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CAMEROUN : ABÉCÉDAIRE POLITIQUE DES ANNÉES CONTESTATAIRES  (I) :: CAMEROON
CAMEROUN :: LE SAVIEZ-VOUS
  • Correspondance : Théophile NONO
  • mercredi 28 novembre 2018 08:00:00
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CAMEROUN : ABÉCÉDAIRE POLITIQUE DES ANNÉES CONTESTATAIRES (I) :: CAMEROON

Dans la série d’extraits qui vont suivre à une fréquence soutenue, nous nous proposons une petite revisitation politique de l’histoire récente des années contestataires pré-multipartisme du Cameroun, captée à travers un choix de 300 mots/maux et de noms pas toujours très propres, qui marquèrent cette période. L’enjeu majeur, rappelons-le, n’était rien moins que l’appropriation par les masses camerounaises d’un destin nouveau, supposé trancher radicalement avec la dictature sanguinaire et ténébreuse d’hier. Nous n’avons apporté aucune retouche au contenu de cet abécédaire écrit tel quel en 91/92 si ce n’est quelques corrections de pure forme.

A COMME AHIDJO

ACQUIS. Le discours politique (pompeux) des régimes néocoloniaux africains a toujours appelé à '' consolider les acquis'', comme pour faire croire qu’ils avaient réalisé quelque chose de positif, a consolider désormais. En réalité, la classe politique dominante a toujours su, d’instinct, consolider ses (mal) acquis, c'est-à-dire ses mille et un biens illicites.

AFFAIRE : terme par lequel on désigne toute machination politique derrière laquelle se tapit l’ombre de l’arbitraire, du machiavélisme ou de la répression. L’arbitraire du régime, couplé a l’inexistence d’un journalisme d’investigation (Pierre Péan n’a pas fait beaucoup d’émules chez nous) ont empêché, jusqu’ici, la mise au clair d’ ''affaires camerounaises'' retentissantes où il y eut mort d’hommes : l’affaire Ndongmo, l’affaire Ngongo Otu, l’affaire Mbobda, pour ne citer que ces trois cas.

AHIDJO (AHMADOU): premier président du Cameroun indépendant. Grand chef de l’état d’ébriété, Ahmadou Ahidjo fut aussi le tout premier lauréat au concours des circonstances atténuantes ; ce qui lui conféra, toute sa vie presque, un complexe intellectuel que Mongo Béti décrit bien dans ''Main basse sur le Cameroun''. Né dans des circonstances tragiques (absence du père pour soulager la mère des douleurs de l’enfantement), Ahidjo est mort au Sénégal dans des circonstances plus acceptables : il n’avait certes pas ses parents à ses cotés, mais des milliards frauduleusement puisés dans nos caisses nécessiteuses lui tenaient compagnie. Connu pour son intransigeance sanglante à l’égard de l’UPC, et toute forme d’opposition – assimilée de facto à la ‘‘subversion upéciste’’ -, le dictateur célèbre a fini par mordre la poussière alors que l’UPC est restée debout. On doit au régime Biya d’avoir ressuscité politiquement Ahidjo. Non pas en le réhabilitant à des fins politiciennes mais, plutôt, en réussissant le tour de force d’être aussi impopulaire et décrié que lui. A telle enseigne que certaines gens, sans grande culture politique ou patriotique, plus nombreux qu’on le croit, jettent leur dévolu sur le dictateur illettré qui au moins, disent-elles, bénéficiait de cette circonstance atténuante.

AMADOU (Ali) : stratège militaire célèbre de l’attaque du parlement estudiantin de Yaoundé en Mai 91. Au cours de cette attaque, les forces armées camerounaises enregistrèrent leur énième victoire sur l’ennemi intérieur : le peuple. Le cri de victoire de ce haut fait d’armes est d’ailleurs connu sous le nom de code ''zéro mort''.

