Bandjoun : L'alcool frelaté qui tue se fabriquait dans des poubelles
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À Bandjoun, les douanes ont découvert deux unités de production d'alcool opérant dans des conditions insalubres, utilisant des bouteilles récupérées dans des décharges et des locaux dissimulés dans des habitations.

La scène aurait pu sortir d'un film d'horreur sanitaire. Des bouteilles, encore maculées de résidus, repêchées dans des poubelles. Un simple rinçage à l'eau avant d'être remplies d'un liquide présenté comme du "vin" ou du "whisky". Et derrière les murs d'habitations sans histoire, deux usines clandestines tournaient à plein régime. Bienvenue à Bandjoun, où la quête du profit a effacé toute notion d'hygiène, de sécurité et de dignité humaine.

Les services des Douanes camerounaises, alertés par des renseignements précis, ont frappé fort. Déploiement d'agents, appui des autorités administratives, mise sous scellés. Résultat : deux unités de production de boissons alcoolisées illégales démantelées. Mais ce qui glace le sang, ce n'est pas la quantité saisie. C'est la réalité insoutenable des conditions de fabrication.

Ce reportage plonge au cœur d'une opération qui soulève des questions cruciales : Combien de consommateurs ont déjà ingéré ces breuvages contaminés ? Qui se cache derrière ces réseaux ? Et surtout, comment une telle menace a-t-elle pu prospérer si longtemps au vu et au su de tous ?

Contexte : Une région, des alertes, une opération coup de poing

La région de l'Ouest Cameroun n'est pas étrangère aux affaires de trafics en tous genres. Bandjoun, chefferie traditionnelle et carrefour commercial, attire les convoitises. Mais cette fois, c'est un trafic d'un genre particulier qui a été mis au jour : la production clandestine de boissons alcoolisées.

Tout commence par des renseignements sourcés, patiemment recueillis par les services de renseignement douanier. Des mouvements suspects, des allées et venues nocturnes, des locaux dissimulés. Puis, le déclenchement de l'opération. Avec l'appui des autorités administratives et de plusieurs services déconcentrés, les agents des Douanes investissent deux habitations du secteur. Ce qu'ils y découvrent dépasse l'entendement.

Les faits : Des conditions de production insalubres

Dans la première unité, l'odeur âcre de la fermentation se mêle à celle de la moisissure. Des fûts entassés, des cuves douteuses, et partout, des bouteilles. Mais pas des bouteilles neuves, non. Des bouteilles récupérées, triées, parfois encore sales. Selon nos sources, le processus de "nettoyage" se résumait à un rinçage sommaire à l'eau, sans aucune désinfection. Les bouteilles, qu'elles soient estampillées de marques connues ou non, étaient ensuite remplies avec un liquide dont la composition exacte reste à déterminer.

La deuxième unité, quelques rues plus loin, révèle le même tableau. Des stock impressionnants de bouteilles vides et pleines, des équipements sommaires, et des locaux dissimulés pour échapper aux regards. Les deux sites ont été immédiatement mis sous scellés, conformément à la procédure.

Les acteurs : Des propriétaires fantômes

Lors de l'intervention, les propriétaires des deux usines étaient absents. Une fuite anticipée ? Ou simple absence fortuite ? Le mystère demeure. Ce sont les employés, présents sur place, qui ont été informés de la mise sous scellés. La douane n'a pas encore communiqué sur les identités précises des commanditaires. L'enquête devra déterminer s'il s'agit d'un réseau organisé ou d'initiatives individuelles.

La réaction des autorités : Une commission intersectorielle

Face à la gravité des faits, le Secrétaire Général des Services du Gouverneur de la région de l'Ouest n'a pas tardé à réagir. Une commission intersectorielle a été mise en place. Cette commission, composée de représentants de la douane, des services de santé, de la gendarmerie, et des autorités administratives, aura pour mission de poursuivre les investigations et d'engager les procédures judiciaires. Un signal fort adressé aux réseaux criminels, mais aussi aux consommateurs.

Les enjeux : La sécurité sanitaire en question

Cette affaire relance avec une acuité particulière la question de la sécurité sanitaire au Cameroun. Les boissons alcoolisées contrefaites ou produites clandestinement ne sont pas un phénomène nouveau. Mais l'ampleur et l'audace de ces opérations à Bandjoun interpellent.

- Risques pour la santé : Les conditions d'hygiène déplorables exposent les consommateurs à des risques graves : infections, intoxications, voire empoisonnements à des substances toxiques ajoutées pour imiter le goût ou l'alcool.
- Tromperie sur la marchandise : Les bouteilles estampillées de marques connues ou génériques sont vendues comme des produits authentiques. Les consommateurs paient pour du "premium" et reçoivent un breuvage potentiellement dangereux.
- Impact économique : Ces productions illégales portent un coup dur aux distilleries légitimes qui respectent les normes et paient leurs taxes.
- Faiblesses des contrôles : L'existence de telles installations souligne les lacunes dans le système de surveillance et de contrôle des circuits de production et de distribution.

Témoignages et réactions 

"C'est une honte, je ne remettrai plus jamais les pieds dans les bars du quartier tant qu'on n'aura pas nettoyé tout ça."
– Habitant de Bandjoun, cité sous couvert d'anonymat.

Un commerçant du secteur confie :

"On voyait des camionnettes livrer des cartons la nuit, mais on ne se doutait pas que c'était pour faire ça. Mes clients viennent parfois acheter des bouteilles chez des revendeurs ambulants, ils croient faire une bonne affaire."

Les services de santé, contactés, rappellent que la consommation d'alcool de contrebande peut provoquer des comas éthyliques, des troubles neurologiques, voire la mort. Ils appellent à la plus grande vigilance.

Perspective future : Une chasse aux sorcières sanitaire ?

Cette opération à Bandjoun pourrait n'être que la pointe de l'iceberg. La commission intersectorielle a du pain sur la planche. L'enjeu est de taille : démanteler les réseaux, identifier les commanditaires, mais surtout, rétablir la confiance des consommateurs. Cela passe par des contrôles plus stricts, des campagnes de sensibilisation, et des sanctions exemplaires.

Les autorités pourraient également s'inspirer de modèles étrangers, comme les opérations "Clean Alcohol" menées en Afrique de l'Est, qui ont permis de réduire significativement les trafics.

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