Affaire Martinez Zogo : les témoins fragilisent l'accusation contre Léopold Maxime Eko Eko
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Alors que plus de la moitié des témoins de l'accusation ont été entendus, le dossier contre Léopold Maxime Eko Eko semble se fissurer. L'ancien directeur général de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) a été interpellé dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Mais les dépositions récentes devant le tribunal laissent planer un doute sur les véritables motivations de sa mise aux arrêts.

Des témoins clés brisent le silence

Le 17 janvier, deux anciennes collaboratrices de l'ex-patron des services secrets camerounais ont livré un témoignage troublant. Mme Manga épouse Andang Nkoulou Irène Sylvie, ancienne chef du secrétariat particulier du DG, a décrit un homme inquiet, ne comprenant pas pourquoi ses agents étaient interpellés "par leurs noms" par le Secrétariat d'État à la Défense chargé de la gendarmerie.

L'inquiétude grandissante de l'ancien DG

Le 31 janvier 2023, Léopold Maxime Eko Eko tente de comprendre. Il appelle le SED et le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense. Sans réponse claire. Il convoque une réunion de crise ouverte jusqu'au rang de sous-directeur. Il désigne un directeur des opérations par intérim. Il rédige une note suspendant le lieutenant-colonel Justin Danwé, l'un de ses éléments mis en cause.

Un appel qui change tout

Pendant cette réunion, son téléphone sonne. Le Mindef, Joseph Beti Assomo, lui ordonne de se rendre immédiatement au SED. Il obéit. Il sera interpellé dès son arrivée et placé en garde à vue. Ses collaboratrices n'ont jamais revu leur patron dans l'exercice de ses fonctions.

Le flou savamment entretenu

Mme Dang Engoulou Cécile Liliane épouse Ndi Mballa, ancienne directrice des affaires générales, a éclairé un autre aspect. Selon elle, le DG menait sa propre enquête après la découverte du corps de Martinez Zogo. Il suspectait des trafics d'armes et de drogue impliquant le lieutenant-colonel Danwé. Il avait découvert que le véhicule Prado de cet officier était suspecté d'être mêlé à l'assassinat.

Des accusations changeantes

Les proches collaborateurs de l'ancien DG rapportent que les motifs de l'arrestation de ses éléments ont varié. Tantôt il s'agissait de trafic d'armes, tantôt de stupéfiants. Lui-même avait initialement envisagé un accident de la route avec mort d'homme pour justifier l'interpellation du L-C Danwé. Ce flou, selon les témoins, a été savamment organisé.

Galax Etoga, Beti Assomo, Ferdinand Ngoh Ngoh dans le viseur

La question posée par les témoignages est désormais incontournable : quel rôle ont joué ces trois hauts responsables dans la décision de mettre aux arrêts Léopold Maxime Eko Eko ? Le SED, le Mindef et le secrétaire général de la présidence de la République apparaissent en arrière-plan d'un processus dont les motivations restent opaques.

La gendarmerie n'a pas investigué à la Dgre

ous les anciens directeurs passés à la barre le déclarent sans nuance : si la Dgre avait été mise à contribution, avec ses compétences et ses infrastructures, l'enquête sur l'enlèvement et la mort de Martinez Zogo aurait avancé bien plus vite. La gendarmerie n'a pas cherché à comprendre la configuration des lieux, les salles de réunion, les circuits internes. Des zones d'ombre persistent.

Le lieutenant-colonel Danwé, seul à parler

Parmi les personnes mises en cause, une seule a accepté de s'exprimer. L'adjudant Lamfu Johson Ngam a évoqué une mission "top secret", sans plus de détails. Les autres ont gardé le silence. Ces déclarations, ou leur absence, n'ont fait qu'épaissir le mystère autour des événements.

Une mission du SED restée énigmatique

C'est Galax Etoga, le SED, qui avait saisi la Dgre pour mettre le L-C Danwé à disposition de la gendarmerie. James Elong Lobé, alors conseiller technique, avait exécuté cette demande. Mais Etoga était resté énigmatique sur les raisons de cette mise aux arrêts, conseillant au DG de s'informer directement auprès du secrétaire général de la présidence.

Le silence des hauts responsables

Joseph Beti Assomo et Ferdinand Ngoh Ngoh, eux non plus, n'ont pas fourni d'explications claires à l'époque. Les témoins décrivent un Léopold Maxime Eko Eko tentant désespérément de joindre ces autorités, sans obtenir de réponses satisfaisantes. Le jour de son interpellation, c'est sur ordre direct du Mindef qu'il s'est rendu au SED.

Quel était le véritable plan ?

La question posée par les avancées du procès est simple : y avait-il un plan préétabli pour écarter l'ancien DG de l'enquête ? Les témoignages suggèrent que les accusations portées contre lui et ses hommes manquaient de fondement solide. Le flou des motifs, l'absence d'investigations approfondies à la Dgre, le mutisme des hautes autorités : tout concourt à alimenter les soupçons.

L'impact sur la suite du procès

À court terme, ces témoignages fragilisent l'accusation. La défense de Léopold Maxime Eko Eko y trouve des arguments pour contester la régularité de la procédure. À long terme, c'est la crédibilité de l'enquête sur l'assassinat de Martinez Zogo qui est en jeu. Si les plus hautes autorités ont instrumentalisé la justice pour écarter des responsables gênants, le dossier pourrait s'effondrer.

Une affaire d'État derrière un assassinat

L'assassinat de Martinez Zogo avait choqué le Cameroun. Journaliste d'investigation, il était connu pour ses révélations sur les détournements présumés au sein de l'État. Sa mort, suivie de l'arrestation de hauts responsables des services secrets, laissait penser que la vérité allait éclater. Les derniers témoignages montrent que le chemin vers cette vérité est semé d'embûches.

La justice camerounaise à l'épreuve

Ce procès est un test pour l'indépendance de la justice camerounaise. Si des pressions ou des instructions venues d'en haut ont orienté l'enquête, la confiance des citoyens dans leurs institutions en sortira durablement affectée. Les juges devront trancher entre les versions contradictoires et les silences pesants.

Le peuple camerounais attend des réponses

Au-delà des considérations juridiques, c'est la mémoire de Martinez Zogo qui est en jeu. Sa famille, ses confrères, l'opinion publique attendent que la lumière soit faite sur les circonstances de sa mort. Si des hauts responsables ont manipulé l'enquête pour protéger d'autres intérêts, le scandale serait immense. Une question demeure, lancinante : qui avait vraiment intérêt à écarter Léopold Maxime Eko Eko de l'enquête sur l'assassinat de Martinez Zogo ?

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