Endettement record : le Cameroun emprunte 87 % de son budget
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Endettement record : le Cameroun emprunte 87 % de son budget :: CAMEROON

Selon les projections de la Caisse Autonome d'Amortissement (CAA), le Cameroun devrait emprunter 7 689 milliards de FCFA entre 2026 et 2028, dont 1 000 milliards sur les marchés internationaux en 2027, une trajectoire qui suscite l'inquiétude du FMI et de la Banque africaine de développement.

Les chiffres donnent le vertige. 7 689 milliards de FCFA. C'est le montant que le Cameroun pourrait emprunter d'ici 2028. Pour mettre cette somme en perspective : elle représente 87,2 % du budget de l'État pour 2026. Elle équivaut à près de la moitié de l'encours total de la dette publique camerounaise, estimé à 15 416 milliards à fin mars 2026.

Mais ce n'est pas tout. Pour la seule année 2027, le gouvernement prévoit un emprunt international de 1 000 milliards de FCFA, soit près du tiers de ses besoins de financement annuels. Une exposition massive au risque de change et aux taux d'intérêt dictés par les banques centrales occidentales.

Et si ces chiffres étaient le symptôme d'une addiction structurelle à la dette ? D'une incapacité chronique à générer suffisamment de recettes fiscales pour faire tourner la machine ? D'une "cavalerie financière" où l'on emprunte pour rembourser les anciennes dettes ?

Plongée dans une spirale qui engage l'avenir du pays et de ses générations futures.

Des besoins de financement colossaux

La Caisse Autonome d'Amortissement (CAA), l'organisme public chargé de la gestion de la dette du Cameroun, a publié sa note de conjoncture sur la dette publique à fin mars 2026. Le constat est sans appel : les besoins de financement de l'État entre 2026 et 2028 atteindraient 7 689 milliards de FCFA.

Ce montant représente :

- 87,2 % du budget de l'État pour 2026 (8 816,4 milliards de FCFA)
- 49,87 % de l'encours total de la dette publique à fin mars 2026 (15 416 milliards)
- Près de 8,8 % du PIB pour la seule année 2026

Une première tranche de 3 197 milliards de FCFA devrait être mobilisée dès 2026, conformément à la loi de finances. Les 4 500 milliards restants seront empruntés en 2027 et 2028.

L'emprunt international de 2027 : un pari risqué

Pour 2027, le gouvernement prévoit un emprunt international de 1 000 milliards de FCFA. Ce montant représente près du tiers des besoins globaux de financement projetés pour l'année, estimés à 3 161,5 milliards.

Cette projection figure dans le document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029. Le Cameroun avait déjà levé 750 millions de dollars (environ 415 milliards de FCFA) en février 2026 via une émission d'euro-obligations.

Le risque ? Emprunter "à l'international" signifie contracter de la dette en devises fortes (Euro ou Dollar). Le Cameroun s'expose ainsi massivement au risque de change et aux taux d'intérêt dictés par les banques centrales occidentales. Une dépréciation du FCFA par rapport à ces devises pourrait alourdir considérablement le fardeau de la dette.

Un endettement qui ne cesse de croître

Au 31 mars 2026, l'encours total de la dette publique du Cameroun s'établissait à 15 416 milliards de FCFA (environ 27,5 milliards USD), en hausse de 6 % par rapport à la même période en 2025.

Le ratio dette/PIB atteint 44,3 %, un niveau conforme au plafond de 50 % fixé par la Stratégie d'endettement à moyen terme 2025-2027, et bien en deçà du seuil communautaire de 70 % retenu par la CEMAC.

Mais cette apparente maîtrise cache une réalité plus préoccupante :

- La dette extérieure représente 64,5 % de l'encours total
- L'administration centrale concentre 93,6 % de la dette publique
- Le service de la dette passerait de 7 % du PIB en 2025 à 8,8 % en 2026, soit une hausse de près de 26 % en un an
- Les restes à payer de l'État dépassent 1 000 milliards de FCFA
- Les engagements non décaissés (SEND) sont estimés à 5 044,6 milliards de FCFA

La cavalerie financière : emprunter pour rembourser

L'analyse critique de cette trajectoire révèle un mécanisme pervers : une grande partie de ces nouveaux prêts ne sert plus à construire des infrastructures génératrices de richesse, mais simplement à rembourser le capital et les intérêts des anciennes dettes arrivées à échéance – le fameux roll-over.

C'est le principe même de la cavalerie financière. Un État qui a besoin de 7 689 milliards sur 3 ans avoue son incapacité chronique à générer suffisamment de recettes fiscales internes pour faire tourner la machine.

Les avertissements du FMI et de la BAD

Les autorités camerounaises se veulent rassurantes. La CAA estime que la trajectoire actuelle demeure compatible avec la viabilité de la dette et que le risque de surendettement reste « modéré ».

Mais cette appréciation contraste radicalement avec les analyses du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque africaine de développement (BAD) . Depuis plusieurs années, ces institutions classent le Cameroun parmi les pays exposés à un risque de surendettement « très élevé ».

Cette inquiétude s'explique par l'accélération du rythme des emprunts publics observée depuis la période postérieure à l'Initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), dont le Cameroun avait bénéficié après 2006.

Dans son rapport de consultation au titre de l'article IV de 2026, le FMI projette une croissance de 3,3 % en 2026, soutenue par l'investissement public, mais souligne que les efforts pour accroître les dépenses d'investissement sont limités par des contraintes de liquidité et des risques élevés de surendettement.

Les véritables défis : au-delà des ratios

Au-delà des ratios macroéconomiques, plusieurs spécialistes des finances publiques estiment que le véritable défi réside désormais dans la capacité du gouvernement à transformer la dette en actifs économiques productifs.

Les préoccupations se concentrent sur :

1. L'accumulation des arriérés de paiement : plus de 1 000 milliards de FCFA à fin mars 2026
2. La faible absorption des financements extérieurs : 5 044 milliards de FCFA engagés mais non décaissés
3. Le resserrement des conditions sur les marchés de capitaux
4. La capacité à transformer la dette en actifs productifs

Le fardeau générationnel

Confier la couverture de 32 % de ses besoins annuels à des créanciers extérieurs, c'est hypothéquer l'avenir. Chaque FCFA emprunté aujourd'hui devra être remboursé demain, avec des intérêts. Ce sont les générations futures qui paieront la facture.

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