Opération Épervier : Belinga et Ondo Ondo libérés après 20 ans, l'argent public restitué ?
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20 ans de prison. Et l'argent public dans tout ça ?

Deux anciens hauts responsables camerounais viennent de recouvrer la liberté. Gilles Roger Belinga, ex-directeur général de la SIC, et Gérard Ondo Ondo, ancien directeur général du FEICOM, ont été libérés après vingt ans d'incarcération dans le cadre de l'opération Épervier. La nouvelle suscite le soulagement des familles. Elle soulève surtout une question que personne ne pose assez fort.

Deux hommes libres. Une dette publique en suspens.

L'opération Épervier est le dispositif anticorruption camerounais lancé au milieu des années 2000 pour poursuivre les détournements de deniers publics dans les hautes sphères de l'État. Belinga et Ondo Ondo en sont deux figures emblématiques. Leurs condamnations avaient marqué l'opinion. Leur libération la secoue différemment.

La question posée  avec précision : les deniers publics détournés ont-ils été restitués, en partie ou en totalité, au Trésor public camerounais ? La question n'est pas rhétorique. Elle est structurelle.

La prison seule ne répare rien.

Dans tout système anticorruption cohérent, l'incarcération n'est pas la finalité. Elle est le levier. L'objectif réel est le recouvrement des fonds publics pour les réaffecter aux projets de développement qu'ils devaient financer à l'origine.

Si des sommes de plusieurs milliards de francs CFA ont été détournées et que vingt ans de détention suffisent à solder la dette morale sans restitution financière, alors l'opération Épervier produit un effet pervers majeur : elle fixe implicitement le prix d'un détournement. Passer vingt ans en prison fût-ce dans des conditions qualifiées de "VIP" devient un coût acceptable pour certains profils.

Un système anticorruption à reévaluer d'urgence.

À court terme, la libération de Belinga et Ondo Ondo relance le débat sur les critères de remise en liberté dans les affaires de corruption au Cameroun. Sur quelles bases juridiques ces libérations interviennent-elles ? Quelles conditions de restitution ont été posées, si elles l'ont été ?

À long terme, c'est la crédibilité globale de l'opération Épervier qui est en jeu. Un dispositif anticorruption qui punit sans récupérer les fonds ne protège pas les finances publiques. Il sanctionne des individus. Ce n'est pas la même chose.

Le Trésor public camerounais finance des routes, des hôpitaux, des écoles. Chaque milliard non restitué est un projet de développement qui n'existe pas.

Épervier a-t-il vraiment atteint sa cible ?

La liberté retrouvée de ces deux hommes n'est pas en soi une mauvaise nouvelle. Vingt ans de détention, c'est une peine lourde dans n'importe quel système judiciaire.

Mais la vraie mesure de l'efficacité d'un dispositif anticorruption ne se compte pas en années de prison. Elle se compte en francs CFA recouvrés, en projets relancés, en confiance publique restaurée.

L'opération Épervier a-t-elle rempli ce contrat ? La réponse à cette question vaut plus que n'importe quelle libération.

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