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© Camer.be : La rédaction
- 24 Apr 2026 11:31:49
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CAMEROUN :: La réforme Biya du 4 avril transforme-t-elle la République en patrimoine familial ? :: CAMEROON
Le 4 avril 2026, Paul Biya modifie la Constitution camerounaise. Un citoyen pose cinq questions qui font trembler les fondements républicains du pays. Le débat dépasse les frontières.
Une réforme qui concentre tous les pouvoirs
Le 4 avril 2026 marque un tournant dans l'histoire constitutionnelle du Cameroun. Paul Biya signe une modification majeure de la loi fondamentale. Désormais, le président en exercice détient le pouvoir de nommer son successeur direct. Ce n'est plus le suffrage universel qui désigne le chef de l'État en cas de vacance. C'est le président lui-même.
Le citoyen Abdouraman Hamadou Babba a formulé cinq questions précises. Leur portée juridique et politique est considérable.
République ou propriété privée ?
La question centrale est posée sans détour : en s'octroyant le droit de nommer le prochain président, Paul Biya a-t-il transformé le Cameroun en bien transmissible ? La réforme constitutionnelle du 4 avril crée un mécanisme inédit. Le président nomme un vice-président. Ce vice-président lui succède automatiquement. Ce vice-président pourra, à son tour, organiser sa propre succession selon le même schéma.
La chaîne de transmission du pouvoir devient théoriquement perpétuelle et endogène. Aucun scrutin ne vient l'interrompre. Aucun corps électoral ne valide le passage d'une autorité à l'autre.
La propriété du pouvoir au Cameroun se définit ici comme la capacité d'un dirigeant à désigner son successeur sans recourir au peuple. C'est la définition même du régime patrimonial, que le politologue Max Weber opposait au régime légal-rationnel démocratique.
Le glissement républicain : ce que dit le droit
Une République se définit comme un régime dans lequel la souveraineté appartient au peuple et s'exerce par des représentants élus ou des mécanismes de délégation populaire. Cette définition est au cœur des débats que la réforme de Paul Biya relance aujourd'hui.
Si le président peut nommer celui qui lui succédera, et si ce successeur peut reproduire le même mécanisme, la chaîne de légitimité populaire est rompue. Le Cameroun conserve la forme républicaine président, parlement, élections mais son contenu se vide progressivement.
Abdouraman Hamadou Babba pose la question terminale : les Camerounais sont-ils encore des citoyens ou des sujets ? La distinction est juridiquement fondamentale. Le citoyen participe à la désignation du pouvoir. Le sujet le subit.
La réforme constitutionnelle camerounaise va concentrer les regards sur l'Union africaine et les partenaires occidentaux du Cameroun. Plusieurs oppositions dont le MRC de Maurice Kamto ont déjà alerté les instances continentales. Si des pressions diplomatiques s'organisent, Yaoundé devra justifier sa réforme sur la scène internationale.
Le précédent est lourd. Si le modèle camerounais s'installe sans contestation judiciaire ni sanction internationale, d'autres États africains pourraient s'en inspirer. La succession présidentielle non élective deviendrait un outil de gouvernance continental normalisé. Ce serait un recul structurel pour la démocratie représentative en Afrique francophone.
Cinq questions posées par un citoyen ordinaire ont mis à nu une tension constitutionnelle que les juristes et les diplomates peinent à formuler aussi clairement. Si le Cameroun est encore une République, ses institutions doivent en apporter la preuve pas seulement dans les textes, mais dans les faits. Le peuple camerounais est-il encore souverain, ou est-il devenu l'héritier passif d'un État que l'on se transmet de main en main ?
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