-
© Camer.be : Paul Moutila
- 29 Jun 2026 12:25:36
- |
- 321
- |
Le Cameroun veut produire son propre blé :: CAMEROON
Le gouvernement camerounais lance un plan triennal de 30,9 milliards de FCFA pour produire 180 000 tonnes de blé local d'ici 2027, réduisant ainsi une facture d'importation qui dépasse chaque année les 260 milliards de FCFA une étape décisive dans la politique d'import-substitution portée par les autorités.
C'est un pari qui ressemble à une révolution silencieuse.
Chaque année, le Cameroun dépense plus de 260 milliards de FCFA pour importer du blé. Une facture qui plombe les réserves en devises, fragilise la balance commerciale et expose le pays aux caprices des marchés internationaux.
Pendant des décennies, cette céréale pourtant devenue l'aliment de base de millions de Camerounais sous forme de pain, de pâtes et de biscuits a été achetée à l'étranger. Une dépendance que les autorités ont longtemps subie sans véritablement la combattre.
Mais le 24 juin 2026, à Yaoundé, un tournant s'est opéré.
Réunis sous l'égide du ministère de l'Agriculture et du Développement rural (Minader), les acteurs de la filière blé ont validé un plan d'action triennal d'envergure. Objectif : produire 180 000 tonnes de blé local d'ici 2027. Coût de l'opération : 30,9 milliards de FCFA.
Fini le temps des parcelles expérimentales. Le Cameroun passe à la vitesse supérieure.
UNE DÉPENDANCE COÛTEUSE
Le Cameroun importe chaque année plus d'un million de tonnes de blé. En 2023, les importations de 887 000 tonnes ont coûté 178 milliards de FCFA. Un an plus tard, en 2024, cette somme a grimpé à 214 milliards.
En 2025, la facture céréalière totale du pays a atteint 466,9 milliards de FCFA. Le blé, à lui seul, en représente une part considérable.
Ces chiffres ne sont pas que des statistiques. Ils traduisent une vulnérabilité structurelle : celle d'un pays qui, pour nourrir sa population, dépend des marchés internationaux et de leurs fluctuations. Tensions géopolitiques, hausse des coûts logistiques, volatilité des cours chaque crise mondiale se répercute directement sur le prix du pain dans les quartiers de Douala et de Yaoundé.
Cette situation, le gouvernement camerounais a décidé d'y mettre fin.
30,9 MILLIARDS POUR STRUCTURER LA FILIÈRE
Le plan d'action triennal, dont la mise en œuvre devrait démarrer en 2027, repose sur trois axes majeurs :
1. La production massive de semences certifiées 4 500 hectares seront dédiés à la production de 9 000 tonnes de semences certifiées, destinées à alimenter les champs de blé marchand.
2. L'accompagnement technique des producteurs Intrants, produits phytosanitaires et conseils techniques seront déployés pour améliorer les rendements et réduire les coûts de production.
3. Le développement des infrastructures Stockage, transformation et commercialisation : un maillon essentiel pour garantir la qualité du grain et sa valorisation locale.
« Le premier axe consiste à produire, à partir de ces semences de base, des semences certifiées. Le deuxième vise la production de blé marchand. Il s'agit d'accompagner les producteurs avec un package leur permettant de produire en quantité et en qualité, tout en réduisant les coûts grâce aux subventions des intrants », explique le Minader.
Les bassins de production sont déjà identifiés : l'Extrême-Nord, le Nord, l'Adamaoua, l'Ouest et le Nord-Ouest, véritables greniers potentiels du pays.
LES RÉGIONS CONCERNÉES : UNE CARTE DE LA SOUVERAINETÉ
Cinq régions ont été retenues pour accueillir ce programme ambitieux :
| Région | Potentiel agricole |
| Extrême-Nord | Bassin céréalier historique |
| Nord | Zones propices à la culture du blé |
| Adamaoua | Site stratégique de production de semences |
| Ouest | Zones agroécologiques favorables |
| Nord-Ouest | Complémentarité des écosystèmes |
Ces régions ont été identifiées comme des zones favorables à la culture du blé, après des années de recherche et de tests menés par l'Institut de recherche agricole pour le développement (Irad).
