13 mois sans juge : l’absurdité juridique camerounaise
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13 mois sans juge : l’absurdité juridique camerounaise :: CAMEROON

Arrêté en novembre 2025, l’opposant camerounais Parfait Mbvouom vient de voir sa détention provisoire prolongée de six mois… sans jamais avoir été présenté à un juge. Une anomalie juridique qui bouscule le Code de procédure pénale camerounais.

La nuit du 27 novembre 2025. Une intervention discrète. Pas de caméras. Pas de témoins.

Quelques heures plus tard, Parfait Mbvouom, président du Front Républicain, se réveille dans une cellule de la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé.

Il ne le sait pas encore, mais ce réveil marque le début d’un cauchemar judiciaire sans précédent.

Sept mois. Puis six mois de plus.

Treize mois de détention provisoire sans jamais avoir vu le visage d’un juge.

L’article 218 du Code de procédure pénale camerounais est pourtant clair : « La liberté est le principe, la détention provisoire l’exception. »

Alors comment expliquer que cet « exception » soit devenue la règle pour un opposant politique connu, domicilié, soutien public d’Issa Tchiroma lors de la dernière présidentielle ?

Cet article ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme enfermé.

Il raconte l’histoire d’un système judiciaire en panne, d’une procédure bloquée, et d’un silence assourdissant là où les textes exigent des réponses.

Et si le plus grand danger pour la justice camerounaise n’était pas la criminalité, mais l’indifférence ?

L’arrestation nocturne : le mode opératoire qui interroge

Le 27 novembre 2025. Le Cameroun sort d’une élection présidentielle sous haute tension. Contestations. Surveillance accrue des leaders d’opinion. Un climat électrique.

C’est dans ce contexte que les forces de l’ordre frappent à la porte de Parfait Mbvouom. Heure ? Très tardive. Discrétion ? Maximale. Aucun communiqué officiel. Aucune information immédiate à la presse.

L’homme politique disparaît des radars.

Il réapparaît quelques heures plus tard dans une cellule de Kondengui, la prison centrale de Yaoundé, tristement célèbre pour abriter de nombreux opposants et prisonniers politiques.

Son crime ? Officiellement, aucun chef d’accusation ne lui a encore été notifié. Officieusement, son soutien à Issa Tchiroma lors de la présidentielle semble peser lourd.

Le vide judiciaire : sept mois sans juge

C’est là que l’affaire bascule de l’arrestation controversée à l’anomalie juridique.

Entre novembre 2025 et juin 2026, soit sept mois complets, Parfait Mbvouom n’a été présenté devant aucun magistrat. Pas de juge d’instruction. Pas de juge de jugement. Rien.

Pourtant, l’article 170 du Code de procédure pénale camerounais est limpide :

« L’inculpé doit être conduit devant le juge d’instruction dès sa première comparution afin de se faire notifier les motifs de son arrestation et ses droits, notamment celui de choisir un conseil. »

Sept mois d’incarcération sans respecter cette disposition fondamentale. Sept mois pendant lesquels l’accusé ignore officiellement ce qu’on lui reproche.

« Dans n’importe quelle démocratie respectant l’État de droit, sept mois de détention sans présentation à un juge constituent une détention arbitraire caractérisée. Le Cameroun a signé des traités internationaux qui interdisent cette pratique. Pourtant, elle se répète. »

La prolongation : 6 mois supplémentaires, toujours sans procès

Le 25 mai 2026, une ordonnance tombe. Le juge d’instruction que Mbvouom n’a toujours pas rencontré signe un renouvellement de la détention provisoire pour six mois supplémentaires.

Calcul rapide : 7 mois déjà purgés + 6 mois à venir = 13 mois de détention préventive.

Sans date d’audience fixée. Sans confrontation aux charges. Sans liberté sous caution envisagée.

L’article 221 du même code précise pourtant :

« La durée de la détention provisoire ne peut excéder six mois, renouvelable une fois pour les délits et deux fois pour les crimes. Ce renouvellement doit être justifié par le juge d’instruction par une ordonnance motivée, dictée par l’extrême nécessité de l’enquête. »

Où est l’« extrême nécessité » quand sept mois se sont écoulés sans aucun acte d’instruction tangible ?

Les garanties ignorées : liberté sous caution, domicile fixe, personnalité publique

L’article 224 du Code de procédure pénale camerounais offre une porte de sortie :

« Toute personne légalement arrêtée peut bénéficier d’une mise en liberté d’office ou sous caution si elle présente des garanties suffisantes qu’elle se présentera devant la justice. »

Parfait Mbvouom remplit tous les critères :

- Personnalité publique président d’un parti politique officiel,
- Domicile connu pas de risque de fuite,
- Chef de parti des centaines de témoins potentiels,
- Absence d’antécédents de fuite aucune condamnation antérieure pour défaut de comparution.

La loi dit : liberté sous caution. La pratique dit : détention prolongée.

Pourquoi ? La réponse est peut-être politique.

Le contexte politique : Tchiroma, l’élection, et la répression

Novembre 2025. Le Cameroun sort d’une présidentielle que beaucoup d’observateurs ont jugée contestée. Issa Tchiroma, ancien ministre et figure politique majeure, recueille un score significatif. Parfait Mbvouom, président du Front Républicain, a publiquement soutenu sa candidature.

Dans un système où les opposants politiques sont régulièrement muselés, ce soutien aurait-il pu déclencher des représailles ?

L’hypothèse est prudente mais non déraisonnable. De nombreux opposants camerounais ont connu le même chemin : arrestation nocturne, détention prolongée, oubli judiciaire.

L’organisation Human Rights Watch notait dans son rapport 2025 :

« Au Cameroun, la détention provisoire est régulièrement utilisée comme arme politique pour neutraliser les opposants sans passer par un procès équitable. »

L’opinion des observateurs internationaux

Joint par voie électronique, un analyste de la Commission africaine des droits de l’homme (sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du dossier) nous confie :

« Nous suivons ce dossier avec attention. Un délai de sept mois sans présentation à un juge est une violation claire des articles 6 et 7 de la Charte africaine des droits de l’homme. Le Cameroun a ratifié cette charte. Il doit la respecter. »

Pour l’instant, aucune condamnation officielle n’est tombée. Mais plusieurs organisations envisagent des saisines.

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