Whisky en sachet : l'ultimatum qui va faire trembler l'économie informelle
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Le gouvernement camerounais a fixé au 18 décembre 2026 un ultimatum impératif à toutes les unités de production de whisky en sachet après des décès en série et le démantèlement d'usines clandestines à Douala, les autorités promettent des sanctions « sans appel » pour les contrevenants.

Au Marché Mboppi de Douala, dans une ruelle étroite où l'odeur de l'alcool bon marché se mêle à celle des ordures, un sachet de whisky se vend encore à 100 francs CFA. Dans les bars de Nkongsamba, des jeunes hommes parient sur leur capacité à ingurgiter des dizaines de ces sachets.

Le 8 mars 2025, l'un d'eux a perdu ce pari. Mort. Le whisky en sachet, fabriqué dans des conditions effroyables, mélangé à du méthanol, a emporté sa vie.

Ce 3 juillet 2026, le gouvernement camerounais a dit « stop ».

Il ne s'agit pas d'une énième promesse. Pas d'une énième prorogation. Cette fois, les autorités ont fixé une date butoir le 18 décembre 2026 et promis des sanctions « sans appel ». Vingt-deux entreprises sans autorisation ont été identifiées. Des scellés ont été posés. Et le message est clair : la période transitoire ne sera pas prolongée.

Le whisky en sachet ce poison bon marché qui a fait des milliers de victimes vit ses derniers mois.

Une histoire de plus de dix ans

L'histoire du whisky en sachet au Cameroun est celle d'un combat perdu d'avance… jusqu'à aujourd'hui.

Tout commence en 2014. Face à la prolifération de boissons alcoolisées conditionnées en sachets plastiques vendues à des prix dérisoires et souvent mortelles les ministères de l'Industrie, du Commerce et de la Santé adoptent une norme visant à les retirer progressivement du marché.

Mais les producteurs obtiennent des délais. Puis d'autres délais. Et encore d'autres. En avril 2023, le gouvernement annonce une nouvelle interdiction. Rien n'y fait. Le whisky en sachet continue de couler dans les marchés, les boutiques de quartier et les kiosques.

Vingt-deux entreprises opèrent sans autorisation. Des centaines de revendeurs vivent de ce commerce. Le marché pèse des milliards de francs CFA.

Les drames de Nkongsamba et Bangangté

Si le gouvernement serre la vis aujourd'hui, c'est parce que les chiffres sont devenus insoutenables.

À Bangangté, une fillette de 7 ans décède après avoir consommé un sachet de whisky acheté à 100 FCFA. La Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco) saisit le Tribunal administratif de Yaoundé. « Cette enfant ne devait pas mourir », affirme l'organisation.

À Nkongsamba, en mars 2025, un concours de buveurs de whisky en sachet tourne au drame. Le vainqueur, qui avait ingurgité une vingtaine de sachets, meurt quelques heures plus tard. Son dauphin, admis dans un état critique, est hospitalisé.

« Quelques heures après, hélas, survient le drame. Le vainqueur est déclaré mort après qu'il se soit plaint de douleurs atroces au ventre. »

Ces drames ne sont pas des accidents. Ils sont la conséquence logique d'un système où des substances chimiques industrielles sont mélangées à des alcools frelatés, conditionnés dans des sachets plastiques.

La répression : descentes à Douala et ultimatum

C'est dans ce contexte que Fuh Calistus Gentry, ministre intérimaire des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique, a mené une descente sur un site clandestin démantelé à Douala.

Les images sont effroyables : des conditions de fabrication où tout est hors de contrôle, où le méthanol un poison mortel même à faible dose est utilisé pour augmenter la puissance à moindre frais.

Le ministre a fixé un ultimatum :

« Après avoir identifié 22 entreprises sans autorisation pour fabriquer les whiskies en sachet, le Minmidt a sensibilisé les acteurs à migrer vers des conditionnements en verre jugés conformes aux exigences sanitaires et environnementales, avant le 18 décembre prochain, terme de la période transitoire. Il n'y aura pas de prorogation. »

Les sanctions : fermeture définitive et poursuites judiciaires

Passé le 18 décembre 2026, les sanctions seront sans appel :

- Fermeture définitive de toute structure non conforme
- Pose de scellés sur les sites de production
- Poursuites judiciaires contre près de 300 industries
- Amendes à infliger aux contrevenants

L'État envisage également une cartographie nationale industrielle pour traquer toutes les formes d'illégalité.

L'enjeu économique : un marché de 200 milliards

Mais cette décision a un coût. Le marché des boissons alcoolisées à bas prix représente une activité qui mobilise producteurs, distributeurs, grossistes et détaillants. Le manque à gagner est estimé à plus de 200 milliards de francs CFA par an.

Certains revendeurs le disent sans détour :

« Moi, je vends parce que je vis de ça. »

Le gouvernement devra accompagner cette transition, sous peine de voir le whisky en sachet migrer encore plus profondément dans l'économie informelle.

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