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  • Mutations : Lucien Bodo
  • mercredi 30 octobre 2019 05:39:00
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Reçu en audience par le président de la République, Paul Biya, le 28 octobre, l’ambassadeur de Suisse au Cameroun, Pietro Lazzeri, a évoqué la situation du terminal à conteneurs.

On croyait l’affaire pliée. Que non. Le feuilleton de la concession du port de Douala est loin d’être terminé. Pour preuve, Pietro Lazzeri, a été reçu en audience, hier 28 octobre, par le président de la République, Paul Biya. L’ambassadeur de Suisse au Cameroun n’est pas venu les mains vides au palais de l’Unité. Il a remis au chef de l’Etat un pli fermé du président de la Confédération suisse, Ueli Maurer.

Sur le site internet de la présidence de la République du Cameroun, l’on note que Paul Biya et son visiteur ont parlé de plusieurs sujets dans lesquels est impliquée la Suisse : les relations bilatérales, la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le grand dialogue national et les questions économiques. Sur ce dernier point, l’élément majeur a été la situation au port de Douala.

TIL

Au terme d’un processus à rebondissements, Terminal Investment Limited (TIL) a en effet été choisie, à titre provisoire, pour l’exploitation du terminal à conteneurs de la place portuaire de la capitale économique. L’entreprise de droit suisse, filiale du groupe italo-suisse MSC, était alors appelée à succéder à Douala International Terminal, société contrôlée par le consortium Bolloré/APMT, et dont le bail prend fin cette année. Le portail des camerounais de Belgique. Criant à l’injustice, Bolloré a saisi le tribunal administratif de Douala au mois de juin dernier. Le 16 août, l’institution judiciaire ordonne le sursis à exécution de la décision du directeur général du Port autonome de Douala (Pad) excluant DIT, suspendant ainsi le processus d’appel d’offres en cours. En réaction, le Pad introduit un pourvoi qui, selon lui, suspend l’ordonnance à exécution. La direction générale de l’entreprise poursuit alors le processus d’adjudication jusqu’au choix de TIL, ceci en attendant que la Cour suprême du Cameroun juge l’affaire sur le fond.

Paul Biya

Pour maximiser ses chances, le groupe Bolloré, en plus du recours à la justice, s’est appuyé sur ses relations privilégiées avec le pouvoir de Yaoundé. Cyrille Bolloré, nouveau grand patron de l’entreprise familiale éponyme, sollicite ainsi par une correspondance, « le Haut arbitrage » du président Paul Biya à travers une lettre datée du 12 septembre 2019. Par la suite, le chef de l’Etat camerounais a un tête-à-tête avec le président français Emmanuel Macron le 10 octobre, en marge de la 6e conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Et le 24 octobre, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, boucle une visite de deux jours au Cameroun. La veille, il avait été reçu en audience par le président Paul Biya.

Finalement, le 23 octobre dernier, par courrier, le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh demande au Dg du Pad, sur ordre du chef de l’Etat, de suspendre la procédure de passation de la concession du terminal à conteneurs. Ceci en attendant les conclusions définitives de la procédure toujours en cours au tribunal administratif de Douala. Ce qui signifie en clair que TIL, qui croyait avoir fait le plus dur, se retrouve subitement en situation défavorable, tandis que Bolloré est remis en selle. C’est donc désormais sur la scène diplomatique que se jouera l’avenir du port de Douala. D’un côté, le Français Bolloré surfant sur des relations privilégiées avec le pouvoir de Yaoundé. Et de l’autre, le Suisse TIL, qui devrait en principe bénéficier lui aussi des bonnes grâces du président camerounais. Depuis son accession au pouvoir en 1982 en effet, Paul Biya est régulier en terres helvétiques pour ses « courts séjours privés ».

30oct.
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