SOCADEL sans Anglophones : la restructuration électrique qui révèle une fracture nationale
CAMEROUN :: POINT DE VUE

CAMEROUN :: SOCADEL sans Anglophones : la restructuration électrique qui révèle une fracture nationale :: CAMEROON

Le nouveau conseil d'administration de la SOCADEL ne compte aucun membre anglophone. Dans un pays constitutionnellement fondé sur l'union de deux peuples, cette absence n'est pas un détail administratif. C'est un signal politique.

Un décret, un secteur stratégique, une communauté effacée

La restructuration récente du secteur de l'électricité au Cameroun a débouché sur la nomination du conseil d'administration de la SOCADEL société désormais centrale dans la distribution d'énergie nationale. Aucun des membres nommés ne représente la communauté anglophone du pays.

Le Barrister Agbor Felix, ancien président de la Fako Lawyers Association, a réagi publiquement. Sa position est sans ambiguïté : le Cameroun repose historiquement sur la réunion de deux entités distinctes le Cameroun occidental et le Cameroun oriental, devenus Anglophones et Francophones. Cette réalité fondatrice exige, selon lui, une représentation équitable dans toutes les institutions nationales.

Pourquoi cette absence n'est pas accidentelle

L'argument officiel est connu : les membres d'un conseil d'administration servent la nation entière, sans distinction d'origine. Cet argument masque une réalité structurelle. La représentation institutionnelle ne se limite pas à la compétence des individus nommés. Elle détermine quelles perspectives entrent dans la prise de décision et lesquelles en sont systématiquement exclues.

Le secteur électrique n'est pas neutre. Il conditionne l'accès à l'énergie, le développement économique local, la compétitivité des entreprises. Une gouvernance homogène dans ce secteur produit des politiques homogènes. Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, déjà fragilisées par des années de crise sociopolitique, en subissent les effets en premier.

L'exclusion silencieuse

L'exclusion institutionnelle ne fonctionne pas toujours par décision explicite. Elle opère par accumulation de précédents. Chaque nomination sans représentation anglophone normalise la suivante. Le message implicite s'installe : ces voix ne sont pas nécessaires à la table.

Le Barrister Balla a formulé cette dynamique directement dans un message adressé à la présidence : l'absence répétée des Anglophones dans les espaces décisionnels constitue un message clair et dangereux envoyé à une communauté entière. Il a rejeté l'injonction au silence qui accompagne ces constats. Soulever la question de la sous-représentation anglophone n'est pas se plaindre. C'est exercer un droit civique fondamental dans un État qui se dit bilingue.

La crise anglophone au Cameroun se définit précisément comme le produit de décennies de marginalisation institutionnelle perçue. Chaque décret de ce type alimente le récit que cette marginalisation n'est pas perçue elle est réelle.

L'équation est simple : sans représentation équitable dans les institutions stratégiques, la promesse d'un Cameroun unifié reste une rhétorique sans contenu.

La question que ce décret pose à l'État

Un État bilingue peut-il se permettre des institutions monolingues dans ses secteurs stratégiques ? La réponse juridique est non. La constitution camerounaise garantit le bilinguisme et l'équité de représentation. La réponse pratique, celle que ce décret incarne, est différente.

La table est dressée. La question est de savoir qui y est assis et pour combien de temps encore les absents accepteront d'être le repas.

Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp 

Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo


L'actualité en vidéo