SNH : huit ans de location, zéro infrastructure — le réveil brutal
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Golar LNG retire son navire-usine Hilli Episeyo des eaux camerounaises dès juillet 2026, mettant fin à l'aventure du projet Cameroon FLNG après huit ans. La SNH, qui n'a jamais bâti d'infrastructure propre, se retrouve sans outil de production, sans partenaire de secours et face à un vide financier qui menace directement les recettes gazières de l'État.

Il y a des départs qui ressemblent à des abandons.

En juillet 2026, un navire-usine de plusieurs centaines de mètres quittera silencieusement les eaux de Kribi. Il s'appellera encore le Hilli Episeyo. Il appartient à Golar LNG, une société basée aux Bermudes. Et il emportera avec lui une part significative des ambitions gazières du Cameroun.

Pendant huit ans, ce navire a fait la fierté de la Société Nationale des Hydrocarbures. On se félicitait d'avoir rejoint le club des exportateurs de GNL sans construire la moindre usine à terre.

Aujourd'hui, le club ferme ses portes.

Et la SNH regarde partir. Sans plan B. Sans infrastructure propre. Sans solution.

Cameroun FLNG : le Hilli Episeyo prend le large, la SNH reste à quai

Le rapport financier du premier trimestre 2026, publié le 19 mai 2026 par Golar LNG, a la sécheresse d'un document comptable. Mais pour le Cameroun, il sonne comme un coup de tonnerre.

Le groupe bermudéen y confirme le retrait irréversible de son navire-usine, le Hilli Episeyo, actuellement positionné au large de Kribi dans le cadre du projet Cameroon FLNG. Le départ est programmé pour juillet 2026. Les remorqueurs sont contractés. L'ingénierie est bouclée. Une équipe de supervision est déjà sur place. Le navire rejoindra Singapour, puis l'Argentine.

La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), elle, n'a qu'à regarder.

Une stratégie de facilité qui se referme comme un piège

Depuis 2018, le Cameroun s'enorgueillissait d'avoir intégré le cercle des exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) sans avoir investi dans une usine terrestre. La formule était séduisante : s'associer à Perenco pour exploiter le champ Sanaga Sud, louer le navire-usine de Golar LNG pour épurer et liquéfier le gaz à -162°C, et exporter.

Zéro infrastructure nationale. Zéro compétence interne développée. Zéro risque de construction.

Et zéro pérennité, comme le révèle aujourd'hui ce départ.

Car pendant huit ans d'activité, la SNH n'a pas bâti d'alternative. Pas d'usine de liquéfaction à terre. Pas de capacité propre de traitement. Pas de stratégie de sortie. L'entièreté du processus technologique épuration, refroidissement, liquéfaction reposait sur un navire dont le Cameroun n'était pas propriétaire.

Golar LNG n'a pas attendu

Le partenaire étranger, lui, a agi avec une rigueur que l'on pourrait presque saluer pour sa clarté. Dès que l'opportunité argentine s'est présentée plus lucrative, plus attractive Golar n'a pas hésité. La société investit 350 millions de dollars dans ce repositionnement, dont 50 millions déjà décaissés au 31 mars 2026.

Ce montant colossal dit tout : Golar LNG ne part pas à contrecœur. Il fuit vers des cieux plus rentables, confirmant au passage le manque d'attractivité contractuelle de la partie camerounaise, incapable d'aligner une contre-offre ou de retenir l'opérateur.

Des recettes d'État directement menacées

Les conséquences financières pour le Cameroun sont concrètes et immédiates. Le projet Cameroon FLNG représentait une source de revenus gaziers pour l'État. Avec l'arrêt de la production de GNL, c'est une partie des recettes publiques qui s'évapore dans un contexte où les finances nationales sont déjà sous pression.

Sans nouveau partenaire technique d'envergure prêt à intervenir avant juillet, la SNH entre dans une zone d'incertitude industrielle et fiscale dont nul ne connaît encore la profondeur.

Un aveu d'échec stratégique

Ce qui frappe dans cette affaire, c'est moins le départ de Golar que ce qu'il révèle : huit années d'occasion manquée. Huit ans pendant lesquels la SNH aurait pu développer des compétences, construire des infrastructures, négocier des garanties de continuité.

Elle ne l'a pas fait.

Et aujourd'hui, la souveraineté énergétique camerounaise se retrouve suspendue aux décisions d'un armateur privé basé aux Bermudes, qui a plié bagage au premier signal opportuniste.

La question qui s'impose : la SNH avait-elle un plan pour l'après-Golar ? À ce stade, rien n'indique qu'une réponse sérieuse soit en cours.

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