LES SEMENCES : LE CŒUR DU DISPOSITIF
Le plan s'appuie sur les acquis du Projet de production et de transformation du blé au Cameroun, mis en œuvre par l'Irad et doté d'une enveloppe d'environ 10 milliards de FCFA.
Ces dernières années, les chercheurs camerounais ont testé des variétés adaptées à plusieurs zones agroécologiques du pays et relancé la production de semences de base, notamment sur le site de Wassandé, dans l'Adamaoua.
Selon Eddy Ngonkeu Mangaptche, conseiller technique n°2 au ministère de la Recherche scientifique et de l'Innovation, près de 600 tonnes de semences sont actuellement en cours de récolte. Ces volumes pourraient permettre d'emblaver environ 6 000 hectares.
La recherche camerounaise a déjà identifié 22 variétés de blé adaptées aux différentes zones agroécologiques du pays, dont 4 variétés ont déjà été testées avec succès.
L'OBJECTIF : 180 000 TONNES DE BLÉ LOCAL
Selon les projections présentées lors de l'atelier du 24 juin, le programme devrait permettre d'atteindre une production commerciale estimée à 180 000 tonnes de blé sur la durée du plan.
Un objectif ambitieux, mais qui reste en deçà des besoins nationaux. Le gouvernement en est conscient : les 180 000 tonnes visées ne couvriront pas la demande à court terme.
Mais ce programme est un test décisif. Il s'agit de transformer les acquis de la recherche en une production économique viable, capable d'alimenter les minoteries et les industries locales farine, pain, pâtes alimentaires, biscuits.
L'ENJEU : RÉDUIRE LA FACTURE DES IMPORTATIONS
L'enjeu dépasse la seule relance agricole. Le blé reste l'un des produits alimentaires les plus importés par le Cameroun. Sa facture pèse sur les réserves en devises et sur la balance commerciale.
Le nouveau programme s'inscrit dans le cadre du Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), qui couvre la période 2024-2026. Ce plan vise à réduire la dépendance du pays aux produits importés majeurs, notamment le riz, le maïs, le blé, l'huile de palme, le poisson et le lait.
Mais force est de constater que, jusqu'à présent, les importations de blé sont restées largement inchangées.
Le défi est désormais de transformer les résultats de la recherche en une production commerciale régulière. Il faudra produire suffisamment de semences certifiées, encourager les agriculteurs à cultiver le blé, sécuriser des acheteurs à long terme parmi les minoteries, garantir des prix attractifs, et résoudre les contraintes techniques liées aux rendements, à l'irrigation, aux intrants, au stockage et à la qualité des grains.
UNE PERSPECTIVE D'AVENIR
Si le programme réussit à connecter les institutions de recherche, les agriculteurs, les transformateurs et le marché au sein d'une chaîne de valeur fonctionnelle, le blé cultivé localement pourrait commencer à jouer un rôle significatif dans l'économie nationale.
Le pari est colossal. Mais la récompense l'est tout autant : une souveraineté alimentaire renforcée, des réserves en devises préservées, et une filière agricole qui crée de la valeur et des emplois au Cameroun plutôt qu'à l'étranger.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique ECONOMIE
Les + récents
Le Cameroun veut produire son propre blé
Ce roman camerounais qui mêle amour et Histoire
Argentine-Cap-Vert : le match sous influence spirituelle
Un mémorial Marcel Tchangue organisé par la diaspora combattante camerounaise le 4 juillet prochain
Douala : Le Maire Mbassa Ndine au tribunal des peuples de la foret.
ECONOMIE :: les + lus
CICAM, SOSUCAM et CIMENCAM : Comment le sort d’Ahidjo a été scellé
- 26 December 2015
- /
- 128029
La fortune de Paul Biya fait débat
- 24 July 2016
- /
- 125919
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 241462
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
