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© Camer.be : Paul Moutila
- 04 Apr 2026 18:06:04
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CAMEROUN :: RDPC fracturé : révision constitutionnelle, deux barons brisent la discipline du parti au pouvoir :: CAMEROON
Une fissure historique au sommet
Pour la première fois depuis des décennies, des figures historiques du RDPC ont brisé publiquement la discipline de parti. Un sénateur a dénoncé une précipitation suspecte. Un autre a quitté l'hémicycle sans voter. La révision constitutionnelle camerounaise révèle des fractures que le parti au pouvoir ne peut plus dissimuler.
Un vote historique sous tension
Ce samedi, le Parlement camerounais examinait le projet de loi portant révision de la Constitution, incluant la création d'un poste de vice-président de la République. La séance devait être une formalité le RDPC dispose d'une majorité formelle. Elle est devenue un moment de dissidence documentée.
René Ze Nguelé, ancien ministre et sénateur du Haut-Nyong, a pris la parole pour interpeller directement le président de l'Assemblée nationale. Sa déclaration est sans ambiguïté : « La précipitation avec laquelle vous conduisez cette réforme est suspecte. » Ce pilier du parti rompt avec quarante ans de silence institutionnel.
Dans le même temps, Charles Mbella Moki, sénateur du Fako et ancien maire de Buea, refusait de prendre part au vote. Fidèle lieutenant historique de Peter Mafany Musonge, il s'oppose fermement à la création de ce poste.
Pourquoi ces deux hommes ont franchi la ligne
La dissidence de Ze Nguelé et Mbella Moki ne relève pas d'un caprice individuel. Elle traduit une tension structurelle que la fracture interne au RDPC rend désormais visible.
Le premier facteur est régional. Le Sud-Ouest camerounais région anglophone déjà fragilisée par des années de crise sécessionniste perçoit la création du poste de vice-président comme un remodelage de l'équilibre institutionnel qui lui est défavorable. Mbella Moki appelle ses « frères du Sud-Ouest » à l'union sacrée. Le signal est clair : il s'adresse à une base, pas à un parti.
Le second facteur est procédural. Ze Nguelé dénonce la vitesse du processus. Une réforme constitutionnelle précipitée qui engage l'avenir institutionnel d'un pays ne laisse aucun temps au débat interne. Les barons du parti n'ont pas été consultés. Ils ont été mis devant le fait accompli.
Les mécanismes d'une discipline qui se fissure
La discipline de parti au RDPC repose historiquement sur deux piliers : la redistribution des ressources et la menace de l'exclusion. Ces deux leviers s'affaiblissent simultanément.
La création du poste de vice-président au Cameroun redistribue les cartes de la succession sans que les équilibres régionaux traditionnels soient respectés. Certains cadres du parti comprennent qu'ils seront perdants dans la nouvelle configuration. Le calcul coût-bénéfice de l'obéissance change.
La menace d'exclusion, elle, perd de sa force quand le parti lui-même est minoritaire dans les urnes. Un sénateur dont le mandat a été prorogé et qui sait qu'il ne reviendra pas n'a plus grand-chose à perdre. La loyauté forcée cède à l'expression d'un intérêt régional ou personnel.
Ce double mouvement affaiblissement de la carotte, affaiblissement du bâton produit exactement ce qui s'est passé ce samedi : une dissidence publique, assumée, sans conséquence immédiate apparente.
Ce que cette fracture change
La crise interne au RDPC va alimenter l'incertitude politique. Le vote a eu lieu, la révision passe. Mais le signal envoyé par deux figures historiques du parti est impossible à ignorer. D'autres cadres observent. D'autres calculs sont en cours.
L'appel de Mbella Moki à la solidarité du Sud-Ouest introduit une dimension communautaire explosive. Dans une région déjà marquée par des années de tension, mobiliser une base électorale contre une décision du parti central franchit un seuil politique inédit.
La succession présidentielle au Cameroun se jouera dans ce contexte de fragmentation interne. Un parti divisé sur les mécanismes mêmes de la transmission du pouvoir ne peut pas présenter un front uni face à une opposition qui, elle, grandit dans les urnes.
La fracture de ce samedi n'est pas anecdotique. Elle documente la désintégration progressive d'une cohésion qui tenait le système depuis des décennies.
Quand les piliers du système contestent le système
René Ze Nguelé et Charles Mbella Moki ne sont pas des opposants. Ce sont des hommes du régime. Quand ce sont eux qui parlent de précipitation suspecte et d'union sacrée régionale, la question n'est plus de savoir si le RDPC est fragilisé. Elle est de savoir combien de temps il peut encore tenir ensemble un système que ses propres architectes commencent à remettre en cause.
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