Or, pétrole, bois, douanes : Tchiroma détaille le pillage du Cameroun
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Or, pétrole, bois, douanes : Tchiroma détaille le pillage du Cameroun :: CAMEROON

Dans une déclaration inédite par son niveau de détail, Issa Tchiroma Bakary chiffre quatre volets de prédation ressources naturelles, marchés publics frauduleux, fraude douanière et enrichissement du clan Biya pour un total allégué compris entre 26 000 et 80 000 milliards de FCFA, et promet des poursuites sans amnistie.

Avec ces 26 000 milliards, le Cameroun aurait pu payer 36 années de salaires à l'ensemble de ses enseignants, soignants et soldats. Il aurait pu construire 2 600 hôpitaux de district 260 par région.

Ce n'est pas le calcul d'une ONG internationale. Ce n'est pas le rapport d'une commission d'enquête parlementaire.

C'est Issa Tchiroma Bakary qui parle. L'ancien ministre de la Communication de Paul Biya. L'homme qui, pendant des années, était la voix du régime qu'il accuse aujourd'hui de pillage systématique.

Et cette fois, il ne parle pas en slogans. Il parle en chiffres. En noms. En mécanismes. En lignes budgétaires précises.

Ce discours est peut-être le réquisitoire le plus structuré jamais prononcé publiquement contre le régime de Yaoundé.

Lisez. Chaque ligne compte.

TCHIROMA SORT LES DOSSIERS : LE RÉQUISITOIRE EN QUATRE VOLETS QUI ACCUSE UN RÉGIME ENTIER

Il avait promis des chiffres. Il en a livré. Dans une déclaration publique d'une densité rare dans le paysage de l'opposition camerounaise, Issa Tchiroma Bakary a présenté ce qu'il décrit comme un bilan exhaustif de la prédation économique sous le régime de Paul Biya structuré en quatre volets distincts, chacun appuyé sur des montants précis et des mécanismes identifiés.

L'ensemble du tableau qu'il dresse aboutit à un chiffre conservateur selon ses propres termes : 26 000 milliards de francs CFA. Avec une extrapolation haute à 80 000 milliards.

Voici ce qu'il a dit. Et ce que chaque affirmation implique.

Volet 1 Les ressources naturelles : pétrole, forêts, or

Tchiroma ouvre son réquisitoire par les ressources du sous-sol. Sur le pétrole, il affirme que la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) a généré pendant quarante ans des recettes hors budget, hors contrôle parlementaire, hors toute transparence. Il cite le FMI, la Banque mondiale et l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) comme instances ayant signalé des flux considérables sortant du pays sans figurer dans les comptes officiels.

Il avance un élément particulièrement précis : le pétrole camerounais aurait été bradé à la société Glencore à moins de 30 % de sa valeur marchande. Des cargaisons disparues et des revenus non comptabilisés viendraient compléter ce tableau.

Sur les forêts, il affirme que 80 % du bois camerounais est vendu illégalement, avec la complicité de l'État.

Synthèse de Tchiroma sur ce volet : entre l'or, le pétrole et le bois, plus de 10 000 milliards de FCFA se seraient "envolés".

Volet 2 Les marchés frauduleux : lignes 65 et 94, agents fictifs, grands scandales

Le deuxième volet est celui qui pourrait le plus interpeller les spécialistes des finances publiques camerounaises. Tchiroma affirme que les lignes budgétaires 65 et 94, couvrant les années 2012 à 2021, ont été "tout simplement effacées" représentant 5 400 milliards de FCFA de dépenses sans justification.

Il cite ensuite le Tribunal Criminel Spécial (TCS) créé par Biya lui-même dans le cadre de l'opération Épervier comme ayant jugé et condamné des hauts fonctionnaires pour près de 9 000 milliards de détournements entre 1997 et 2021. Cette référence est notable : elle utilise les propres condamnations du régime comme preuve contre lui.

