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© Camer.be : Paul Moutila
- 06 Apr 2026 21:37:35
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Pétition Kamto au Cameroun : l'opposition contre-attaque face au coup d'État constitutionnel :: CAMEROON
Un homme, une pétition, 30 millions de citoyens en jeu
Une pétition en ligne. C'est l'arme choisie par Maurice Kamto pour répondre à une révision constitutionnelle adoptée en quatre jours. Le leader du MRC est le premier responsable politique de l'opposition à initier une action formelle permettant au peuple de manifester son rejet de la nomination d'un vice-président non élu. Le rapport de forces vient de changer de terrain.
Ce qui s'est passé et pourquoi Kamto réagit maintenant
Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais réuni en congrès à Yaoundé a approuvé la création d'un poste de vice-président de la République. 200 voix pour, 18 contre, 4 abstentions. Ce vice-président sera nommé par le président, et prendra le pouvoir en cas de vacance, remplaçant l'ancien mécanisme qui confiait l'intérim au président du Sénat.
Dès le 3 avril, Maurice Kamto, président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a pris la parole depuis Yaoundé pour qualifier cette réforme de "coup d'État constitutionnel et institutionnel" orchestré par le régime RDPC.
Sa réaction n'est pas improvisée. Conformément à cette déclaration, Kamto a lancé la pétition sur le site cameroon-petitions.com, en appelant chaque Camerounais à "en prendre connaissance, à la signer et à la partager largement." La pétition contre le coup d'État constitutionnel se définit ici comme un outil de résistance civique face à une modification de la loi fondamentale jugée illégitime.
Pourquoi cette réforme concentre toutes les tensions
Au cœur du problème soulevé par Kamto : dans les démocraties sérieuses, un vice-président est soit élu avec le président, soit issu d'un processus transparent. Au Cameroun, le projet adopté prévoit une nomination directe par le chef de l'État sans élection, sans validation populaire.
Kamto établit un parallèle historique précis : en 1979, la révision constitutionnelle d'Ahmadou Ahidjo avait permis à son Premier Ministre de l'époque de devenir président de la République sans élection. Le même mécanisme est aujourd'hui réactivé mais en version aggravée.
Pour Kamto, la logique est mécanique : ce vice-président nommé devient automatiquement président en cas de vacance chef de l'État et chef des armées sans avoir jamais été élu. Pire : il pourra à son tour nommer son propre vice-président, perpétuant une chaîne de succession entièrement déconnectée du suffrage universel. "Ce n'est pas une régression, c'est un naufrage constitutionnel", tranche-t-il.
Le mécanisme de la contre-offensive citoyenne décrypté
La mobilisation citoyenne lancée par Kamto repose sur trois leviers simultanés. D'abord, la pétition en ligne premier acte concret d'une opposition qui cherchait à reprendre l'initiative après son absence à la présidentielle de 2025. Ensuite, un appel direct aux parlementaires. Kamto les a exhortés à rejeter toute réforme "qui détruit les fondements de la République" et a estimé qu'un changement constitutionnel d'une telle ampleur aurait dû obligatoirement passer par un référendum populaire.
Enfin, un cadrage de la légitimité globale du pouvoir. Kamto affirme que le Cameroun est entré dans une phase politique critique : l'élection présidentielle est contestée, les députés ne sont plus issus du suffrage populaire, les conseillers municipaux non plus. "Plus aucune institution ne peut aujourd'hui revendiquer une véritable assise populaire", soutient-il.
Le SDF, de son côté, a refusé de participer à la plénière du Congrès. Depuis la Gambie, Issa Tchiroma Bakary a dénoncé une "dérive monarchique du pouvoir". Le front de l'opposition, longtemps dispersé, commence à converger sur un même diagnostic.
Les enjeux : test de mobilisation et précédent continental
La pétition constitue un test de mobilisation pour un MRC qui n'a pas participé à la présidentielle de 2025 et cherche à réaffirmer son poids dans le jeu politique. Si elle recueille des centaines de milliers de signatures, elle modifiera le rapport de forces symbolique. Si elle reste confidentielle, elle confirmera l'essoufflement de l'opposition structurée.
Le Barreau du Cameroun a lui aussi transmis ses observations formelles au Parlement. Dans un courrier daté du 2 avril, signé par le Bâtonnier Eric Mbah Mbah, l'Ordre des avocats a pris position contre la réforme. La résistance institutionnelle s'organise, au-delà des seuls partis politiques.
La question posée par Kamto structure l'avenir du pays : peut-on, par des révisions constitutionnelles successives adoptées par un Parlement à majorité mécanique, créer une chaîne de succession sans élection qui perpétue un système de pouvoir au-delà de l'homme qui l'a fondé ?
La démocratie camerounaise face à son propre miroir
La révision constitutionnelle de 2026 est actée. La pétition est en ligne. Le peuple camerounais dispose désormais d'un outil pour dire non ou pour se taire. Ce silence ou cette mobilisation sera le vrai verdict politique de l'année.
Kamto conclut sa déclaration par un appel direct : "Nous devons empêcher le malheur politique qui frappe notre pays de prospérer." Le peuple souverain doit décider qui est le vrai président, qui sont les vrais représentants, qui détient réellement la légitimité.
La question reste entière : dans un pays où toutes les institutions élues sont contestées, une pétition numérique peut-elle reconstituer ce que quarante-trois ans de pouvoir concentré ont méthodiquement défait ?
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