Elle offre son portable, l’hôpital veut du cash : elle meurt
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Mélissa Essomba, 22 ans, étudiante, est décédée après que l’hôpital de district de Nkoldongo (Yaoundé) a refusé de la prendre en charge sans un dépôt de 8 000 FCFA. Une somme équivalant à douze euros alors qu’elle venait de s’évanouir pendant ses épreuves du baccalauréat.

Son ventre rond dessinait une vie qui commençait. Mélissa avait vingt-deux ans, un examen à finir, et un bébé à naître. Elle ne savait pas que, ce jour-là, elle courrait après 6 000 FCFA, moins de dix euros comme on court après sa propre mort.

Elle s’est évanouie en pleine composition du bac. Des camarades l’ont transportée à l’hôpital public de Nkoldongo, à Yaoundé. À l’accueil, on ne lui a pas pris la tension. On lui a demandé de l’argent. 8 000 FCFA.

Mélissa n’en avait que 2 000. Elle a offert son téléphone en garantie. Refusé. « On veut du liquide. » Alors, enceinte, à bout de forces, elle a fait le chemin du retour pour chercher la différence. Revenue, elle s’est effondrée. Plus jamais relevée.

Ce n’est pas un fait divers. C’est un système.

Il est environ 14 heures, un certain jour de la session d’examen du baccalauréat. Dans une salle de classe du lycée de Nkoldongo, Mélissa Essomba, 22 ans, s’effondre. Sa grossesse avancée, la fatigue, peut-être une complication. Ses camarades ne réfléchissent pas : ils appellent un taxi et la conduisent en urgence à l’hôpital de district tout proche.

L’hôpital public de Nkoldongo. Un établissement censé soigner gratuitement les cas urgents c’est la loi au Cameroun. Mais la réalité, comme toujours, rattrape les textes.

« D’abord 8 000 FCFA »

Selon des sources proches de la famille et des témoins directs, le personnel soignant a bloqué toute procédure médicale. Condition sine qua non : verser 8 000 FCFA (environ 12 euros) pour ouvrir un dossier et débloquer les soins. Mélissa, étudiante sans revenus, fouille ses poches. Elle n’a que 2 000 FCFA sur elle.

Elle propose alors son téléphone portable en garantie. Un objet de valeur, certes modeste, mais qui dépasse largement le montant réclamé. Réponse des infirmières ou du personnel administratif : non. « Nous voulons de l’argent comptant. »

Un aller-retour fatal

La jeune femme, déjà affaiblie, reprend le chemin de son domicile. Elle doit trouver 6 000 FCFA supplémentaires. Le trajet, le stress, les douleurs. Elle revient enfin, l’argent en main. Mais son corps n’en peut plus. À peine arrivée à l’hôpital, elle s’effondre sur un lit. Les tentatives de réanimation échouent. Mélissa Essomba est déclarée morte.

Son enfant aussi.

Un cas parmi d’autres

Le drame n’est pas isolé. En 2016, Monique Koumateke perdait la vie à l’hôpital Laquantinie de Douala dans des circonstances quasi identiques : refus de soins faute de paiement immédiat. Chaque année, des témoignages similaires émergent, sans que les autorités ne semblent prendre la mesure du scandale.

La gratuité des soins pour les urgences et les femmes enceintes, promise par plusieurs réformes, reste lettre morte dans trop d’établissements publics. La corruption, la précarité des personnels, les détournements de fonds. Les causes sont multiples. Mais pour Mélissa, une seule cause a compté : l’absence de 8 000 FCFA.

La responsabilité de l’État

Contactés par voie de presse, ni le ministère de la Santé publique, ni la direction de l’hôpital de Nkoldongo n’avaient réagi dans l’immédiat. Une enquête administrative a été promise, sans plus de précision. Mais les Camerounais, eux, n’attendent plus. Ils partagent en boucle le prénom de Mélissa sur les réseaux sociaux, avec cette question brûlante : combien d’autres mourront pour douze euros ?

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