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© Correspondance : Edouard BOKAGNE
- 29 Apr 2026 00:59:40
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CAMEROUN :: Pr Edouard Bokagné : Maurice Kamto est-il le président du Mrc ? Sa plainte à L’UA ne peut prospérer :: CAMEROON
Je vais le dire d'emblée : elle ne va pas prospérer. Exactement comme la récente candidature de Maurice Kamto au scrutin où il a été recalé. Parce qu'elle est justement ce qu'on ne voit pas : un écran de fumée. Kamto ne se plaint pas : il cherche à exister. Pour vivre, celui qui est mort doit d'abord ressusciter.
Voyons d'abord la plainte elle-même et les arguments sur lesquels elle repose. Ce qui s'est fait au Glass House Paul Biya n'est pas une dévolution de pouvoir ; bien que ça puisse y mener. C'est un artifice juridique pour offrir au pouvoir une continuité ; un artifice fait en toute légalité. Dans le système actuel où le régime est sureprésenté, il n'avait aucun problème pour assurer sa continuité. Même s'il advenait à son chef quelque calamité, le Rdpc aurait tout de même continué à régner.
Le facteur d'incertitude n'était donc pas lui, le Rdpc. Il gisait dans le régime lui-même et ses rivalités. Personne ne pouvait préjuger, si le chef n'était plus là pour arbitrer, de ce qui pouvait s'y passer. C'est un cas assez exceptionnel dans lequel un système parvient à s'auto-enfermer ; un cas qui ne laisse pas d'espace où le pouvoir soit disputé. On allait au chaos si rien n'était changé. Et ce chaos-là serait interne au Rdpc.
Cela a-t-il des arguments philosophiques ? Je ne dirais pas que ce soit l'idéal du Contrat Social démocratique. Les idées de Rousseau sont ici trahies à chaque pas. La structure d'avant même eût pu se targuer d'être plus pratique. Celle-ci possède des relents monarchiques. C'est une tare parfaitement assumée qu'à peu d'exceptions près, le pays semble avoir acceptée. Justement par sa practicabilité. Nous avons offert un mandat présidentiel à un vieillard de 93 ans : le quitus de nous gouverner jusqu'à 100 ans.
Il ne faut pas nous leurrer : nous l'avons autorisé de mourir au pouvoir. C'est justifié qu'en contrepartie, il mette de l'ordre en prévision de ce soir. C'est ça l'esprit de la modification de la constitution. L'UA ne peut rien y faire. Aucune institution n'a été violée. Le Mrc met d'ailleurs la charrue avant les bœufs, puisque seule la loi est modifiée. Le dauphin n'est pas encore désigné. Il propose donc à l'UA un exercice pratique de droit constitutionnel à traiter : ce qui me semble d'une fondamentale naïveté.
Il faudrait, pour que la plainte du Mrc - qui n'est pas déjà un parti représenté et dont le dirigeant est contesté - qu'elle fût recevable en toute légalité. Il y a un problème de qualité. Allons à admettre que celle-ci lui soit attribuée et que la plainte fût reçue : comment la traiter ? Il faut savoir sur quels arguments elle se fonde. Elle doit donc être cotée à des juristes chargés d'analyser le préjudice que la modification aurait causé.
N'importe comment, les juristes de l'UA ne peuvent aboutir à une intervention sur une procédure difficile à expliquer. Paul Biya est le président légal du Cameroun. Je ne vois pas comment on sanctionnerait son pays pour la dévolution d'un pouvoir qu'il n'a dévolu à personne. Ou parce que son parlement lui a donné le pouvoir de nommer un successeur ; lui qui, jadis, a succédé. Une impossibilité.
Mais comme je disais, Kamto et son Mrc ont leur problème : exister. L'irruption d'Issa Tchiroma les a mis à l'étroit. Il démantèle leurs assises à chaque pas. Boris Bertolt avait tout faux : Kamto n'est pas dans une veine de faiseur de rois. Les rois, (l'exemple du Cameroun l'illustre parfaitement), enterrent d'abord ceux qui les ont fabriqués. Bien qu'il soit mort, Kamto fait partie des cadavres difficiles : il refuse d'être enterré.
Il a récemment initié une pétition. C'est ici que, peut-être, elle aurait eu de l'utilité : établir les masses en train de protester. Hélas, le pétard était mouillé. Le silence de son pschitt est éloquent. Kamto retrouve les exercices tant affectionnés : comme rédiger des codes consensuels aux collines des ânes montés ; ou bien ester pour l'incapacité du président sans aucun élu au parlement ; ou survivoler et se priver de ses derniers alliés.
Cette nouvelle manœuvre est une monumentale ineptie car elle est une querelle de légalité. Lui qui a ce problème a priori complètement tort d'attaquer celui qui devra l'arbitrer auprès des instances concernées. Je vais le poser simplement : Maurice Kamto est-il le président du Mrc ? Ça demande à être prouvé. Ce serait la première pièce que les avocats de l'État verseraient au dossier à l'UA.
Si jamais le dossier était enrôlé. Nous en sommes encore fort éloignés !
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