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© Camer.be : Toto Jacques
- 28 Jun 2026 18:53:36
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CAMEROUN :: Claude Assira : « Le procès Zogo fait du surplace, une stratégie pour durer » :: CAMEROON
Trois ans après l'assassinat brutal du journaliste Martinez Zogo, Me Claude Assira, avocat de l'État dans ce dossier, lance un appel solennel sur Canal Presse : que les auteurs soient identifiés, que la vérité soit dite, et que le journaliste ne connaisse pas « une deuxième mort » dans l'impunité et l'oubli.
« MARTINEZ ZOGO NE DOIT PAS MOURIR DEUX FOIS »
La salle du Tribunal militaire de Yaoundé retient son souffle. Sur l'écran géant, des images insoutenables défilent. Un homme, nu, le corps ensanglanté, la bouche entravée par un épais bâillon, se tord de douleur sur un sol poussiéreux. Il supplie, dans un murmure étouffé, qu'on vienne à son secours. Personne ne viendra.
C'est Martinez Zogo. Journaliste. Animateur radio. Père de famille. Mais ce jour-là, il n'est plus qu'une victime, livrée à une barbarie que beaucoup qualifient d'« inhumaine ».
Ce 1er juin 2026, pour la première fois depuis l'ouverture du procès, les vidéos de sa torture ont été projetées. Des femmes et des hommes en larmes. Des visages sidérés. Certains quittent la salle, incapables de supporter l'horreur. « Je ne dormirai sûrement pas cette nuit. Comment des êtres humains peuvent-ils être capables d'une telle sauvagerie ? » confie un avocat présent, encore sous le choc.
Et pourtant, malgré ces images, malgré l'émotion, malgré l'évidence, la justice semble piétiner. Le procès s'éternise. Les témoins défilent. Les vérités s'entrechoquent. Et la famille de Martinez Zogo attend toujours que les responsables soient identifiés.
C'est dans ce contexte que Me Claude Assira, avocat de l'État dans ce dossier, s'est exprimé sur Canal Presse. Son message est clair, solennel, et résonne comme un avertissement : « Martinez Zogo ne doit pas mourir deux fois ».
Un crime d'une inhumanité rare
Pour Me Claude Assira, l'assassinat de Martinez Zogo dépasse l'entendement. Il n'est pas un crime ordinaire. C'est un acte d'une sauvagerie qui, dans les annales criminelles, a peu d'équivalents.
« Il ne faut pas oublier que nous avons assisté là à un crime odieux, qui je pense, dans les annales des histoires criminelles il ne doit pas y en avoir beaucoup. »
Il décrit des conditions d'une « parfaite inhumanité », une « véritable bestialité ». Des mots lourds, choisis avec soin, qui traduisent l'indicible. Car comment qualifier autrement ce qui est arrivé à cet homme de radio, enlevé le 17 janvier 2023 et retrouvé mort cinq jours plus tard, le corps supplicié ?
« Martinez Zogo ne doit pas mourir deux fois »
La formule est devenue le mantra de l'avocat. Elle résume à elle seule l'enjeu de ce procès.
« Et nous pensons que Martinez Zogo ne doit pas mourir deux fois. Il a été tué dans des conditions d'une parfaite inhumanité, une véritable bestialité. Malheureusement tout ce que nous pourrions faire ne sera pas de nature à contribuer à ce qu'il soit ressuscité. Mais au moins, que les auteurs puissent être connus et identifiés. »
Martinez Zogo a déjà été assassiné une première fois, dans la souffrance et l'humiliation. Mais il pourrait mourir une seconde fois si la justice échoue à identifier ses bourreaux, si la vérité est étouffée, si l'impunité l'emporte.
Un procès qui « fait du surplace »
Mais la route vers la vérité est semée d'embûches. Claude Assira, qui suit le dossier de près, ne cache pas sa frustration. Il dénonce un procès qui donne l'illusion d'avancer, mais qui, dans les faits, piétine.
« On donne au public l'illusion qu'il se passe quelque chose, alors que, dans les faits, nous faisons du surplace. »
Selon lui, l'organisation des audiences, la gestion des témoignages, les prises de parole parfois répétitives ou peu déterminantes contribuent à ralentir le rythme des débats.
