Le préfet du Wouri accuse le gouverneur du Littoral de complicité avec un cartel foncier
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Un document officiel circule dans les cercles administratifs camerounais. Il décrit, noir sur blanc, une guerre ouverte entre les deux plus hautes autorités de la Région du Littoral. Le préfet du Wouri y accuse sans détour le gouverneur de la Région du Littoral d'avoir orchestré une machination contre lui. La lettre, adressée au Ministre de l'Administration Territoriale, porte la signature d'un haut fonctionnaire convaincu d'avoir servi l'État dans les règles.

Le terrain comme détonateur

Tout part d'une parcelle de 4 000 m² au lieu-dit Japoma-Bakoko, dans l'agglomération de Douala. Cette dépendance du domaine public routier serait convoitée par l'homme d'affaires NGUEFACK Maurice, que le préfet qualifie de « sulfureux prédateur foncier ». Celui-ci dispose déjà d'un titre foncier de neuf hectares dans la zone. Le préfet affirme n'avoir fait qu'appliquer les autorisations régulièrement signées par le Ministre des Domaines.

« Ma mort viendrait de ce que j'ai refusé de pactiser avec ce cartel de prédateurs fonciers. »
 Extrait de la lettre du préfet du Wouri au MINAT

La machination présumée

Dans sa lettre, le préfet rapporte que des chefs de cantons du Wouri sont venus lui avouer avoir été instrumentalisés. Selon lui, le gouverneur aurait profité d'un rassemblement du Ngondo pour les inciter à rédiger un pamphlet l'accusant de spoliation foncière. Le mot « cartel » est employé explicitement pour désigner le réseau présumé liant des intérêts privés à des responsables administratifs de haut rang.

Un fonctionnaire qui joue sa carrière

Le préfet n'hésite pas à évoquer des menaces pesant sur sa trajectoire professionnelle, voire sur sa sécurité. Il rappelle sa vocation presbytérale initiale, abandonnée pour rejoindre l'Administration, et conclut sa missive par une formule latine solennelle : Cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. Il demande l'ouverture d'une enquête officielle.

Un test institutionnel pour Yaoundé

Ce conflit public entre un préfet et son gouverneur est institutionnellement inédit dans le contexte camerounais. Il révèle la violence des luttes d'influence autour du foncier à Douala, métropole économique du pays. Yaoundé doit désormais trancher : ignorer l'affaire reviendrait à valider l'impunité ; ouvrir l'enquête expose potentiellement un haut responsable régional.

La question qui demeure : si l'enquête est effectivement ouverte, jusqu'où remontera-t-elle dans la hiérarchie administrative camerounaise ?

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