Révision constitutionnelle : Cabral Libii brise le silence et défie le projet gouvernemental
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Devant ses pairs réunis en commission spéciale, Cabral Libii, président national du PCRN, a prononcé une intervention qui fracture le débat politique camerounais. Le verdict est sans appel : le projet de révision constitutionnelle actuel "apporte des changements mais refuse le changement."

Ce qui se passe vraiment à Yaoundé

La commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi constitutionnelle est au cœur de toutes les tensions. Le texte soumis prévoit notamment l'introduction d'un Vice-Président de la République. Une innovation saluée en surface, mais que Cabral Libii démonte méthodiquement.

Le député et chef de parti s'est exprimé directement devant le ministre d'État représentant le gouvernement. Son intervention dépasse le cadre technique : elle pose une question de fond sur la nature même de la démocratie camerounaise.

Pourquoi ce projet est jugé insuffisant

Le raisonnement de Cabral Libii repose sur une logique simple et redoutable. Nommer un Vice-Président sans l'élire, c'est créer "un citoyen sans peuple." Le texte gouvernemental préserve l'architecture du pouvoir existante : le Président nomme, révoque, décide.

Pire, le projet ouvre la voie à un scénario inédit : deux dirigeants au sommet de l'État, ni l'un ni l'autre issu du suffrage universel direct. Pour le leader du PCRN, cela contredit le principe fondateur de toute démocratie. Le pouvoir constitutionnel ne se transfère pas entre élites. Il se reçoit du peuple.

Les quatre contre-propositions du PCRN

Cabral Libii n'est pas venu critiquer à vide. Il a articulé une vision alternative en quatre axes précis.

Premier axe : la limitation des mandats présidentiels. Il propose sept ans renouvelables une seule fois. Un cadre clair, mesurable, aligné selon lui sur les attentes populaires.

Deuxième axe : la lutte contre la corruption. La déclaration publique de patrimoine doit devenir obligatoire, avec des sanctions effectives inscrites dans la Constitution elle-même. La transparence, dit-il, "n'est pas une option."

Troisième axe : des clauses d'intangibilité. Certaines dispositions notamment celles sur les droits fondamentaux et la limitation des mandats doivent échapper à toute révision future. Une Constitution réformable à l'infini devient une Constitution sans garantie.

Quatrième axe : la redistribution réelle du pouvoir. Sans mécanisme contraignant, toute réforme reste cosmétique. "Changer les mots sans changer le pouvoir, ce n'est pas réformer, c'est maquiller."

Ce que ce débat révèle sur l'avenir du Cameroun

À court terme, cette prise de position isole ou renforce Cabral Libii selon les camps. Elle structure une ligne d'opposition claire à l'approche des prochaines séquences politiques. Le PCRN se positionne comme force de proposition, pas seulement de contestation.

Le vrai enjeu est celui de la légitimité constitutionnelle. Une loi fondamentale adoptée sans consensus large reste vulnérable. Elle peut être contestée juridiquement, politiquement, socialement. L'histoire constitutionnelle africaine offre de nombreux exemples de textes imposés qui fragilisent les États au lieu de les consolider.

La question du Vice-Président non élu pourrait cristalliser des tensions lors d'une succession présidentielle. Le vide juridique que Libii pointe n'est pas théorique : il deviendrait opérationnel dès lors qu'une vacance du pouvoir surviendrait.

L'histoire regarde, dit-il Mais qui l'écoute ?

"Le peuple nous écoute. L'avenir nous jugera." Ces mots de Cabral Libii résonnent au-delà de la commission. Ils posent une question que nul dans cette enceinte ne peut esquiver : une Constitution rédigée pour organiser le pouvoir en place peut-elle simultanément protéger ceux qui n'en ont aucun ?

La réponse du gouvernement camerounais à ces quatre propositions concrètes sera le véritable test de la sincérité de cette réforme.

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