Ondo Ndong a purgé 20 ans de prison sans grâce  et remercie quand même Paul Biya
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Vingt ans de cellule, aucune faveur reçue et un merci qui interroge toute une société

Le 21 février 2026, Emmanuel Gérard Ondo Ndong sort de prison. Pas grâce à une grâce présidentielle. Pas suite à une révision de procès. Il a simplement purgé l'intégralité de sa condamnation à 20 ans de prison. Le système judiciaire a suivi son cours. Biya n'a rien accordé. Et pourtant, à sa sortie, Ondo Ndong remercie Paul Biya.

Ce que les faits établissent

Ondo Ndong était l'ancien Directeur Général du FEICOM le Fonds Spécial d'Équipement et d'Intervention Intercommunale. Sa condamnation a été exécutée dans sa totalité, sans remise de peine publiquement documentée, sans intervention présidentielle officielle.

Sa mère est décédée pendant sa détention. Il cite un seul geste du chef de l'État : avoir autorisé des obsèques solennelles. C'est pour ce point précis qu'il exprime sa gratitude publiquement, via ABK Radio web.

Le paradoxe dans toute sa brutalité

Un homme condamné, qui purge chaque jour de sa peine sans faveur, qui perd sa mère derrière les barreaux, et qui à sa sortie remercie non pas la justice, non pas sa famille, non pas Dieu seul mais le président en exercice depuis plus de quatre décennies.

Ce n'est pas un paradoxe anodin. C'est une radiographie du régime Biya tel qu'il fonctionne dans les têtes autant que dans les institutions.

Décryptage : le pouvoir comme horizon mental unique

Dans les systèmes à pouvoir personnel prolongé, le chef finit par occuper toute la grammaire du possible. Il devient la référence de toute évaluation : une peine longue ou courte, des obsèques dignes ou non, une réinsertion facilitée ou bloquée. Tout semble dépendre de lui, même quand objectivement, ce n'est pas le cas.

Remercier Paul Biya pour des obsèques autorisées, acte administratif ordinaire dans tout État de droit révèle que même un homme emprisonné vingt ans perçoit l'accès à la dignité comme une faveur du chef, non comme un droit acquis.

Ce mécanisme a un nom en psychologie politique : la personnalisation du pouvoir. Elle n'exige pas la brutalité directe. Elle s'installe dans la durée, dans la dépendance structurelle, dans l'absence d'institutions alternatives crédibles.

Enjeux à court et long terme

À court terme, la déclaration d'Ondo Ndong sera lue par les élites camerounaises comme un signal de réalignement. Remercier Biya publiquement à sa sortie, c'est signifier qu'on ne représente pas une menace, qu'on cherche une réintégration paisible. C'est aussi, peut-être, une stratégie de survie sociale consciente.

À long terme, cette affaire documente l'état réel de la justice camerounaise : une condamnation à 20 ans exécutée sans grâce, dans un pays où d'autres affaires comparables de détournement n'ont jamais abouti aux mêmes peines. La sélectivité de l'appareil judiciaire reste la question centrale que la libération d'Ondo Ndong ne clôt pas.

La phrase qui demeure sans réponse

Un homme a purgé vingt ans de prison sans qu'aucune faveur ne lui soit accordée. Sa liberté ne doit rien à Biya. Et il le remercie. 

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