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© Camer.be : Toto Jacques
- 07 Jul 2026 15:51:14
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CANADA :: Ottawa : la crise des passeports camerounais vire au scandale
Une ressortissante camerounaise convoquée pour une capture biométrique se voit opposer un dossier « fermé » dans le système informatique ; sa détresse, partagée par de nombreux compatriotes venus de tout le Canada, a dégénéré en une contestation collective qui a nécessité l'intervention des forces de l'ordre canadiennes un nouvel épisode d'une crise administrative qui révèle les défaillances de la chaîne consulaire camerounaise.
Elle avait reçu un courriel officiel de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) de Yaoundé. Son dossier était traité. Une nouvelle capture biométrique suffirait à débloquer son passeport. Confiante, elle a parcouru des centaines de kilomètres jusqu'à Ottawa.
À son arrivée, on l'a orientée vers une salle d'attente différente. Elle a patienté des heures. Des heures pendant lesquelles d'autres usagers, arrivés après elle, ont été reçus. Des heures à regarder les aiguilles tourner, à espérer, à douter.
Quand elle a enfin insisté, le verdict est tombé, glacial : « Votre dossier est fermé. »
Fermé. Comme une porte. Comme un espoir. Comme un passeport qui ne viendra jamais.
Et derrière elle, dans cette salle d'attente de l'ambassade du Cameroun à Ottawa, des dizaines d'autres Camerounais. Des étudiants dont les permis expirent. Des travailleurs dont les papiers sont bloqués. Des familles entières venues de Calgary, de Vancouver, de Toronto. Tous avec la même histoire. Tous avec le même désespoir.
La tension est montée. Un homme, Alain, a crié. D'autres ont suivi. La colère collective a débordé. Et la police canadienne est intervenue.
Quatre véhicules. Des agents en uniforme. Une médiation. Et une communauté camerounaise qui, une fois de plus, se sent abandonnée.
Un courriel de la DGSN, une fausse promesse
Tout commence par un message officiel. Une ressortissante camerounaise vivant au Canada reçoit un courriel de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) de Yaoundé. Son dossier de demande de passeport a été traité. Une nouvelle capture biométrique est nécessaire. Elle peut se rendre à l'ambassade du Cameroun à Ottawa pour finaliser la procédure.
Confiance. Espoir. Soulagement. Après des mois d'attente, la lumière au bout du tunnel.
Elle prend la route. Parfois des centaines, voire des milliers de kilomètres. Depuis Calgary, depuis Vancouver, depuis Toronto. Des frais d'avion, d'hébergement, de déplacement. Des sacrifices financiers considérables pour une promesse administrative.
À son arrivée à l'ambassade, située au 170, avenue Clemow à Ottawa, elle est orientée vers une salle d'attente différente de celle habituellement utilisée pour le dépôt des dossiers. Un premier signe qui aurait dû l'alerter.
Elle attend. Des heures. Les autres usagers, arrivés après elle, sont reçus les uns après les autres. Elle patiente, espère, s'impatiente.
Quand elle finit par insister, les agentes consulaires consultent son dossier informatique. Le constat est sans appel : le dossier apparaît comme « fermé » dans le système. Impossible d'effectuer la capture biométrique. Seule la DGSN à Yaoundé serait en mesure de rouvrir le dossier. Sans aucune échéance précise.
La promesse s'évapore. La confiance se brise. Le cauchemar recommence.
Un cas isolé ? Non, un système
La jeune femme découvre rapidement qu'elle n'est pas seule. D'autres Camerounais, venus de différentes provinces canadiennes, ont rencontré le même blocage administratif. Des dossiers « fermés ». Des captures biométriques impossibles. Des réponses identiques : « Contactez la DGSN à Yaoundé. »
C'est une situation que de nombreux Camerounais au Canada connaissent bien. Depuis plusieurs mois, les témoignages s'accumulent. Une jeune étudiante camerounaise vivant au Canada expliquait récemment : « Depuis plusieurs mois, nous essayons de renouveler nos passeports auprès de l'ambassade du Cameroun, mais sans succès. Personnellement, cela fait maintenant plus de deux mois que je tente d'obtenir un rendez-vous. »
Son passeport expire dans un mois, tout comme son permis d'études. Sans passeport valide, ses démarches pour un permis de travail post-diplôme sont compromises. Et les rendez-vous disponibles à l'ambassade sont repoussés à plusieurs mois, « certains jusqu'en octobre, et même jusqu'en janvier 2027 ».
