Une révision constitutionnelle contestée après la présidentielle 2025
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92 ans, 43 ans de pouvoir, une élection contestée. Le Cameroun s'apprête à examiner un projet de modification de la Constitution lors de la session parlementaire de mars 2026. Particularité : le bureau de l'Assemblée nationale sera élu dès les premiers jours. Cette révision intervient dans un contexte post-électoral explosif, marqué par des accusations de fraude massive et des manifestations réprimées .

Le contexte électoral de 2025

Le 12 octobre 2025, 7,8 millions d'électeurs camerounais se sont rendus aux urnes . Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour son opposant Issa Tchiroma Bakary . Ce dernier, ancien ministre devenu challenger inattendu, a dénoncé une fraude massive et revendiqué la victoire dès le lendemain du scrutin . Depuis, il vit en exil en Gambie .

La contestation post-électorale

Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du pays. À Douala, Bafoussam, Dschang, Garoua, des affrontements ont opposé partisans de l'opposition et forces de l'ordre . À Dschang, le palais de justice a été incendié . Selon l'ONU, 48 civils et 3 gendarmes ont trouvé la mort, et plus de 1200 personnes ont été arrêtées . Le pouvoir a dénoncé des "appels à l'insurrection" .

Le projet de révision constitutionnelle

Selon L'Œil du Sahel, un projet de modification de la Constitution est attendu en mars 2026. Le bureau de l'Assemblée nationale devrait être élu dès l'ouverture de la session, une rupture avec les habitudes procédurales. Ce changement de calendrier vise à verrouiller l'instance stratégique qui contrôle l'ordre du jour, les commissions et les rapporteurs avant d'examiner le fond du texte.

Les fragilités institutionnelles

Le Cameroun ne dispose pas de garde-fous constitutionnels solides, ce qui rend la succession potentiellement chaotique . Les mandats prolongés ne se terminent souvent pas bien, comme en témoignent les cas de la Libye, du Gabon ou du Tchad . Le pays connaît déjà des fissures profondes : crise anglophone depuis 2016, corruption endémique, pauvreté touchant plus de 55 % de la population .

La stratégie de verrouillage

L'élection anticipée du bureau de l'Assemblée nationale répond à une logique de contrôle. Cette instance n'est pas décorative : elle fixe l'ordre du jour, répartit les postes clés, nomme les rapporteurs. La majorité présidentielle cherche à sécuriser ces leviers avant d'aborder une révision qui pourrait concerner la vice-présidence, le Sénat, la décentralisation ou le calendrier électoral.

Le contentieux électoral, un précédent

Ce scénario n'est pas nouveau. En 2018, Maurice Kamto avait contesté les résultats et lancé un contentieux électoral devant le Conseil constitutionnel, suivi d'actes de désobéissance civile . L'échec des recours avait conduit à des arrestations et incarcérations d'opposants . Le Conseil constitutionnel est régulièrement soupçonné de connivence avec le groupe gouvernant .

Les enjeux de la succession

Paul Biya, 92 ans, est le chef d'État le plus âgé d'Afrique . Pour 60 % des jeunes Camerounais, il est le seul président qu'ils aient jamais connu . Sans successeur désigné, diverses factions du régime pourraient se battre pour le pouvoir . L'establishment militaire pourrait agir au nom de la sauvegarde de la république en période d'incertitude .

La communication comme paravent

Face aux spéculations sur sa santé, le président a intensifié sa présence sur les réseaux sociaux . Cette stratégie vise à montrer qu'il reste aux commandes, à contrer les rumeurs et à rassurer les élites . Mais pour les internautes, cette communication reste perçue comme inauthentique, gérée par une équipe sans véritable interaction .

Les échéances à venir

Le mandat des députés, prorogé jusqu'au 30 mars 2026, pourrait connaître un nouveau report . Le président a évoqué un "léger réajustement" du calendrier des législatives et municipales, invoquant des "contraintes impérieuses" . La session parlementaire de mars 2026 s'annonce donc cruciale pour l'avenir institutionnel du pays.

La question de légitimité

Au cœur du débat : la légitimité d'une révision constitutionnelle issue d'une élection contestée. L'opposant Issa Tchiroma Bakary affirme détenir la "vérité des urnes" avec 54,8 % des suffrages selon son propre décompte . Le pouvoir, lui, brandit les chiffres officiels du Conseil constitutionnel. Le conflit électoral s'inscrit dans une défiance plus large envers les institutions censées énoncer la vérité mathématique du vote .

La question ouverte

Mars 2026 approche. La révision constitutionnelle se prépare dans l'ombre, le bureau de l'Assemblée nationale sera élu en urgence, le calendrier électoral est flou. Reste une question : dans un pays où la vérité des urnes est contestée, où les institutions sont fragiles, où la succession s'annonce chaotique, cette révision constitutionnelle est-elle une tentative d'adapter l'État aux défis du futur, ou le verrouillage d'un système qui refuse de voir l'horizon approcher ?

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