Atanga Nji veut donner à Biya un pouvoir illimité sur les élections
CAMEROUN :: POLITIQUE

CAMEROUN :: Atanga Nji veut donner à Biya un pouvoir illimité sur les élections :: CAMEROON

Un ministre, une phrase, un projet de loi qui change tout

Un ministre de l'Administration territoriale en visite protocolaire. Une déclaration de loyauté assumée. Et un projet de loi qui redéfinit en profondeur les règles du jeu électoral au Cameroun. Paul Atanga Nji a dit beaucoup en peu de mots.

Ce qui s'est passé ce lundi à l'Assemblée nationale

Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale (MINAT), s'est rendu lundi au siège de l'Assemblée nationale camerounaise pour rencontrer le nouveau président de l'institution, Datouo Theodore, fraîchement élu à ce poste. La visite était protocolaire. Les déclarations, elles, ne l'étaient pas.

À l'issue de la rencontre, Atanga Nji a prononcé une phrase qui a immédiatement circulé : "Le président Paul Biya nous connaît tous, un par un, et il garde une conscience attentive de chaque individu." Une affirmation de loyauté personnelle, formulée publiquement, dans un contexte institutionnel précis.

Le ministre a également pris position sur un projet de loi de révision du code électoral de 2012, en cours d'examen. Ce texte prévoit d'accorder au président de la République des pouvoirs illimités pour reporter les élections locales.

Pourquoi cette prise de position est politique

La conjonction des deux éléments déclaration de loyauté personnelle et défense d'un texte concentrant les pouvoirs électoraux n'est pas anodine. Atanga Nji ne défend pas un simple ajustement technique. Il défend une architecture de contrôle.

Le code électoral camerounais de 2012 encadrait les délais et conditions dans lesquels les élections locales pouvaient être reportées. Le projet d'amendement en discussion efface ces garde-fous. Il substitue à un cadre juridique défini une prérogative présidentielle discrétionnaire et sans délai imposé.

Dans un système politique où les élections locales structurent les rapports de force entre le centre et les périphéries, cette modification n'est pas neutre. Elle centralise davantage une décision déjà concentrée.

La révision électorale au Cameroun

La révision du code électoral se définit comme une procédure législative permettant de modifier les règles régissant l'organisation, le calendrier et les conditions de validité des scrutins. Au Cameroun, ce pouvoir appartient à l'Assemblée nationale, dont la composition reflète la majorité présidentielle.

Le projet en cours ne supprime pas les élections locales. Il déplace le curseur décisionnel. Donner au président des pouvoirs illimités de report signifie qu'aucun délai maximal ne s'impose à lui. Une élection peut être indéfiniment différée sans violation formelle de la loi, dès lors que ce texte est adopté.

Datouo Theodore, nouveau président de l'Assemblée nationale, reçoit ce dossier dès sa prise de fonction. La visite d'Atanga Nji intervient précisément à ce moment. La séquence est construite.

Ce que ce texte change dans les prochains mois et les prochaines années

À court terme, dans les six à douze prochains mois, l'adoption de ce texte modifie le rapport de force entre le pouvoir central et les élus locaux. Les maires et conseillers municipaux dont les mandats arrivent à terme n'auront aucune garantie légale de voir leur renouvellement s'organiser dans un délai contraignant.

Le pouvoir illimité de report des élections locales crée une dépendance accrue des collectivités territoriales vis-à-vis de l'exécutif central. Les équilibres politiques régionaux deviennent plus facilement pilotables depuis Yaoundé. L'opposition locale perd un levier d'alternance prévisible.

La formulation d'Atanga Nji sur la conscience qu'aurait Paul Biya de chaque individu prend alors une résonance différente. Ce n'est pas une figure rhétorique. C'est une description du fonctionnement réel du système.

Jusqu'où peut aller la concentration du pouvoir électoral ?

La question que pose ce projet de loi est simple et radicale : une démocratie peut-elle fonctionner sans calendrier électoral garanti par la loi ? Le Cameroun est en train d'y répondre par la voie législative. La réponse qu'apportera l'Assemblée nationale de Datouo Theodore dira beaucoup sur l'état réel des contre-pouvoirs institutionnels dans le pays.

Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp 

Lire aussi dans la rubrique POLITIQUE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo


L'actualité en vidéo