AMNISTIE : revendication majeure des opposants camerounais depuis 1955. Si ces derniers ont bénéficié depuis de plusieurs amnisties, sous le colonialisme et après l’indépendance, celles-ci n’ont jamais été générales, encore moins inconditionnelles. La dernière en date, celle de 90, eut la particularité de laisser bloquer les upécistes exilés pendant que, dans le même temps, on mettait en place toutes les batteries pour asseoir Dika Akwa et sa clique à la tête du plus vieux parti du Cameroun.

ANDZE TSOUNGUI (Gilbert) : actuel sinistre de l’intérieur. Ne l’était pas moins dans les années soixante lorsqu’il sévissait en sa qualité d’inquisiteur fédéral, pardon, d’Inspecteur Fédéral, dans les régions ''touchées par la rébellion''. La presse privée reproche à ce conservateur borné et dur d’être un ''parfait illettré''. Mais, qui lui a dit que la propension à la répression moyenâgeuse nécessitait des facultés intellectuelles particulières ?

ANGLO-BAMI : appellation d’origine non contrôlée usitée par les tribalistes conservateurs essinganiens pour designer l’opposition incarnée par les originaires du grand-ouest. Durant la lutte indépendantiste, le terme ''bamiléké'' fut synonyme d’opposant. Parce que les bamilékés, dans leur écrasante majorité, prirent une part active à la lutte nationaliste. De nos jours, le grand Ouest est synonyme d’opposition radicale au pouvoir Biya-RDPC-Essingan. Parce que bamiléké et ''anglophones'', particulièrement ceux de la région de Bamenda, sont parmi les plus actifs dans la lutte anti-régime.

ANGLO-BANNI : voir Fédéralisme, West-Cameroun.

ARBITRAIRE. Le Cameroun est un Etat de droit : le droit de… l’arbitraire, caractéristique absolue des dictatures francophiles.

ARC-CNS : Alliance pour le redressement du Cameroun par la Conférence Nationale Souveraine. Structure politique née au lendemain de l’éclatement de l’ex-coordination et sensée regrouper le gros de l’opposition radicale au régime de Yaoundé. Si l’ARC apparut au départ comme l’ouvrage du ténor du SDF, avec une kyrielle de micro-partis et associations gravitant autour de John Fru Ndi comme les électrons autour du noyau, les choses semblent avoir changé avec l’élection de Ndoh Michel comme nouveau président. Comme l’ex-coordination, l’ARC n’a publié jusqu'à ce jour aucun document sur la conférence Nationale Souveraine, aucun livre blanc sur la répression inouïe du peuple. Mais, au contraire de l’ex-Coordination, elle n’a organisé aucune manifestation mémorable contre le pouvoir dictatorial, particulièrement au lendemain des confirmations assassines de Messi Messi sur la Société Coulée par Biya (SCB). En réalité, l’ARC a décidé de ''ne pas envoyer les gens dans la rue mais dans les urnes'' (sic). Parce qu’elle contrôle les urnes…

ARRESTATIONS. : il n’y a plus au Cameroun, officiellement, d’arrestations à caractère politique. On ne procède plus qu’à des ''examens de situation''. Les résultats de ces examens sont connus d’avance : ‘‘oppositionite aigue’’. Et la médication appropriée aussi : coups et blessures, gardes-à-vue, zébrures de l’arrière-train (pour les leaders), etc..

ASSASSINATS : moyen de lutte politique encore très prisée des dictatures francophiles d’Afrique Noire qu’on qualifie, à juste titre, de ''sanguinaires'', par lequel sont éliminés physiquement, chimiquement ou biologiquement (empoisonnement du village) les opposants empêcheurs de voiler en rond les ''affaires'' les plus antinationalistes de ces régimes, c’est-a-dire leurs crimes économiques et politiques.