Sur les agents fictifs, il cite le ministère des Finances et le Trésor public : plus de 20 000 fonctionnaires fantômes auraient figuré sur les listes de paie pendant des années, générant un préjudice annuel avoisinant 200 milliards de FCFA.

Il termine ce volet sur trois dossiers emblématiques : l'autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021, et les vaccins COVID dont les surfacturations massives dépasseraient, selon lui, 500 milliards de FCFA.

Volet 3 La fraude fiscale et douanière : ANIF, CONAC, port de Douala

Le troisième volet mobilise des sources institutionnelles camerounaises. Tchiroma cite l'Agence Nationale d'Investigation Financière (ANIF) et la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) pour étayer des chiffres précis : 1 665 milliards de flux suspects détectés en 2023 ; 1 246 milliards de fraude douanière documentée sur six ans ; 1 745 milliards de fraude de scanning au port de Douala imputée à la société SGS.

La référence au conflit entre SGS et Transatlantic au port de Douala depuis 2026 est présentée comme l'illustration visible d'une fraude institutionnalisée dont deux clans du régime se disputent le contrôle.

Volet 4 L'enrichissement personnel du clan : France, Dubaï, Genève

Le quatrième volet est le plus personnel et potentiellement le plus explosif sur le plan de l'opinion publique internationale. Tchiroma affirme que le "clan Biya" a acquis des biens personnels au Cameroun, en France et au Moyen-Orient en détournant la fortune publique.

Il avance des chiffres géographiquement précis : 744 millions d'euros de biens mal acquis identifiés en France par ce qu'il appelle les "Pendoraspaper". Le domaine de Nyom du Secrétaire Général de la Présidence de la République est évalué à 18 milliards FCFA. Des biens à Dubaï estimés à 44 milliards FCFA. Des séjours à l'Hôtel Intercontinental de Genève à 50 000 dollars la nuit pour l'ensemble de la délégation.

Il nomme explicitement : Paul Biya, son épouse, son fils, le SGPR, et plusieurs hauts responsables, tous accusés d'avoir accumulé des fortunes personnelles sans satisfaire à l'obligation constitutionnelle de déclaration de patrimoine prévue à l'article 66 de la Constitution camerounaise.

La mise en perspective qui fracasse : ce qu'on aurait pu construire

La force rhétorique la plus percutante du discours de Tchiroma réside dans la mise en perspective qu'il offre du chiffre conservateur de 26 000 milliards. Avec cette somme, affirme-t-il, le Cameroun aurait pu payer 36 années de salaires à l'ensemble de ses 380 000 enseignants, soignants et soldats réunis. Et construire 2 600 hôpitaux de district soit 260 par région.

Cette projection transforme l'abstraction des milliards en réalité humaine concrète. Elle relie les chiffres aux écoles sans tables, aux hôpitaux sans médicaments, aux routes sans bitume. Elle donne à chaque Camerounais un référentiel personnel pour mesurer ce qu'il aurait pu avoir.

La promesse finale : "Ni amnistie ni négociation"

Tchiroma conclut son discours par une ligne qui servira de marqueur politique pour les semaines à venir : "Il n'y aura ni amnistie ni négociation secrète où l'on troquerait l'impunité contre une transition silencieuse."

Il promet que tout haut fonctionnaire coupable répondra de ses actes devant les juridictions compétentes, au niveau national et international.

C'est une déclaration de guerre judiciaire. Elle engage l'homme qui la prononce autant qu'elle menace ceux qu'elle vise.

Ce qui change avec ce discours

Par rapport aux prises de parole précédentes de Tchiroma, cette déclaration marque une montée en sophistication. Elle ne se contente plus de dénoncer en termes généraux. Elle cite des lignes budgétaires précises, des institutions de contrôle camerounaises et internationales, des contrats nominément identifiés, des biens géolocalisés.

Vraie ou partiellement fausse, documentée ou gonflée, cette déclaration a instauré un nouveau niveau d'exigence dans le débat politique camerounais. Elle contraint le régime à répondre aux chiffres ou à laisser le silence valider les accusations.

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