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© Camer.be : Toto Jacques
- 03 Jul 2026 13:59:52
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15 tonnes d'or volatilisées : le scandale qui ébranle le Cameroun :: CAMEROON
Le gouvernement camerounais annule 74 permis miniers, impose une caution environnementale de 100 000 dollars et durcit les règles du secteur aurifère, après la révélation par l'ITIE d'un écart de près de 700 fois entre l'or déclaré (22,3 kg) et celui exporté (15 tonnes) vers les Émirats arabes unis.
22,3 kilogrammes.
C'est ce que les douanes camerounaises ont officiellement déclaré en 2023.
Et pourtant, les Émirats arabes unis affirment avoir importé 15 tonnes soit 15 000 kilogrammes en provenance du Cameroun, la même année.
Un écart de 700 fois.
Où est passé l'or du Cameroun ? Qui l'a pris ? Et pourquoi l'État n'a-t-il perçu que des miettes sur une manne qui aurait dû remplir ses caisses de 165 milliards de FCFA plus de 300 millions de dollars de recettes fiscales ?
Le 29 juin 2026, le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, a frappé un grand coup. 74 permis miniers ont été annulés. Des dizaines de sociétés camerounaises et étrangères sont sur la sellette.
Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.
L'OR DU CAMEROUN : UNE RICHESSE QUI S'ÉVAPORE
Le Cameroun regorge d'or. L'Est du pays, principal bassin aurifère, attire des centaines d'opérateurs, légaux et illégaux. L'exploitation minière artisanale et semi-mécanisée y est largement répandue, particulièrement dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua.
Mais depuis des années, une partie significative de cette production échappe aux circuits officiels.
L'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), organisation mondiale de référence, a publié fin 2025 son rapport sur l'année 2023. Les conclusions sont accablantes.
Le Cameroun a officiellement enregistré 22,3 kg d'exportations d'or en 2023. Dans le même temps, les Émirats arabes unis à eux seuls ont déclaré avoir importé plus de 15 tonnes en provenance du Cameroun.
15 tonnes, c'est 700 fois plus que les déclarations officielles.
Cette contrebande massive aurait privé le Trésor public de quelque 165 milliards de FCFA en recettes fiscales. Soit plus de 300 millions de dollars chaque année.
200 SOCIÉTÉS ILLÉGALES, DONT 95 % D'ÉTRANGÈRES
Le scandale ne s'arrête pas aux chiffres.
En mai 2026, une vaste opération de contrôle a été menée dans l'Est du Cameroun. Les autorités ont identifié près de 200 sites artisanaux opérant illégalement.
Selon le ministère des Mines, 95 % de ces sociétés sont étrangères. On y trouve des entreprises chinoises, américaines, canadiennes et soudanaises.
Simon Kaldjob, président du Collectif des organisations des consommateurs du Cameroun, estime que ce n'est que la partie visible de l'iceberg : "Cette découverte ne concerne rien que l'Est. Si les recherches avaient été approfondies dans cette région, je pense que le chiffre aurait pu doubler et on aurait pu parler de 500 entreprises qui exercent dans l'illégalité".
LA DESCENTE DU MINISTRE : NETTOYER LE SECTEUR AURIFÈRE
Le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, a alors ordonné le démantèlement des installations et l'évacuation des exploitants.
Sa promesse ? "Nettoyer le secteur aurifère".
Le 29 juin 2026, il a passé à l'acte.
74 titres miniers ont été annulés pour "irrégularités et violations répétées de la réglementation en vigueur".
Parmi les sociétés visées : la junior britannique BWA Group, qui perd l'ensemble de ses licences d'exploration d'or dans le pays. Également touchées : Sheng Hin Mining, Reservoir Minerals Cameroon (majoritairement détenue par Oriole Resources), Superland Mining et Aracari Gold Cameroon Ltd (filiale locale de BWA Group).
Au total, une trentaine de sociétés, camerounaises et étrangères, sont sanctionnées.
Pour l'État, la libération simultanée de ces blocs d'exploration permet de réintégrer d'importantes superficies dans le domaine public minier.
LE "RETRAIT DE CES PERMIS, UN NOUVEAU SIGNAL"
"Le retrait de ces permis apparaît ainsi comme un nouveau signal envoyé par les autorités dans leur volonté affichée de reprendre le contrôle d'un secteur longtemps marqué par des soupçons d'exploitation illégale, de fraude et d'exportations insuffisamment contrôlées. Reste désormais à savoir si cette opération d'assainissement débouchera sur des enquêtes administratives ou judiciaires permettant d'établir les responsabilités".
LE PRIX ENVIRONNEMENTAL DE L'OR
Au-delà du scandale financier, le gouvernement alerte sur les dégâts environnementaux.
L'orpaillage anarchique est responsable de la déforestation et de la dégradation forestière. Les sols sont ravagés. Les cours d'eau sont pollués.
270 000 hectares de forêts humides ont été perdus dans l'Est du Cameroun. Le cyanure et le mercure utilisés par les orpailleurs contaminent les sols et les nappes phréatiques à jamais.
LES NOUVELLES RÈGLES DU JEU
Pour reprendre la main, l'exécutif impose désormais un train de mesures drastiques :
1. Un bond environnemental de 100 000 dollars – une caution que les exploitants doivent déposer pour garantir la remise en état des sites.
2. L'obligation d'utiliser des unités de traitement en circuit fermé – pour limiter la pollution des eaux.
3. Des seuils minimaux de production – pour toute reprise d'activité.
4. Le retrait des autorisations pour tous les opérateurs n'ayant pas respecté leurs obligations.
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