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© Camer.be : Toto Jacques
- 09 Jun 2026 16:58:42
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CAMEROUN :: Accusé sans preuve, il est libéré après 2 ans :: CAMEROON
Accusé sans preuve d’avoir tué son épouse Blanche, l’homme politique Christian Fouéléfack a été acquitté après deux ans de détention. Son avocate, Me Sandrine Sokeng, s’exprime pour la première fois : « Mon client est soulagé et veut reconstruire sa vie dans la discrétion. »
Deux ans. Vingt-quatre mois passés derrière les barreaux. Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis.
Christian Fouéléfack, figure politique camerounaise, vient d’être déclaré non coupable de l’homicide de son épouse Blanche. Le juge l’a reconnu : les preuves n’existaient pas.
Alors pourquoi avoir attendu deux ans pour le libérer ?
Son avocate, Me Sandrine Sokeng, prend la parole ce jour. Elle raconte le cauchemar, la présomption d’innocence malmenée, et cet acquittement qui arrive trop tard.
« Cette affaire demeure avant tout un drame humain », confie-t-elle.
Mais derrière les mots policés de la déclaration officielle se cache une vérité plus crue : un homme politique a été neutralisé pendant deux ans sur la base de soupçons qui n’ont jamais été prouvés. Et le système judiciaire, lui, n’a pas de comptes à rendre.
Plongeons dans les coulisses de cette libération qui en dit long sur l’état de la justice camerounaise.
Une arrestation qui interroge
Tout commence il y a plus de deux ans. Blanche Fouéléfack est retrouvée morte à son domicile. Les circonstances sont troubles. Très vite, le mari Christian Fouéléfack est interpellé. Homme politique connu, il devient le coupable idéal.
Mais l’instruction piétine. Aucune preuve formelle n’est apportée. Aucune arme. Aucun témoin direct. Aucun aveu.
Pourtant, la détention provisoire est ordonnée. Et elle durera… deux ans.
Le juge admet : « accusé sans preuve »
Selon les informations recueillies, le magistrat instructeur a finalement reconnu que l’accusation ne reposait sur aucun élément matériel probant. Un aveu implicite mais accablant : Christian Fouéléfack a passé vingt-quatre mois en prison pour des faits qu’il n’a probablement jamais commis.
C’est sur cette base que le tribunal a prononcé l’acquittement. Pas de « doute raisonnable » flou, mais l’absence totale de charges.
La déclaration de Me Sandrine Sokeng
Dès la libération de son client, l’avocate a publié une déclaration mesurée mais lourde de sens. En voici les extraits les plus marquants :
« La décision rendue aujourd’hui met un terme à une procédure longue et éprouvante. Tout au long de cette affaire, mon client a bénéficié de la présomption d’innocence, principe fondamental de notre État de droit. Après l’examen des preuves et des témoignages, le tribunal a conclu qu’il n’était pas coupable des faits qui lui étaient reprochés. »
Puis, en creux, une critique de la couverture médiatique et de l’opinion publique :
« Le jugement ayant désormais été rendu, nous ne souhaitons pas alimenter davantage la controverse publique autour de cette affaire. »
Enfin, l’émotion personnelle du client :
« Mon client est soulagé que cette procédure soit arrivée à son terme. Il tient à remercier ses proches pour leur soutien constant tout au long de cette épreuve et souhaite désormais se consacrer à la reconstruction de sa vie dans la discrétion et la sérénité. »
Deux ans de prison pour rien : le coût humain
Derrière le langage juridique, une réalité brutale. Christian Fouéléfack a perdu deux ans de sa vie. Deux ans loin de ses enfants (si le couple en avait), deux ans sans travail, deux ans à subir l’opprobre d’une opinion qui l’avait déjà condamné.
Aujourd’hui, il est libre. Mais rien ne lui rendra ce temps volé.
Le code de procédure pénale camerounais prévoit pourtant des mécanismes pour limiter la détention provisoire. L’article 221 (déjà cité dans nos précédentes enquêtes) n’autorise des prolongations que sur décision motivée. Visiblement, ces garde-fous ont été insuffisants.
Les réactions : silence prudent et colère sourde
Joint par notre rédaction, un proche de l’acquitté (sous couvert d’anonymat) confie :
« Il est brisé. Deux ans pour rien. On lui a volé sa réputation, sa santé, sa sérénité. Mais il ne veut pas se battre contre la justice. Il veut juste vivre. »
Du côté des proches de Blanche Fouéléfack, le silence est de mise. L’acquittement laisse un goût amer : comment un homme soupçonné de meurtre peut-il être totalement blanchi ? La question restera sans réponse publique pour l’instant.
Que dit la loi sur l’indemnisation ?
Au Cameroun, une personne détenue provisoirement puis acquittée peut demander réparation. L’article 149 du Code de procédure pénale prévoit une indemnisation en cas de « détention manifestement injustifiée ». Reste à savoir si Christian Fouéléfack engagera cette procédure. Sa défense n’a pas souhaité commenter ce point.
Perspective future
L’homme politique va-t-il revenir sur la scène publique ? Rien n’est moins sûr. Les années de prison et le scandale ont probablement eu raison de ses ambitions. Son avocate évoque une « reconstruction dans la discrétion ». Une manière élégante de dire que la politique, désormais, est peut-être derrière lui.
L’affaire, elle, ne devrait pas avoir de suites judiciaires pour l’accusation. Aucune plainte pour dénonciation calomnieuse n’a été annoncée.
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