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© Camer.be : Paul Moutila
- 27 May 2026 16:03:12
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CAMEROUN :: Taxe téléphone : le régulateur gèle la coupure :: CAMEROON
Face au risque de paralysie des réseaux et à une fronde sociale redoutée, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) a gelé le blocage des téléphones non dédouanés prévu le 25 mai 2026, renvoyant Douane et opérateurs à une nouvelle négociation après l’échec technique et juridique de l’opération.
Imaginez : vous vous réveillez un matin, vous attrapez votre téléphone. Plus rien. Pas de réseau, pas d’appels, pas d’internet. Votre portable, celui qui vous relie au monde, devient une brique inutile.
700 000 Camerounais auraient vécu ce cauchemar à partir du 25 mai 2026.
La Direction générale des douanes avait tout préparé. La liste des « terminaux fantômes » ces mobiles entrés sans payer la taxe était prête. Le signal de blocage devait tomber. Mais à la dernière minute, le régulateur des télécoms a coupé l’herbe sous le pied du fisc.
« Gel immédiat », a ordonné le Pr Philémon Zoo Zame, directeur général de l’ART.
Raisons invoquées ? Un opérateur public historique, Camtel, qui avoue son incapacité technique. Et deux géants privés, Orange et MTN, qui sortent l’argument juridique et agitent le spectre d’une crise sociale majeure.
L’État recule. Les contribuables respirent. Mais pour combien de temps ?
Le grand ménage numérique attendra. Alors que l’horloge tournait, que le 25 mai 2026 approchait, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) a sifflé la fin de la partie. Dans une réunion de crise arbitrée par son directeur général, le Pr Philémon Zoo Zame, la suspension immédiate de la mesure de blocage des téléphones non dédouanés a été actée.
L’opération avortée
Derrière cette décision, un bras de fer technique et juridique qui aura tenu en haleine les opérateurs, les douanes et des millions d’abonnés.
L’objectif initial de la Douane : déconnecter près de 700 000 terminaux jamais enregistrés auprès du fisc. Une opération censée rapporter des recettes estimées à 25 milliards de FCFA de manque à gagner, selon les projections officieuses.
Mais très vite, les obstacles se sont accumulés.
Camtel, l’opérateur public, a jeté l’éponge le premier. Son système d’information actuel, a-t-il expliqué, ne permet pas d’appliquer le blocage sans des mises à jour logicielles coûteuses, non budgétisées. « Techniquement impossible pour l’instant », résume une source interne.
Orange et MTN, eux, ont dit « non ». Pourtant dotés d’outils capables de couper le signal, les deux leaders du marché ont opposé un refus catégorique. Leur argument principal : un vide juridique. La loi ne leur donne pas explicitement le pouvoir de se substituer à l’État pour confisquer l’accès au réseau de centaines de milliers de citoyens. Autre motivation, plus politique : la crainte d’une crise sociale majeure. Couper 700 000 téléphones, c’est priver des familles, des commerçants, des étudiants, des personnes âgées de leur outil de communication vital.
Un feuilleton qui dure depuis 2020
Ce n’est pas la première fois que l’État camerounais tente de mettre la main sur les recettes douanières des téléphones mobiles.
- 2020 : première tentative de prélèvement direct sur le crédit de communication des abonnés. Tollé général, abandon précipité.
- Loi de finances 2023 : réactivation de l’article 6, fixant un taux de dédouanement à 33,33 %. Nouvelle tentative.
- Mars 2026 : application annoncée, puis reportée au 25 mai.
- 25 mai 2026 : finalement, gel.
À chaque fois, le même mur : la réalité économique et technique rattrape la volonté fiscale.
La règle qui rassure (et qui complique)
Dans sa décision de gel, l’ART a tenu à rassurer les abonnés : aucune rétroactivité. Tous les téléphones connectés au moins une fois à un réseau camerounais avant le 16 mars 2026 sont définitivement immunisés. Ils sont considérés comme régularisés.
En clair, si vous utilisez votre mobile depuis plusieurs mois ou années, vous ne risquez rien. La mesure ne visait que les appareils introduits après cette date fatidique.
Reste le cas des terminaux arrivés après le 16 mars. Leur sort est désormais suspendu à une future « concertation tripartite élargie » entre l’ART, les opérateurs et la Douane.
Et maintenant ?
Cette volte-face est un camouflet pour la Direction générale des douanes, mais aussi un aveu de faiblesse de l’administration fiscale. Le gouvernement camerounais cherche désespérément à renflouer ses caisses, mais ses méthodes se heurtent aux réalités du terrain.
Les opérateurs, eux, ont marqué des points. Mais ils savent que l’État finira par revenir à la charge, peut-être par une autre voie : augmentation des taxes sur les importations, durcissement des contrôles physiques, ou nouvelle tentative de blocage technique avec des délais rallongés.
Les abonnés, pour l’instant, peuvent souffler. Leur téléphone ne sera pas transformé en brique. Mais ils restent vigilants : après 2020, 2023, 2026… la prochaine échéance sera peut-être la bonne pour l’État.
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