grévistes. À côté, certains ont été interpellés par la police.

Le 24 février dernier, trois jours après le début de ce mouvement d’humeur, Claude Ngomi, enseignant dans un lycée de Mbandjock, était attendu à la gendarmerie de la ville. A Yaoundé, Joël Anyou Elanga, ancien leader du mouvement OTS, qui, le 23 février dernier s’est rendu dans les services du Premier ministre, avant d’être interpellé et conduit au Groupement spécial des opérations (GSO). Après plusieurs heures d’intimidation, il a été libéré en fin de soirée. Malgré la pression, il ne s’est pas plié à la demande des pouvoirs publics qui souhaitaient qu'il se désolidarise du mouvement.

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