ASSEMBLEE NATIONALE : en abrégé A.N., qui signifie : « A Nous » (la bouffe quinquennale). Palais de verre célèbre de la capitale où se réunissent, jusqu'à preuve du contraire, 180 sommeilleux ou tribuns du ventre (pour la plupart) qui font semblant de plancher sur des projets de lois proposées par l’Exécutif. Les députés camerounais, qui ne ratent jamais l’occasion de faire savoir qu’ils sont les ''élus du peuple'', n’ont jamais rien fait pour changer l’amer constat dressé par Dumont peu après les indépendances gaulliennes, à savoir qu’un député, en une année de somnolence, gagnait l’équivalent de 36 années de labeur paysan. La seule chose concrète que nos députés aient jamais réussi à entreprendre sans trop de mal c’est bien, par leurs applaudissements mécaniques nourris, élever la température ambiante du Palais de verre de plusieurs degrés en réveiller les leurs collègues qui roupillent. (N.B. : on doit comprendre que si nos députés votent systématiquement des motions favorables au gouvernement, c’est tout simplement parce que ''la motion est nègre'', pour corriger Senghor).

ASSO’O (EMANE). Les chars d’Asso’o ont longtemps conforté cet impétueux général dans la conviction que : '' C.N.S. il faudrait ! '' (entendre : Confrontation Nationale Sanglante).

ASSOUMOU (Jean) : homme de main de Biya au cynisme le plus révoltant. Dans une interview qui fit date, Assoumou Jean affirma au sujet du pétrole, au terme d’articulations laborieuses, qu’il n’avait de compte à rendre qu’au président Biya, lequel, bien entendu – démocratie et transparence obligent –, n’a de compte hors budget à rendre à personne. Sans compte à rendre, les peuples africains comprennent pourquoi leurs dirigeants ont plutôt des comptes (secrets) à prendre.

ATEBA (YENE) : seul et unique homme politique de la place à avoir avoué, pour cause de transparence, qu’il subissait une implacable pression, la pression… atmosphérique. Mais que c’était bel et bien la seule. On doit à Ateba Yéné, renégat upéciste, d’avoir attiré l’attention de l’opposition sur son erreur dans la tribalisation de la faillite du régime, au lieu d’incriminer l’essence même du régime politique. De fait, la mise à l’index de l’entité Béti aura poussé à l’instinct grégaire des Bétis contre ce qui leur apparaissait naturellement comme étant anti-béti (l’opposition en l’occurrence), apportant de la sorte un soutien inestimé aux deux mamelles de la dictature camerouaise : le tribalisme et la répression.

AUTODEFENSE : groupe civil spécialisé dans l’attaque (meilleure défense) des opposants radicaux en période de contestation aigue. Ces groupes armés pro-régime, qui ont souvent revêtu la forme de véritable milices, sont responsables de maints crimes et vols. L’histoire du Cameroun aura enregistré deux périodes au cours desquelles le régime en place érigea l’auto-défense. La première période fut celle des maquis upécistes. L’autodéfense fut alors implantée dans tous les villages touchés par la lutte nationaliste, pour combattre l’infiltration et l’implantation de réseaux de soutien à la lutte armée. Pour accroitre leur efficience nulle au tout début, l’armée française y intégra de force tous les anciens maquisards ''retournes''. En 1991, le régime ressuscita à grande échelle l’autodéfense à l’université de Yaoundé pour contrer l’effervescence contestataire des parlementaires, responsables de la mobilisation des masses estudiantines contre l’absence d’une politique universitaire digne de ce nom. A Douala, l’autodéfense fut mise sur pied dès le début des ''villes mortes'', sous l’égide des inconditionnels ‘‘essigan’’ locaux du RDPC. Dans la même période à l’ouest, les autorités voulurent relancer officiellement le cauchemar mais se heurtèrent au ''niet'' catégorique d’une opposition bien implantée et orientée par l’UPC ‘‘illégale’’.

AVOCATS : ont été parmi les catalyseurs majeurs, en 90, de l’avènement d’une société pluraliste au Cameroun. Principalement par leurs remarquables plaidoiries au cours de procès politiques irréfléchis signés Biya. (N.B. : les avocats tels Me Guillaume Nseth, Me Mballa-Mballa Odile, Me Moutomè Douala, etc., peuvent aisément être consommés à la sauce vinaigrée et bien moutardée de la corruption rdépécienne.)

28nov.
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