SDF et PCRN proposent un vice-président élu et un mandat limité
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Deux partis, deux visions pour remodeler le pouvoir

7 ans renouvelables une fois. Un vice-président élu sur le même bulletin que le président. Ces deux propositions, issues de l'opposition camerounaise, reformulent en profondeur l'architecture du pouvoir exécutif. Elles arrivent dans le cadre de l'examen du projet de loi 2094/PJL/P portant modification de la Constitution.

Ce que le Congrès examine, et qui propose quoi

Le Social Democratic Front (SDF) et le Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN) de Cabral Libii ont tous deux déposé des amendements lors de l'examen du texte constitutionnel soumis au Parlement réuni en congrès.

Ces deux formations siègent dans l'opposition. Elles disposent d'une représentation parlementaire minoritaire face à la majorité RDPC. Leurs amendements ont peu de chances d'être adoptés tels quels. Ils n'en constituent pas moins des propositions formelles, consignées dans la procédure législative.

Pourquoi ces amendements, et ce qu'ils révèlent

Les deux partis partagent un diagnostic : la réforme soumise par l'exécutif ne va pas assez loin. Mais leurs réponses divergent.

Le SDF ancre son amendement dans la fracture anglophone-francophone. Proposer un vice-président élu sur le même bulletin que le président, en représentant les deux composantes linguistiques du pays, c'est faire de la question anglophone un enjeu constitutionnel central. C'est aussi répondre directement à la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 2017.

L'amendement sur le genre va plus loin encore. Il ouvre formellement la candidature présidentielle à toute personne, quel que soit son genre. C'est une première dans le débat constitutionnel camerounais.

Le PCRN, lui, cible la durée et la transmission du pouvoir. Un mandat de 7 ans renouvelable une seule fois, c'est une limitation explicite à deux mandats. Et la proposition de soumettre la nomination du vice-président à validation parlementaire introduit un contrepoids institutionnel inédit face à l'exécutif.

Comment ces mécanismes fonctionneraient concrètement

L'amendement SDF sur le vice-président élu se définit comme un ticket présidentiel à représentation duale : les deux candidats figurent sur le même bulletin, l'un anglophone, l'autre francophone. Ce modèle s'inspire d'expériences existantes en Afrique de l'Est et en Amérique latine.

La proposition PCRN sur la limitation des mandats présidentiels s'appuie sur un mécanisme en deux temps. D'abord, fixer la durée à 7 ans. Ensuite, bloquer le renouvellement au-delà d'un second mandat. La validation parlementaire de la nomination du vice-président ajoute une couche de contrôle législatif sur une prérogative aujourd'hui entièrement présidentielle.

Ces deux logiques convergent vers un objectif commun : encadrer l'exercice du pouvoir exécutif par des garde-fous institutionnels que la Constitution actuelle ne prévoit pas.

Ce que ces amendements changent maintenant et dans dix ans

À court terme (6-12 mois), ces propositions seront vraisemblablement rejetées ou ignorées par la majorité parlementaire RDPC. Leur portée immédiate est donc politique, pas législative. Elles permettent à l'opposition de prendre position publiquement sur la réforme constitutionnelle et d'alimenter le débat national.

Mais leur impact symbolique est réel. En formalisant la question anglophone, la limitation des mandats et l'ouverture du genre dans une procédure constitutionnelle officielle, SDF et PCRN créent un précédent documenté.

À moyen terme (3-5 ans), ces amendements pourraient servir de socle à une plateforme commune de l'opposition pour le prochain cycle électoral. La réforme constitutionnelle camerounaise de 2026 devient ainsi un marqueur : elle fixe ce que l'opposition voulait et ce que la majorité a refusé d'entendre.

La question du vice-président, en particulier, reviendra. Elle est directement liée à celle de la succession, que le pays devra tôt ou tard régler.

L'opposition peut-elle peser sans majorité ?

Un amendement rejeté n'est pas un amendement sans effet. Dans un débat constitutionnel, ce qui est proposé, débattu et consigné compte autant que ce qui est adopté.

Le SDF et le PCRN ont choisi de faire de ce Congrès du Parlement un espace de proposition, pas seulement de résistance. La vraie question est de savoir si cette stratégie parlementaire suffira à peser sur la suite ou si elle restera lettre morte face à une majorité structurellement acquise au pouvoir en place.

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