Kamto dénonce un coup d'État constitutionnel
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Une Constitution réécrite, un opposant qui sort du silence

Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais adopte une révision constitutionnelle créant un vice-président nommé, non élu. Le même jour, Maurice Kamto, leader du MRC et principal opposant écarté de la présidentielle de 2025, qualifie publiquement la séquence de "coup d'État constitutionnel et institutionnel". Une formulation politique forte documentée, argumentée, historiquement étayée.

Ce que Kamto dénonce précisément

Dans une déclaration adressée à ses compatriotes, l'opposant affirme que le pays traverse "une crise politique et institutionnelle sans précédent", marquée par la perte de légitimité des principales institutions. Il dénonce la prolongation des mandats des députés et des conseillers municipaux ainsi que le report des élections législatives et locales, qu'il qualifie de violations de la Constitution visant à maintenir le régime au pouvoir.

Pour Kamto, l'ensemble des institutions nationales désignées par voie d'élections sont illégitimes. L'élection du Président de la République est "gravement contestée". Les députés à l'Assemblée nationale "ne sont plus issus du suffrage populaire". Les conseillers municipaux non plus et ils ont "transmis leur illégitimité" aux conseillers régionaux élus par eux fin 2025.

Le mécanisme Ahidjo-Biya, version 2026

L'argument le plus acéré de Kamto est historique. Il accuse Biya d'avoir remis en place le même mécanisme constitutionnel que celui utilisé en 1979 par le Président Ahidjo, qui lui avait permis, en tant que Premier ministre, de devenir Président de la République. Cette fois, il s'agira d'un Vice-Président nommé et non d'un Premier ministre mais la logique est identique : une passerelle constitutionnelle permettant à un individu n'ayant jamais exercé de mandat électif de devenir Président de la République, chef de l'État et chef des armées sans passer par une élection.

C'est, selon Kamto, encore pire que le précédent de 1979 : le Vice-Président devenu Président non élu pourra lui-même nommer un Vice-Président non élu. La chaîne de succession sans élection devient potentiellement illimitée.

Ce cadrage historique transforme la révision constitutionnelle de 2026 en séquence délibérément répétée non pas une réforme institutionnelle, mais la reproduction d'un modèle de captation du pouvoir déjà éprouvé.

Un appel à la mobilisation citoyenne

Kamto appelle les parlementaires à rejeter toute réforme qui "détruit les fondements de la République" et estime qu'un tel changement constitutionnel devrait obligatoirement être soumis à référendum. S'adressant directement aux citoyens, il les exhorte à se mobiliser contre ce qu'il qualifie de dérive autoritaire et annonce le lancement prochain d'une pétition nationale. Il conclut en appelant le peuple à reprendre son pouvoir souverain lors des prochaines échéances électorales.

Le Barreau du Cameroun a lui aussi pris position, estimant selon les sources disponibles que la révision constitutionnelle constitue une atteinte au principe de l'élection du Président au suffrage universel direct.

Les enjeux : légitimité en cascade et succession verrouillée

À court terme dans les six à douze mois la nomination effective du premier vice-président camerounais de l'histoire concentrera toutes les tensions. Ce choix révélera si Biya entend répondre à la crise anglophone par un profil équilibreur ou consolider le réseau de fidélités au sein du RDPC.

La pétition annoncée par Kamto constitue un test de mobilisation pour un MRC qui n'a pas participé à la présidentielle de 2025 et cherche à réaffirmer son poids dans le jeu politique. Si elle recueille des centaines de milliers de signatures, elle modifiera le rapport de forces symbolique. Si elle reste confidentielle, elle confirmera l'essoufflement de l'opposition structurée.

À horizon trois à cinq ans, la question posée par Kamto est celle qui structure l'avenir du Cameroun : peut-on, par des révisions constitutionnelles successives adoptées par un Parlement à majorité mécanique, créer une chaîne de succession sans élection perpétuant un système de pouvoir au-delà de l'homme qui l'a fondé ?

Le vrai débat commence maintenant

La succession présidentielle au Cameroun n'est plus une question abstraite. Elle est constitutionnalisée, planifiée, imminente. Kamto la nomme "coup d'État constitutionnel". Le pouvoir la présente comme une modernisation institutionnelle. Entre ces deux lectures, le peuple camerounais attend de savoir qui sera nommé dauphin et si cette nomination lui appartiendra un jour.

La vraie question que pose cette séquence n'est pas juridique. Elle est démocratique : une Constitution révisée sans le peuple, par des institutions dont la légitimité est contestée, peut-elle fonder durablement l'avenir d'un pays de 30 millions d'habitants ?

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