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© Camer.be : Paul Moutila
- 04 Apr 2026 15:02:40
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CAMEROUN :: La Constitution modifiée, Biya se choisit un successeur sans urnes :: CAMEROON
Quarante-quatre ans de pouvoir, un héritier par décret
Le 5 avril 2026, le Parlement camerounais réuni en Congrès a adopté le Projet de Loi N°2094/PJL/P modifiant la Constitution. Pour la première fois depuis l'indépendance, le Cameroun dispose d'un cadre constitutionnel pour un vice-président de la République nommé par Paul Biya, révocable par lui, successeur constitutionnel désigné sans vote populaire.
Ce qui a été adopté
Le congrès du Parlement s'était ouvert le 2 avril 2026 à Yaoundé, sur initiative de Paul Biya. La séance plénière d'adoption était programmée pour le 5 avril à 16 heures. Elle a eu lieu comme prévu.
La modification de la Constitution cible les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66. Le vice-président peut être nommé par le Président de la République, qui peut aussi mettre fin à ses fonctions à tout moment. Ses attributions sont celles que le Président lui délègue de manière expresse. Son mandat ne peut excéder celui du Président, fixé à sept ans.
En cas de vacance, le vice-président achève le mandat présidentiel, prête serment dans les mêmes formes, puis nomme à son tour un nouveau vice-président pour l'assister. En cas d'empêchement du vice-président ou si le poste n'est pas pourvu, une élection présidentielle est organisée.
Une succession verrouillée, une légitimité contestée
La réforme répond à une question que le système politique camerounais évitait depuis des années. La Constitution de 1996 confiait l'intérim au Président du Sénat en cas de vacance soudaine un scénario jugé politiquement périlleux. Mais l'architecture du texte adopté concentre entièrement le choix dans les mains d'un seul homme.
La révision constitutionnelle de 2026 répond à une question que personne n'osait poser officiellement : que se passe-t-il après Biya ? Elle y répond en donnant à Biya seul le droit de désigner son successeur, sans élection, sans débat. La démocratie formelle est respectée un Congrès vote, des articles sont modifiés. Mais la substance du choix revient à un homme de 92 ans, au pouvoir depuis 1982, face à un Parlement dont le mandat est lui-même contesté.
Le Pr. Owona Mfegue, constitutionnaliste et fille du rédacteur principal de la Constitution de 1996, dénonce un "régime bâtard" : la coexistence d'un vice-président et d'un Premier ministre, sans articulation réelle entre leurs fonctions, crée selon elle une "ambiguïté exécutive inédite".
L'opposition exclue, les amendements balayés
La procédure a cristallisé les critiques bien au-delà du fond. Les membres de la Commission spéciale du Congrès n'ont disposé que de moins de deux heures pour examiner un texte engageant l'avenir institutionnel de 30 millions de citoyens. Aucun amendement proposé par l'opposition n'a été retenu.
Le SDF, par la voix de Joshua Osih, avait défendu un amendement rejeté par la majorité : que le Président et son Vice-Président soient élus conjointement sur un même ticket populaire, obligatoirement mixte un représentant du Cameroun anglophone et un du Cameroun francophone. La majorité RDPC a écarté la proposition sans débat de fond.
Les partisans du pouvoir font valoir que la création du poste permettra d'éviter le coût humain et budgétaire d'une élection présidentielle anticipée en cas de vacance imprévue. Pour l'opposition, c'est un autre nom pour la même réalité : une succession présidentielle organisée entre initiés, sans le peuple.
La question qui mobilise désormais Yaoundé
À court terme, l'attention se tourne vers la nomination effective. Parmi les noms qui circulent avec insistance, celui de Philémon Yang, ancien Premier ministre et anglophone, est cité comme profil capable d'apporter une réponse à la crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais aucune annonce officielle n'a été faite.
Ce choix concentrera en quelques semaines tous les équilibres que le Cameroun négocie depuis l'indépendance : régionaux, linguistiques, religieux. Un vice-président camerounais anglophone enverrait un signal fort vers les zones en crise. Un choix purement politique au sein du RDPC fermerait cette fenêtre et relancerait les tensions.
À horizon trois à cinq ans, le vice-président du Cameroun, nommé dans les semaines suivant l'adoption, deviendra de facto le dauphin constitutionnel d'un président de 92 ans. Ce choix façonnera la trajectoire politique du pays pour une génération.
La Constitution comme testament présidentiel
Le 4 avril 2026 restera une date charnière dans l'histoire institutionnelle du Cameroun. Pas parce qu'un vice-président a été créé d'autres démocraties africaines connaissent ce modèle. Mais parce que la méthode choisie quatre jours, un Parlement à mandat contesté, zéro amendement retenu dit quelque chose de précis sur l'état du contrat démocratique au Cameroun.
La vraie question n'est désormais plus constitutionnelle. Elle est politique : dans un pays de 30 millions de personnes, combien de temps une succession désignée sans le peuple peut-elle tenir face à une société qui a déjà démontré, depuis 2018, sa volonté de changement ?
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