-
© Camer.be : Toto Jacques
- 12 Jun 2026 15:30:18
- |
- 390
- |
CAMEROUN :: Épouse de Moudiki : les coulisses d’une prise de pouvoir discrète :: CAMEROON
Alors qu’Adolphe Moudiki, patron historique de la SNH, est grabataire et ne peut plus exercer, c’est son épouse Nathalie Moudiki qui assume les fonctions en coulisses – et qui serait aujourd’hui au cœur d’un conflit avec le directeur général de Tradex, menacé d’éviction le 18 juin.
Il y a des vérités qui dérangent. Des réalités que personne ne veut voir. Des noms sur des organigrammes qui ne correspondent plus à la réalité.
Adolphe Moudiki est officiellement le directeur général de la SNH, la Société nationale des hydrocarbures du Cameroun. Il occupe ce poste depuis des décennies. Mais voilà : Adolphe Moudiki est grabataire. Il ne se déplace plus. Il ne préside plus les réunions. Il ne signe plus les documents importants.
À sa place, c’est son épouse, Nathalie Moudiki, qui assume les fonctions.
Une suppléance de fait. Jamais officialisée. Jamais votée. Jamais transparente.
Et c’est cette même Nathalie Moudiki qui, selon nos recoupements, est en conflit ouvert avec Emmanuel Patrick Mvondo, le directeur général de Tradex, la filiale trading de la SNH. Le sujet : le financement d’un projet de raffinerie. La méthode : un conseil d’administration prévu le 18 juin pour remplacer Mvondo par un homme plus docile, Jean Noël Mbida Ntsama.
Le Cameroun est-il gouverné, dans le secteur le plus stratégique de son économie, par une épouse suppléante sans mandat ? Enquête.
LE PATRON QUI N’EST PLUS PATRON
Adolphe Moudiki est un personnage clé du régime de Paul Biya. Nommé à la tête de la SNH depuis des décénies, il a accumulé un pouvoir considérable. Sous sa direction, la SNH est devenue une entité à la fois économique et politique, souvent critiquée pour son opacité.
Sauf que, depuis plusieurs années, son état de santé s’est gravement dégradé.
Selon plusieurs sources concordantes, Adolphe Moudiki est aujourd’hui grabataire. Il ne peut plus se déplacer. Il ne peut plus assumer ses fonctions. Officiellement, il est toujours le directeur général. Officieusement, il a été remplacé par son épouse.
NATHALIE MOUDIKI, LA « PATRONNE INOFFICIELLE »
Qui est Nathalie Moudiki ? Longtemps restée dans l’ombre de son mari, elle est aujourd’hui en première ligne. Elle reçoit les directeurs. Elle arbitre les conflits. Elle menace. Elle nomme. Elle révoque.
C’est elle qui serait à l’origine de la tentative d’éviction d’Emmanuel Mvondo chez Tradex.
Pourquoi ? Parce que Mvondo, technocrate expérimenté, aurait refusé de valider des montages financiers jugés opaques pour financer un projet de raffinerie. Il aurait demandé des comptes. Posé des questions gênantes.
Dans tout système où le pouvoir est exercé sans mandat clair, les questions sont perçues comme des défis personnels.
Selon un proche du dossier : « Nathalie n’a pas supporté qu’on lui dise non. Elle a appelé les administrateurs de Tradex un par un. Le message était clair : Mvondo doit partir. »
Aucune de ces pressions n’est officiellement documentable. Mais le résultat est concret : un conseil d’administration est convoqué pour le 18 juin, avec un ordre du jour qui inclut la « situation de la direction générale ». Et un nom circule pour remplacer Mvondo : Jean Noël Mbida Ntsama, présenté comme plus accommodant.
QUE DIT LA LOI CAMEROUNAISE ?
Le code camerounais du travail et les statuts des sociétés d’État ne prévoient pas de « suppléance automatique » par un conjoint en cas d’incapacité du dirigeant.
Si le directeur général d’une entreprise publique est empêché, la procédure normale est :
- Une intérim assurée par un cadre supérieur nommé par le conseil d’administration, ou
- La nomination d’un nouveau DG par décret présidentiel, après avis du conseil.
Dans aucun cas, l’épouse du DG ne peut légalement assumer les fonctions sans titre officiel.
Pourtant, c’est exactement ce qui se passe à la SNH, selon nos informations.
TRADEX, LE THERMOMÈTRE DE LA GOUVERNANCE
L’affaire Tradex n’est qu’un symptôme. Un révélateur.
Si une épouse sans mandat peut faire pression sur le conseil d’administration d’une filiale stratégique pour évincer un directeur général qui pose des questions, alors c’est tout le système de gouvernance du secteur pétrolier qui est malade.
Rappelons que Tradex gère les ventes de brut camerounais et les approvisionnements en produits raffinés. Des milliards de francs CFA transitent par cette filiale. La probité de sa direction n’est pas une option : c’est une nécessité pour la souveraineté économique du pays.
CE QUE LE RÉGIME RISQUE
Le pouvoir camerounais, sous Paul Biya, a toujours privilégié la stabilité des réseaux plutôt que la transparence des institutions. Adolphe Moudiki a été un pilier. Le maintenir officiellement à la tête de la SNH alors qu’il est grabataire permet d’éviter une nomination controversée ou un combat de succession.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique ECONOMIE
Les + récents
Foley Dirane : la veuve arrive, la morgue est vide
Épouse de Moudiki : les coulisses d’une prise de pouvoir discrète
Alerte fumées toxiques après un incendie à Nkolbikon
Souveraineté sucrière : le test Sosucam pour le Cameroun
Rentrez chez vous ! Le Manidem dénonce l’exacerbation du tribalisme par le pouvoir RDPC
ECONOMIE :: les + lus
CICAM, SOSUCAM et CIMENCAM : Comment le sort d’Ahidjo a été scellé
- 26 December 2015
- /
- 127864
La fortune de Paul Biya fait débat
- 24 July 2016
- /
- 125678
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 239711
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