Elle n'est pas un cas isolé. « Nous sommes très nombreux dans cette situation : des étudiants, des travailleurs et des familles dont les documents arrivent à expiration sans possibilité d'obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable. »
La goutte d'eau : la contestation d'Alain
La situation a basculé lorsqu'un autre usager, identifié comme Alain, arrivé de Saint-Jérôme avec sa mère venue de Calgary, a vivement protesté contre le refus de prise en charge de plusieurs demandeurs.
Son intervention a trouvé un écho immédiat. Le mécontentement individuel s'est transformé en contestation collective. Les voix se sont élevées. La colère a envahi la salle d'attente.
Selon plusieurs témoignages, la montée de la tension a conduit les responsables de l'ambassade à solliciter les forces de l'ordre canadiennes. Quatre véhicules de police sont alors intervenus sur les lieux afin de rétablir le calme.
Les policiers ont entendu les différentes parties avant d'engager une médiation avec les responsables de la représentation diplomatique. Aucun incident majeur n'a toutefois été signalé à l'issue de leur intervention.
Une communauté qui se serre les coudes
Au milieu de cette journée particulièrement éprouvante, plusieurs membres de la communauté camerounaise ont apporté leur soutien aux usagers en difficulté.
Une compatriote a notamment proposé un hébergement à la jeune femme confrontée à des frais supplémentaires de logement liés à la prolongation forcée de son séjour à Ottawa.
Les témoignages soulignent également l'intervention de Pascal Dissock, présenté comme une personnalité influente de la communauté camerounaise au Canada. Selon ce récit, celui-ci a joué un rôle d'apaisement en échangeant avec les usagers, en leur apportant un soutien moral et en promettant d'accompagner leurs démarches auprès des autorités compétentes.
Pascal Dissock est une figure connue de la diaspora camerounaise. Ancien vice-président de Bamboutos de Mbouda, il est installé au Canada et a été élu à la tête de la section canadienne du RDPC. Son intervention dans cette crise témoigne de l'importance des relais communautaires face à une administration défaillante.
Des initiatives locales pour pallier l'absence de l'État
Cette crise à Ottawa survient alors que des initiatives locales tentent de pallier les carences de l'administration camerounaise. Fin mai 2026, des représentants du haut-commissariat du Cameroun s'étaient rendus en Alberta, dans l'ouest canadien, pour faciliter le renouvellement de passeport de ses ressortissants.
L'Association camerounaise d'Edmonton (ACE) a coordonné l'événement, qui a permis d'éviter à près de deux cents Camerounais de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan de devoir se rendre directement à Ottawa.
Une solution partielle, ponctuelle, qui ne règle en rien les problèmes structurels.
La chaîne administrative brisée
La crise des passeports à Ottawa révèle un problème plus profond : la déconnexion entre les services consulaires camerounais à l'étranger et la DGSN à Yaoundé.
Les demandeurs de passeports sont pris dans un système à deux vitesses. D'un côté, les ambassades et consulats, qui reçoivent les dossiers et effectuent les captures biométriques. De l'autre, la DGSN, qui produit les passeports et dont le système informatique décide souverainement de l'ouverture ou de la fermeture des dossiers.
Quand un dossier est « fermé » à Yaoundé, rien ne peut être fait à Ottawa. Les agents consulaires sont impuissants. Les usagers sont renvoyés à une administration lointaine, inaccessible, qui ne répond pas.
Et pendant ce temps, les étudiants voient leurs permis expirer. Les travailleurs voient leurs papiers se bloquer. Les familles voient leurs projets s'effondrer.
Le coût humain et financier
Le coût de ces dysfonctionnements est immense. Pour les usagers, c'est d'abord un coût financier : billets d'avion, hébergement à Ottawa, déplacements multiples. Une jeune étudiante évoquait récemment un billet aller-retour Cameroun-Canada à plus de 2 000 dollars, sans compter l'incertitude de pouvoir revenir au Canada avec un permis d'études qui expire.
C'est aussi un coût psychologique : l'angoisse de l'attente, la peur de voir ses papiers expirer, le sentiment d'être abandonné par son propre pays.
C'est enfin un coût pour l'image du Cameroun. Une diaspora qui se sent méprisée, des institutions qui dysfonctionnent, une administration qui ne répond pas. Une réputation en lambeaux.
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