Affaire Bonateki : Cabral Libii remonte à la racine du problème
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À travers l'affaire Bonateki, Cabral Libii ouvre un débat de fond sur la distorsion coloniale des chefferies traditionnelles camerounaises et appelle à une réforme structurelle que six décennies d'indépendance n'ont pas encore produite.

Il ne parle pas de l'incident. Il parle de ce qui l'a rendu possible.

Quand Cabral Libii prend la parole sur l'affaire Bonateki, il ne s'arrête pas à la polémique du moment. Il remonte. Loin. Jusqu'au décret de 1977. Jusqu'au siècle colonial. Jusqu'à la question que personne ne pose jamais vraiment : qu'est-ce qu'une chefferie traditionnelle au Cameroun ?

Un Kotoko nommé chef de quartier à Ebolowa. Chef de qui ? Des Kotoko du quartier ? Des Bulu qui y vivent ? De tous les résidents, venus du monde entier ?

La question semble simple. La réponse révèle un système brisé.

Chefferies traditionnelles : Cabral Libii démonte le "non-sens colonial" qui ronge le Cameroun

En marge de l'affaire Bonateki rebaptisée "affaire Chen Gang" par certains commentateurs le président du PCRN Cabral Libii a publié une analyse qui dépasse largement le fait divers initial. En quelques paragraphes denses, le député-président pointe ce qu'il appelle "le mal qui ronge la racine" : la distorsion profonde et jamais corrigée des chefferies traditionnelles camerounaises, héritée directement de l'administration coloniale.

Le diagnostic : une institution dénaturée depuis 1977

Tout part du décret de 1977, toujours en vigueur, qui régit les chefferies dites traditionnelles en les hiérarchisant en degrés premier, deuxième, troisième et en les territorialisant selon des circonscriptions administratives : départements, arrondissements, quartiers.

Pour Cabral Libii, cette architecture est fondamentalement illogique.

"Depuis quel siècle la tradition est-elle définie par les circonscriptions administratives ?" demande-t-il. La réponse qu'il apporte est sans appel : "Évidemment depuis le siècle colonial."

La tradition, dans sa définition authentique, est une institution communautaire. Elle s'exerce sur une communauté qui se reconnaît en elle, par un chef que cette communauté reconnaît comme le dépositaire de son autorité morale et culturelle. Elle n'est pas une circonscription géographique. Elle n'est pas un découpage administratif.

Le Sultan des Bamoun est chef de la tradition des Bamoun. Il n'est pas, et ne peut pas être, l'autorité traditionnelle des Ewondo ou des Guiziga qui vivent à Foumban. Ces derniers doivent le respect à l'autorité de la tradition en vigueur dans leur localité d'accueil pas plus.

C'est, selon Cabral Libii, "totalement logique". Et c'est précisément ce que le système hérité de la colonisation a cassé.

L'absurde concret : un Kotoko chef à Ebolowa

Pour illustrer l'absurdité du système, Cabral Libii prend un exemple volontairement parlant : un ressortissant Kotoko désigné chef traditionnel de troisième degré à Ebolowa, dans un quartier à majorité Bulu.

"Il est le chef de la tradition des qui là-bas au juste ?"

La question n'est pas rhétorique. Elle met le doigt sur une contradiction structurelle que le système n'a jamais résolue : en territorialisant la chefferie en faisant du chef traditionnel le responsable d'un espace géographique plutôt que d'une communauté culturelle l'État colonial, puis l'État postcolonial qui a reconduit ses décrets, a créé une fiction institutionnelle.

Un chef sans communauté réelle. Une tradition sans substance. Une autorité sans légitimité organique.

Le cœur du problème : l'auxiliarisation de la tradition

Pour Cabral Libii, la confusion fondamentale est là : les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l'administration. L'État leur a confié des fonctions administratives recensement, médiation, relais de l'autorité publique en échange d'une légitimité institutionnelle octroyée d'en haut plutôt que reconnue d'en bas.

"L'administration ne peut pas s'auxiliariser la tradition. Cela n'a aucun sens."

Et c'est ce "non-sens", dit-il, qui génère tous les conflits de quartier, toutes les tensions intercommunautaires, toutes les "affaires" comme celle de Bonateki. Les protagonistes de ces conflits ne sont, selon lui, que des "boucs émissaires" d'un système cassé.

Sa proposition : que l'État crée un corps de "commis administratifs des quartiers et villages" s'il a besoin d'auxiliaires locaux et qu'il libère la tradition du carcan colonial.

L'argument des monarchies occidentales

Cabral Libii termine sur une observation qui mérite attention : les communautés camerounaises les plus cohésives, les plus respectées, les plus "puissantes" au sens sociologique, sont précisément celles dans lesquelles le colon n'a pas réussi à dissocier la chefferie administrative de l'autorité traditionnelle réelle. Dans ces communautés, le chef de premier degré est resté simultanément le vrai chef de tradition.

Il note également que les nations occidentales Belgique, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, Israël n'ont pas supprimé leurs monarchies et quasi-monarchies. Le colon savait la force de l'autorité morale dans la cohésion des sociétés. Il l'a utilisée ailleurs. Il l'a affaiblie ici.

Un débat qui dépasse l'affaire Bonateki

L'analyse de Cabral Libii transforme un fait divers aussi grave soit-il en question de politique publique de fond. La réforme des chefferies traditionnelles au Cameroun est un chantier que l'État postcolonial a systématiquement évité.

Le décret de 1977 a 49 ans. Les tensions qu'il génère, elles, sont permanentes.

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