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Cameroun, Fabien Eboussi Boulaga : Le philosophe du muntu est passé. :: CAMEROON
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  • Correspondance : Ludovic Lado
  • dimanche 14 octobre 2018 18:22:00
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Cameroun, Fabien Eboussi Boulaga : Le philosophe du muntu est passé. :: CAMEROON

Faut-il emprunter dans leur langage ? Celui du cogito des philosophes ? Fabien Eboussi Boulaga a vécu. Le philosophe est passé de l’autre coté. C’est à la clinique Jourdain de Yaoundé qu’il a rendu l’âme le Samedi 13 octobre après deux semaines de combat contre la maladie. Le théologien, jésuite, fervent défenseur des droits de l’homme avait 84 ans. Ecrivain prolixe et philosophe émerite, il est le père du concept du « muntu ».

Description du père ludovic Lado.

Sur fond de crise d’identité générée par l’esclavage et la domination coloniale, la production intellectuelle en Afrique est souvent habitée par la quête de nouveaux repères, une quête qui oscille constamment entre les extrêmes de la nostalgie du passé d’une part et du mimétisme servile de l’Occident triomphant d’autre part. Ayant mis à nu le « fétichisme » aliénant de ces deux alternatives, Fabien Eboussi Boulaga, philosophe camerounais, fait désormais partie du panthéon d’intellectuels africains qui, au lendemain des indépendances, ont problématisé avec une originalité certaine le devenir de l’Afrique. La parution d’un ouvrage collectif célébrant la richesse et l’originalité de sa pensée a coïncidé chez Karthala avec la réédition de son livre sur les conférences nationales en Afrique publié en 1993. Celui que la préface du collectif présente comme un « baobab de la pensée camerounaise et africaine » s’est fait remarquer ces trente dernières années par une déconstruction lucide et sans complaisance de ces « modes de vérités exotiques » qui constitueraient le socle d’une pensée, d’une croyance et d’une praxis aliénée en Afrique. Les différentes contributions de l’ouvrage collectif, regroupées selon les axes principaux de la pensée d’Eboussi Boulaga, montrent tour à tour qu’il est un « intellectuel exigeant » qui a le mérite d’avoir, dans « la discrétion et l’effacement », identifié et subverti le « dogmatisme épistémologique » qui hante la production des discours philosophique, théologique et politique en Afrique postcoloniale. En 1993, Eboussi Boulaga voyait déjà dans les conféren-ces nationales en Afrique noire, cette « invention béninoise », une marque de l’historicité des sociétés africaines dont il est un fervent défenseur.

Les conditions de possibilité de l’autonomie de l’Africain après l’épreuve de domination étant au coeur de toute l’oeuvre de F. Eboussi Boulaga, certains contributeurs dans une note critique s’interrogent sur le caractère « afrocentrique » de sa pensée, sur la conception de la religion inhérente à sa critique du christianisme missionnaire, sur sa vision de l’autonomie dans un monde irréversiblement ouvert. D’où cette interrogation pertinente de l’un des contributeurs du collectif : « L’autonomie reste-t-elle encore possible dans un univers à jamais ouvert à l’intrusion des maîtres puissants ? »

14oct.
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