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© Camer.be : Avec JA
- 04 Apr 2026 01:48:35
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Vice-président du Cameroun : qui Biya va-t-il nommer . Les 5 scénarios décryptés :: CAMEROON
Le choix qui va tout changer
Le 2 avril 2026, Paul Biya a soumis au Congrès la réforme constitutionnelle créant un poste de vice-président. Le vote est attendu le 5 avril. Celui qui sera nommé deviendra le successeur constitutionnel d'un président de 92 ans.
Une réforme votée d'avance, un choix encore secret
Le projet de loi transmis par Paul Biya au Parlement camerounais le 2 avril 2026 ne surprend personne à Yaoundé. Il crée un poste de vice-président du Cameroun, nommé par le chef de l'État, qui assurera la succession constitutionnelle en cas d'empêchement ou de vacance du pouvoir.
L'adoption est quasi certaine. Une large majorité des députés et sénateurs appartient au Rassemblement démocratique du peuple camerounais, le RDPC, parti de Biya. Le vote du 5 avril est une formalité institutionnelle. La vraie décision se joue ailleurs : dans les antichambres du Palais d'Étoudi, où les clans s'affrontent depuis des mois pour imposer leur candidat.
Ferdinand Ngoh Ngoh : le favori encombrant
Le scénario le plus souvent évoqué dans les cercles du pouvoir camerounais place Ferdinand Ngoh Ngoh en tête de liste. Secrétaire général de la présidence, il est le numéro deux officieux de l'État depuis plusieurs années. Il bénéficie de délégations de pouvoir présidentiel et entretient une proximité avec Chantal Biya, la première dame.
Ngoh Ngoh a méthodiquement placé ses hommes dans les cercles névralgiques du pouvoir. En privé, il ne dissimule pas ses ambitions. Mais sa position de favori est aussi sa principale faiblesse : son influence est perçue comme excessive par les caciques du RDPC, notamment les ministres Laurent Esso et René Emmanuel Sadi. Il affronte aussi un rival direct au sein même de la présidence, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil.
Nommer Ngoh Ngoh reviendrait à cristalliser des mécontentements puissants au sein même du parti présidentiel. Biya, maître des équilibres, en est parfaitement conscient.
L'équation nordiste et la tentation anglophone
La succession présidentielle au Cameroun ne se joue pas seulement entre individus. Elle se joue entre régions. Depuis les années 1980, Biya applique une doctrine d'équilibre régional dans les nominations stratégiques.
Or le contexte post-électoral de 2025 a introduit deux variables nouvelles. La contestation la plus virulente après le scrutin du 12 octobre est venue du Septentrion, région du Nord d'où est originaire Issa Tchiroma Bakary. Nommer un candidat nordiste pourrait apaiser ces tensions. Le nom de René Emmanuel Sadi, né à Maroua bien que sa famille soit du Centre, circule dans ce sens. Mais l'hypothèse est fragilisée par l'accession récente d'Aboubakary Abdoulaye à la présidence du Sénat : deux nordistes aux deux premières places de l'ordre protocolaire paraît improbable.
L'autre variable est anglophone. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest subissent une guerre civile depuis près d'une décennie. Nommer un anglophone à la vice-présidence enverrait un signal fort de réconciliation. Les noms du Premier ministre Joseph Dion Ngute, ainsi que de ses prédécesseurs Peter Mafany Musonge et Philémon Yang ce dernier ayant présidé l'Assemblée générale des Nations Unies entre 2024 et 2025 sont évoqués. Mais Biya lui-même a effacé l'identité fédérale du pays en 1984 en rebaptisant la République unie du Cameroun. Redonner symboliquement le pouvoir à un anglophone serait une contradiction historique difficile à assumer.
Franck Biya et le spectre dynastique
Dans les cercles proches du clan sudiste, une hypothèse plus radicale circule : Franck Biya, fils aîné du président. Un mouvement organisé, les « Franckistes », pousse son ascension depuis plusieurs années. Mais l'intéressé ne possède aucune expérience politique. Sa nomination ressemblerait à une succession dynastique assumée, un scénario que Biya lui-même semble vouloir éviter publiquement.
D'autres noms issus de la région du Sud celle du chef de l'État sont avancés comme alternatives : Samuel Mvondo Ayolo et Louis-Paul Motaze, ministre des Finances. Mais nommer un sudiste briserait précisément la tradition d'équilibre régional que Biya a cultivée pendant quarante ans.
Le scénario du vide : nommer personne
Le texte soumis au Congrès contient une formulation décisive. Il précise que Paul Biya « peut » nommer un vice-président. Aucune obligation. Aucun calendrier. Cette option ne nommer personne dans l'immédiat reste entièrement ouverte.
L'adoption de la réforme sans nomination immédiate permettrait à Biya de conserver l'intégralité de son pouvoir de décision tout en maintenant ses rivaux dans l'incertitude. C'est une manœuvre classique du Sphinx d'Étoudi : créer le mécanisme sans l'activer, pour voir qui se révèle et qui trahit.
Le Sphinx joue encore
Paul Biya a créé le poste. Il n'a pas encore désigné son titulaire. Et c'est peut-être là son message le plus clair : après quarante ans de pouvoir, personne ne décide à sa place.
La vraie question n'est pas qui sera vice-président. Elle est de savoir si le Cameroun peut traverser cette transition sans que le choix d'un seul homme ne devienne la source d'une nouvelle crise.
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