SNH : Adolphe Moudiki absent depuis 3 ans, sa femme dirige à sa place
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Dans une lettre ouverte adressée à la SNH, le fondateur de Transparency International Cameroun dénonce l'absence physique prolongée du directeur général Adolphe Moudiki, la prise de pouvoir de fait de son épouse Nathalie Moudiki à la tête de l'entreprise publique, et l'utilisation abusive de la réputation de l'organisation anti-corruption pour blanchir une gouvernance opaque un réquisitoire qui ébranle les fondements du premier contributeur au budget de l'État camerounais.

Il est l'homme qui incarne la SNH depuis plus de trois décennies. Son nom est gravé dans le marbre des rapports annuels, des conseils d'administration et des éditoriaux de « SNH Infos ». Adolphe Moudiki, 88 ans, proche de Paul Biya, est l'administrateur-directeur général de la Société nationale des hydrocarbures le cœur financier du Cameroun.

Mais depuis près de trois ans, il a disparu.

Ni conférence de presse. Ni conseil d'administration. Ni forum international. En octobre 2024, alors que le Cameroun accueillait la session annuelle de l'Organisation des pays africains producteurs de pétrole, c'est un ministre qui a dû représenter le pays. Parce que le patron de la SNH n'était pas là.

À sa place, une femme. Son épouse. Nathalie Moudiki, directrice des Affaires juridiques, conseillère technique, présidente du conseil d'administration de CSTAR et désormais, selon des sources concordantes, la véritable patronne de fait du géant pétrolier.

« Ce n'est pas une succession. Ce n'est pas une délégation. C'est une vacance déguisée en direction », écrit le fondateur de Transparency International Cameroun dans une lettre qui secoue le sérail.

Le Cameroun mérite-t-il un directeur général qu'on ne voit jamais, qu'on n'interroge jamais, qu'on ne tient jamais pour responsable ?

Une lettre qui porte un nom, mais pas un homme

La publication récente d'un éditorial dans « SNH Infos », le magazine officiel de la Société nationale des hydrocarbures, a provoqué une réaction inattendue. Le texte porte le nom d'Adolphe Moudiki. Mais, comme le souligne une lettre ouverte cinglante, il ne porte pas l'homme.

Depuis près de trois ans, M. Moudiki n'a été vu nulle part. Ni lors d'une conférence de presse. Ni lors d'un conseil d'administration. Ni au seul forum où sa présence n'est pas facultative la session annuelle de l'Organisation des pays africains producteurs de pétrole (APPO), tenue en octobre 2024 dans la capitale de son propre pays, à laquelle il n'a pas pu assister. Le Cameroun a dû envoyer un ministre pour le remplacer.

En son absence, son épouse a assumé ses fonctions. Nathalie Moudiki, directrice des Affaires juridiques et conseillère technique au sein de la SNH, a représenté le Cameroun à l'APPO. Elle a présidé le conseil d'administration de CSTAR à Dubaï. Elle a accueilli le vice-président de la République de Guinée équatoriale. Elle a rencontré Transparency International Cameroun au nom de la SNH.

« Ce n'est pas une succession. Ce n'est pas une délégation. C'est une vacance déguisée en direction, et les Camerounais ont le droit de savoir qui décide réellement de la gestion de leur compagnie pétrolière nationale », écrit l'auteur de la lettre.

Une absence qui interroge

Selon plusieurs sources, Adolphe Moudiki, 88 ans, souffre d'une santé fragile. Absent de son bureau depuis plusieurs mois, il avait initialement délégué certaines de ses fonctions à Igor Emmanuel Soya Bissaya, son conseiller numéro deux, pour une période de trois mois qui a depuis expiré.

Mais cette délégation temporaire s'est muée en un glissement de pouvoir progressif. Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, c'est désormais Nathalie Moudiki qui orchestre véritablement les destinées du premier groupe pétrolier public camerounais. Le remaniement du directoire de la SNH, initié en décembre 2025, a fait d'elle la première femme à occuper le poste de conseiller numéro deux.

« Sur le papier, Adolphe Moudiki reste administrateur directeur général. Dans les faits, le centre de gravité du pouvoir s'est déplacé », confie à Jeune Afrique une source proche du dossier.

La signature scannée et les documents douteux

La lettre ouverte soulève une question troublante : qui signe vraiment les documents de la SNH ?

Selon plusieurs sources, les documents portant la signature d'Adolphe Moudiki porteraient une image scannée de celle-ci, et non sa main. Une pratique qui, si elle était confirmée, jetterait un doute sur la validité de nombreuses décisions prises au nom de l'entreprise publique.

CSTAR : le projet qui cristallise les critiques

La lettre pointe du doigt le projet CSTAR, le complexe pétrolier de Kribi, comme un exemple des dérives de la gouvernance actuelle.

CSTAR est un véhicule dans lequel la SNH a englouti des fonds publics sans approbation du conseil d'administration, sans autorisation expresse du gouvernement, et sans étude de faisabilité publiée, selon l'auteur. Le conseil d'administration de CSTAR est présidé par Nathalie Moudiki.

Les conseils d'administration de CSTAR se tiennent à Dubaï, où la société est basée. En mai 2026, une convention de financement de 120 milliards de FCFA a été signée pour le projet. Mais les critiques dénoncent l'opacité qui entoure ces décisions financières majeures.

L'utilisation abusive de Transparency International

Un point particulièrement sensible de la lettre concerne la tentative d'utiliser la crédibilité de Transparency International Cameroun l'organisation fondée par l'auteur pour blanchir la gouvernance de la SNH.

« Je m'oppose particulièrement à la tentative de cet éditorial d'emprunter la crédibilité de Transparency International Cameroon l'organisation que j'ai fondée en évoquant une "session de travail" comme si elle constituait un aval de la gouvernance de la SNH. Ce n'est pas le cas, et je n'ai reçu aucune information sur ce que TI Cameroun aurait, le cas échéant, réellement approuvé », écrit-il.

En février 2026, Nathalie Moudiki, représentant l'administrateur directeur général, a en effet rencontré une équipe de Transparency International Cameroun pour discuter de la promotion des meilleures pratiques dans la lutte contre la corruption. Mais l'auteur de la lettre dénonce une instrumentalisation de cette rencontre.

La SNH dans la tourmente

La SNH est au cœur de plusieurs scandales. L'entreprise est impliquée dans l'affaire Glencore, le trader anglo-suisse condamné pour des faits de corruption et de pots-de-vin versés à de hauts dirigeants dans plusieurs pays africains dont le Cameroun.

En juillet 2024, un bras de fer ouvert a opposé Adolphe Moudiki à Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence et président du conseil d'administration de la SNH, autour de la direction de l'entreprise. Moudiki avait alors fermé les portes de la SNH pour empêcher la tenue d'un conseil d'administration convoqué par Ngoh Ngoh.

Cette bataille pour le pouvoir, doublée d'une absence physique prolongée, a créé un vide à la tête de l'entreprise la plus stratégique du Cameroun.

La question fondamentale

La lettre ouverte se conclut par une question fondamentale : « Une institution incapable de produire son propre directeur général ne devrait pas être autorisée à produire des éditoriaux en son nom. Le Cameroun mérite un SNH dirigé par une personne que l'on peut voir, interroger et tenir responsable non administré par procuration et défendu par une signature que personne n'a vu apposer. »

Une question qui, en cette période de tensions budgétaires et de crise économique, résonne comme un avertissement.

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