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© Camer.be : Paul Moutila
- 07 Jul 2026 03:29:08
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Le Gabon claque la porte à l'UE : les thoniers européens virés des eaux gabonaises
Le 28 juin 2026, le Gabon n'a pas renouvelé l'accord de pêche qui le liait à l'Union européenne depuis près de quarante ans, fermant ainsi ses eaux aux 33 navires thoniers européens pour bâtir une filière nationale de transformation, mettant fin à un système que Libreville juge « profondément déséquilibré » et privant le pays de valeur ajoutée et d'emplois.
Dimanche 28 juin 2026. Une date qui marque un tournant pour le Gabon. Ce jour-là, le protocole de pêche signé avec l'Union européenne est arrivé à échéance. Et Libreville a décidé de ne pas le renouveler.
Après près de quarante ans de partenariat, les eaux gabonaises sont désormais fermées aux navires européens. Plus de 33 thoniers espagnols et français, qui venaient traquer le thon au large des côtes, doivent plier bagage.
La raison ? Un constat amer. Le poisson pêché n'est jamais débarqué au Gabon. Il n'atterrit pas dans l'assiette des Gabonais. Il est exporté brut, sans aucune transformation locale, sans création d'emplois pour la jeunesse du pays. « Nous ne pouvons plus accepter un modèle où nos ressources sont simplement capturées, exportées brutes sans aucune valeur ajoutée créée sur le sol gabonais », a martelé Aimé Martial Massamba, ministre de la Mer, des Pêches et de l'Économie bleue.
Le Gabon, deuxième stock de thon le plus important de la façade est de l'océan Atlantique, a décidé de transformer son « or bleu » en levier de souveraineté industrielle. Fini l'exportation de la matière première. Place aux usines, aux emplois et à la valeur ajoutée.
Un accord vieux de 40 ans qui arrive à expiration
Les premiers accords de pêche entre l'Union européenne et le Gabon remontent à 1988. Renouvelé à plusieurs reprises, le dernier protocole en date couvrait la période du 29 juin 2021 au 28 juin 2026. Il permettait à un maximum de 33 navires européens essentiellement espagnols et français d'accéder aux eaux gabonaises pour y pêcher des espèces thonières.
En échange, l'Union européenne versait une contribution financière annuelle d'environ 2,6 millions d'euros (1,6 million pour l'accès et 1 million pour le soutien au secteur local), auxquels s'ajoutaient les redevances versées directement par les armateurs. Sur cinq ans, l'accord aurait rapporté environ 17 milliards de francs CFA à l'État gabonais.
Mais en juin 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé une « procédure de dénonciation unilatérale » de l'accord, jugeant le partenariat « profondément déséquilibré ». Un an plus tard, la décision est devenue effective.
Un « or bleu » qui ne profite pas au Gabon
Le rapport technique consulté par LSI Africa dresse un bilan sans appel. Le Gabon dispose du deuxième stock de thon le plus important de la façade est de l'Atlantique, derrière la Mauritanie. Le potentiel thonier est estimé à 250 000 tonnes. Les thons séjournent dans les eaux gabonaises la moitié de l'année.
Pourtant, les retombées pour le pays sont quasi nulles. Le rapport recense plusieurs limites du précédent dispositif:
- Absence de débarquement des captures dans les ports gabonais.
- Manque d'unités de transformation locale.
- Faible création d'emplois directs et indirects.
- Place limitée des opérateurs nationaux dans la chaîne de valeur.
- Compensation financière jugée insuffisante au regard des volumes pêchés.
En 2015, les captures avaient atteint près de 50 000 tonnes, sans générer de retombées économiques durables pour le pays. Une partie des navires opère même au large sans jamais mettre le pied dans un port gabonais. En clair : le thon est prélevé, exporté brut, et le Gabon ne touche qu'une miette.
La souveraineté économique comme nouveau cap
Libreville ne tourne pas le dos aux partenariats internationaux, mais entend désormais les rééquilibrer. « L'objectif est de développer une filière thonière performante, durable et créatrice de valeur », explique le Pr Celse Koumba Mabert, directeur général des Pêches et de l'Aquaculture.
Le gouvernement souhaite privilégier un modèle reposant sur la transformation locale du thon afin d'accroître la valeur ajoutée créée sur le territoire. L'industrialisation de la filière thonière figure comme deuxième pilier du Plan national de développement 2024-2026.
Concrètement, le Gabon veut :
- Imposer le débarquement de toutes les captures dans ses ports.
- Développer des unités de transformation (conserves, filets, farine de poisson).
- Créer des emplois nationaux et renforcer le contrôle de ses richesses maritimes.
- Encourager la commercialisation locale des produits de la mer.
L'UE prête à négocier, mais à ses conditions
L'Union européenne, pour sa part, se dit ouverte à la négociation. « L'Union européenne est disposée à aborder les préoccupations exprimées ces derniers mois de façon constructive et transparente », a assuré le siège de l'organisation au Gabon.
Bruxelles revendique une approche tournée vers l'avenir pour « un cadre rénové, équilibré et efficace ». Les Européens rappellent également que leurs navires ne pêchent que les espèces que le Gabon ne cible pas, comme le thon tropical, et qu'ils ne font pas concurrence aux pêcheurs locaux.
Mais le Gabon est désormais sur une ligne rouge : il ne signera pas de nouvel accord sans transformation locale. « Jusqu'à nouvel ordre, aucun navire du Vieux Continent ne sera autorisé à pêcher dans les eaux gabonaises », a indiqué un conseiller technique au ministère des Pêches.
Un signal fort pour l'Afrique
Cette décision du Gabon s'inscrit dans une tendance plus large de souveraineté économique sur le continent. Après les secteurs minier et forestier, la pêche apparaît désormais comme l'un des domaines dans lesquels les pays africains entendent renforcer leurs exigences.
Le thon est considéré comme « l'or bleu » du Gabon. En le transformant localement au lieu de l'exporter brut, le pays peut créer des usines, des emplois et capter davantage de valeur ajoutée. Un pari ambitieux, mais risqué : le Gabon devra attirer des investisseurs, former de la main-d'œuvre et construire une filière industrielle compétitive en quelques années.
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