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© Camer.be : Paul Moutila
- 25 May 2026 19:05:56
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VATICAN :: L'Église, l'esclavage et l'intelligence artificielle : le choc de l'encyclique :: VATICAN CITY STATE
Dans sa première encyclique présentée le 25 mai, le pape Léon XIV demande pardon pour le retard de l'Église à condamner l'esclavage et alerte dans le même souffle sur le risque que l'intelligence artificielle ne devienne la nouvelle forme de servitude humaine.
Deux mille ans d'histoire chrétienne. Et pour la première fois, un pape a prononcé ce mot : pardon.
Ce lundi 25 mai, Léon XIV a présenté sa première encyclique. Un texte de 130 pages intitulé "Magnifica Humanitas" Humanité magnifique. Et dès les premières heures, une phrase a tout arrêté.
"Une blessure dans la mémoire chrétienne de laquelle nous ne pouvons nous considérer étrangers."
L'esclavage. L'Église qui l'a toléré pendant des siècles. Et un souverain pontife qui choisit, aujourd'hui, de le nommer clairement, de demander pardon et d'avertir que l'histoire risque de se répéter, cette fois sous la forme d'une intelligence artificielle qui menace de soumettre l'humanité à une nouvelle servitude.
Il y a des moments où les mots du Vatican résonnent au-delà des murs de la basilique Saint-Pierre. Ce lundi est l'un d'eux.
Le pape Léon XIV, premier pontife américain de l'histoire, a présenté ce 25 mai "Magnifica Humanitas", son encyclique inaugurale. Un document dense, de 130 pages, attendu depuis sa prise de fonction. Mais une section, en particulier, a immédiatement retenu l'attention du monde entier.
L'esclavage.
Un mea culpa historique
Le pape n'a pas utilisé de formules diplomatiques. Il a choisi la clarté. L'Église a "longtemps toléré l'esclavage", écrit-il, et n'en "est venue qu'ensuite à le condamner de manière absolue." Ce retard, affirme-t-il, "constitue une blessure dans la mémoire chrétienne de laquelle nous ne pouvons nous considérer étrangers."
Léon XIV demande pardon. Formellement. Dans un texte magistériel engageant l'autorité de l'Église universelle.
Cette déclaration n'est pas sortie de nulle part. Elle s'inscrit dans une trajectoire historique précise. Lors de sa prise de fonction, le nouveau pape avait expliqué avoir choisi le nom de Léon en référence à Léon XIII, pape de 1878 à 1903, fondateur de la doctrine sociale de l'Église. C'est ce même Léon XIII qui, en 1888, avait rédigé les premières encycliques condamnant l'esclavage soit des siècles après que l'Église eut accompagné, tacitement ou activement, la traite des êtres humains.
En choisissant ce nom, Léon XIV annonçait déjà la couleur. En publiant cette encyclique, il tient sa promesse.
Une condamnation "formelle, absolue et universelle"
Les mots choisis par le Vatican sont précis et délibérés : "condamnation formelle, absolue et universelle de l'esclavage." Trois adjectifs qui ne laissent aucune ambiguïté. Aucune zone grise. Aucune réserve de circonstance.
Pour les communautés africaines, caribéennes, afro-américaines et toutes celles dont l'histoire a été marquée par la traite négrière, cette déclaration a une résonance particulière. Elle ne répare pas. Elle ne peut pas effacer. Mais elle nomme. Et nommer, dans l'histoire des reconciliations, est souvent le premier pas indispensable.
L'IA : la nouvelle servitude ?
Mais "Magnifica Humanitas" ne s'arrête pas au passé. Dans le même texte, Léon XIV alerte sur le présent et sur l'avenir.
L'intelligence artificielle, écrit-il, fait peser un risque de "servitude de l'homme" comparable, dans ses effets, aux formes historiques d'asservissement. Une lecture audacieuse, qui relie deux réalités apparemment éloignées la traite des siècles passés et les algorithmes du XXIe siècle sous un même prisme : celui de la dignité humaine menacée.
En posant cette équivalence, le pape ne cherche pas à minimiser l'horreur de l'esclavage historique. Il cherche à alerter sur la capacité de l'humanité à reproduire, sous de nouvelles formes, des mécanismes de domination et d'aliénation.
C'est là peut-être la dimension la plus surprenante et la plus puissante de cette première encyclique. Elle regarde en arrière pour mieux voir ce qui arrive.
Ce que dit ce moment
Le pontificat de Léon XIV commence avec un acte rare : l'humilité institutionnelle. Reconnaître publiquement, au nom de l'Église universelle, une faute historique collective, c'est un geste qui dépasse le simple geste symbolique.
Il dit quelque chose sur la nature du pouvoir, sur la capacité des grandes institutions à se regarder honnêtement dans le miroir. Et il interpelle, au-delà de l'Église elle-même, toutes les institutions politiques, économiques, culturelles qui portent dans leur histoire des zones d'ombre qu'elles n'ont pas encore nommées.
Ce 25 mai 2026 restera dans les annales. Non pas comme le jour où l'Église a tout réparé. Mais comme le jour où elle a eu le courage de commencer.
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