Constitution camerounaise : Biya crée un vice-président et réécrit la succession en quatre jours
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Un tournant constitutionnel en temps réel

Quatre jours. C'est le délai que Paul Biya s'est accordé pour modifier la Constitution camerounaise en vigueur depuis 1972. Le congrès du Parlement s'est ouvert ce 2 avril 2026 à Yaoundé. L'adoption est programmée pour le 5 avril.

Ce qui se passe

Le 2 avril 2026, le Parlement camerounais s'est réuni en congrès à Yaoundé sur initiative de Paul Biya. À l'ordre du jour figure une révision constitutionnelle portant sur les mandats électifs et l'introduction d'un poste de vice-président. L'adoption est attendue le 5 avril à 16 heures.

La session extraordinaire réunit l'Assemblée nationale et le Sénat au Palais des verres de Ngoa Ekelle. Le calendrier est précis : séance solennelle d'ouverture le 2 avril, travaux en commission spéciale de trente membres les 3 et 4 avril, séance plénière d'adoption le dimanche 5 avril.

Les documents photographiés et transmis constituent le texte même du projet soumis au congrès. Ils révèlent le contenu précis de cette révision constitutionnelle camerounaise avant son adoption formelle. L'article 5 nouveau dispose que le Président de la République "peut être assisté d'un Vice-Président". L'article 10 nouveau précise que ce vice-président est nommé par le chef de l'État, qui lui délègue certains pouvoirs et met fin à ses fonctions. En cas de vacance de la présidence, le vice-président achève le mandat en cours.

Pourquoi maintenant

La révision constitutionnelle camerounaise était préparée depuis plus d'un an par les services de Paul Biya, sous la coordination du secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh. La réélection de Biya en octobre 2025, à 92 ans, pour un huitième mandat consécutif, a rendu la question de la succession impossible à différer davantage.

La Constitution actuelle prévoit qu'en cas de vacance du pouvoir, l'intérim est assuré par le président du Sénat. La création d'un poste de vice-président viendrait profondément modifier cet équilibre institutionnel.

Le projet retient l'option de la nomination du vice-président par le chef de l'État comme en Côte d'Ivoire et non l'élection en duo avec le président, comme au Bénin. Ce choix est déterminant : il concentre la décision de succession dans les mains du seul Biya, sans aucun suffrage populaire.

Les mécanismes du texte

Le projet révèle une architecture de pouvoir précise. L'article 6 nouveau confirme le mandat présidentiel de sept ans, renouvelable sans limitation explicite. L'article 10 nouveau organise une chaîne de délégation : le président nomme le vice-président, lui fixe ses attributions, et peut y mettre fin à tout moment. L'article 53 nouveau soumet le vice-président à la juridiction de la Haute Cour de Justice en cas de "complot contre la sûreté de l'État".

La disposition la plus structurante est l'article 6 alinéa 6 du projet : en cas de vacance définitive, le vice-président achève le mandat présidentiel. C'est une rupture majeure avec le droit constitutionnel camerounais actuel, qui confiait cet intérim au président du Sénat jusqu'à une nouvelle élection.

Deux dispositions structurent le projet soumis au congrès : la consolidation constitutionnelle des prorogations de mandats déjà appliquées, et l'introduction du poste de vice-président. Ces deux éléments combinés font de ce congrès un moment de bascule institutionnelle.

Les enjeux des prochains mois et des prochaines années

À court terme, l'adoption du texte le 5 avril ouvre immédiatement la question de la désignation du vice-président. Selon certains analystes, cette révision ferait basculer le Cameroun d'un régime strictement présidentiel vers un régime hybride, ce qui soulève un problème de légitimité dans un contexte de résultats présidentiels contestés.

L'opposition camerounaise pointe une contradiction fondamentale : le même Parlement dont le mandat a été prorogé deux fois sans vote populaire est celui qui adopte une révision constitutionnelle majeure. Chaque modification constitutionnelle adoptée par un Parlement à majorité mécanique renforce la position de l'exécutif et réduit l'espace de contestation légale.

À moyen terme, sur trois à cinq ans, la vraie question est celle du successeur désigné. Le vice-président du Cameroun, s'il est nommé dans les semaines suivant l'adoption du texte, deviendra de facto le dauphin constitutionnel d'un président de 92 ans. Ce choix façonnera la trajectoire politique du pays pour une génération.

Qui choisira le prochain président du Cameroun ?

La révision constitutionnelle camerounaise de 2026 répond à une question que personne n'osait poser officiellement : que se passe-t-il après Biya ? Elle y répond en donnant à Biya seul le droit de désigner son successeur, sans élection, sans débat, dans le cadre d'une nomination présidentielle.

La démocratie formelle est respectée un congrès vote, des articles sont modifiés. Mais la substance du choix revient à un homme de 92 ans, au pouvoir depuis 1982, face à un Parlement dont le mandat est lui-même contesté. Dans ces conditions, qui détient réellement la légitimité de réécrire la loi fondamentale d'un pays de 29 millions d'habitants ?

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