« Près de 45 témoins ont été cités, à raison d'un témoin, parfois deux au maximum, par audience. Il arrive même qu'un même témoin intervienne sur deux ou trois audiences. Vous voyez bien qu'à ce rythme, le procès n'avance pas. »
Il soupçonne même une stratégie délibérée visant à « faire durer inutilement et abusivement le procès ».
La diffusion des images de torture : un tournant du procès
Le 1er juin 2026 restera une date marquante dans ce dossier. Ce jour-là, le professeur Georges Bell Bitjoka, expert judiciaire, a présenté au tribunal les vidéos retrouvées dans le compte Google de Vincent Godjie Oumarou, maréchal des logis à la DGRE au moment du crime.
Ces images, projetées sur un écran géant en pleine salle d'audience, ont montré Martinez Zogo complètement dévêtu, étalé à même le sol, le visage ensanglanté, se tordant de douleur.
La scène a provoqué une vive émotion. Des femmes et des hommes en larmes, certains incapables de regarder. « L'horreur absolue », a écrit Me Emmanuel Simh, avocat présent dans la salle.
Les liens avec la présidence : un nouveau rebondissement
Quelques jours plus tard, le 22 juin 2026, un autre témoin, Jean-Pierre Eloumou, expert en cybercriminalité, a livré un témoignage qui a relancé les spéculations. Selon lui, Martinez Zogo entretenait une « relation assidue » avec le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh.
L'expert a également affirmé que Martinez Zogo était « un fidèle informateur » du ministre d'État, secrétaire général de la présidence, et du directeur adjoint du cabinet civil.
Mais Claude Assira a vivement réagi à ces déclarations, y voyant une tentative de diversion :
« Je pense que, pour que nous ayons vraiment une raison particulière de nous appesantir sur les évocations de ces noms, il nous faudrait un peu plus que ce que nous avons entendu aujourd'hui. »
Un appel à la prudence et à la responsabilité
Au-delà des critiques, Claude Assira invite tous les acteurs de ce procès à la prudence. Il appelle les journalistes, les avocats, les témoins, à contribuer à la manifestation de la vérité, sans tomber dans les pièges de la désinformation.
« C'est la raison pour laquelle j'inviterais tout le monde à être aussi prudent que possible. Ceux qui peuvent aider, la présence des personnes, des journalistes, les comptes rendus qui sont faits et le travail des avocats en amont, doit pouvoir contribuer à ce que la vérité puisse être connue. »
Il rappelle également que la défense a son rôle à jouer, mais que l'objectif commun doit rester la recherche de la vérité.
« Que ceux qui sont du côté de la défense essaient de faire en sorte que leurs clients ne soient pas impliqués au delà, ça fait partie de la règle du jeu. Mais nous de notre côté nous avons aussi notre travail : c'est la manifestation de la vérité. »
Les zones d'ombre qui persistent
Malgré les avancées du procès, de nombreuses zones d'ombre subsistent :
Ce que l'on sait :
- Martinez Zogo, de son nom civil Arsène Salomon Mbani Zogo, a été enlevé le 17 janvier 2023 et retrouvé mort le 22 janvier 2023.
- Il a été torturé et assassiné dans des conditions d'une rare brutalité.
- Des vidéos de sa torture ont été diffusées lors du procès.
- Plusieurs personnes sont poursuivies devant le Tribunal militaire de Yaoundé.
- Claude Assira est avocat de l'État dans ce dossier.
Ce que l'on ignore encore :
- L'identité exacte des commanditaires du crime.
- Les motivations précises des auteurs.
- Si des personnalités de haut rang sont impliquées.
- Quand le procès aboutira à un verdict.
Ce que l'on peut affirmer avec prudence :
L'affaire Martinez Zogo est devenue un symbole. Elle cristallise les tensions autour de la liberté de la presse au Cameroun, l'impunité des puissants, et les luttes de clans au sein de l'appareil d'État. La vérité judiciaire, si elle finit par éclater, pourrait avoir des répercussions considérables.
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