Shanda Tonme explique le mécanisme de mise en œuvre pour la sanction contre un diplomate camerounais
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Shanda Tonme explique le mécanisme de mise en œuvre pour la sanction contre un diplomate camerounais :: CAMEROON

SANCTIONS DEONTOLOGIQUES DANS LA FONCTION DIPLOMATIQUE

Eléments de consécration théorique, fondement et principe doctrinal  et mécanismes de mise en oeuvre

Comprendre la relève d’un diplomate camerounais

Une fois n’est pas coutume, le Ministère des Relations extérieures, outil d’application et de suivi des grandes orientations de la politique internationale du Cameroun, a récemment procédée au rappel d’un diplomate qui occupait le poste de chef de l’antenne de liaison installée dans la métropole de Douala, capitale économique et pôle important de mouvements diplomatiques de diverses natures. En dépit du fait que le jeune diplomate assumait ses fonctions sous la supervision du Gouverneur de la région, principal représentant du chef de l’Etat, il jouissait dans la pratique, du statut de chef de mission, par simple extension implicite, des prérogatives de représentation opérationnelles dérivées. Sa relève est donc suffisamment grave dans les usages diplomatiques. Comment comprendre ?

Premièrement, la diplomatie demeure une science complète articulée sur des prescriptions modulables selon que les considérations à la fois bilatérales et multilatérales, épousant des paramètres sous régionaux, régionaux et universelles.

Deuxièmement, il n’existe pas dans la pratique diplomatique, des normes réellement générales, puisque même si les conventions de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques et de 1963 sur les relations consulaires, établissent des référentiels communs, un droit et des devoirs instituant toutes sortes de prérogatives, de facilités et d’immunités, le droit des traités de 1969, en consacrant la notion de réserve, banalise finalement toutes ces acceptions et relativise les bénéfices.

Troisièmement, le diplomate arrive dans sa présentation et le déploiement de son talent professionnel, non pas en expert et électron libre mais concrètement en exécutant servile, dépossédé de toute autonomie personnelle ainsi que de toute fierté ostentatoire. Il n’a de personnalité que la volonté, la voix, le sens et les ambitions des intérêts nationaux de son pays. Il n’a d’exemple et de référence que la pensée du maître de l’exécutif. Sa bible, son coran, ses cahiers de devoirs, sont ce que lui en enseignent et renseignent la place de son pays, ses intérêts et son histoire sur la scène internationale.

Quatrièmement, le diplomate n’a donc ni opinion propre, ni individualité privée, il est instrument et serviteur, servile et esclave, porteur d’eau et messager. Prendrait-il la parole de manière indépendante ? C’est non, il est astreint à une permission, et à propos de permission, il doit lui-même en construire trop souvent la mécanique et les termes dans son esprit. Allons, s’il est invité à s’exprimer sur un sujet, que fait-il ? Mais il se réfère à sa hiérarchie. Et si d’aventure il est pris de court, alors il connaît la musique des intérêts nationaux. Bien plus, il sait de qui, de quoi et comment, il peut se permettre des libertés de parole et de pensée somme toute relatives.

Cinquièmement, dans la galaxie mondiale, lire le caractère bilatéral ou multilatéral d’une préoccupation, suppose pour le diplomate, de situer la quintessence par rapport à l’intensité, la force et l’importance tactique ou stratégique, des implications sur les relations qu’entretient son pays, avec chacune des nations. Où en sommes-nous avec tel ou tel nation, et quelle est la ligne, qu’elles sont les orientations, les antécédents, les ambitions, les perspectives et les risques ?

En tout état de cause, se taire, s’éclipser ou divertir, en lieu et place de s’exprimer, peut devenir la règle de survie, la preuve du talent professionnel et le salut de la préservation de la carrière. Dans le cas d’espèce du diplomate relevé, il a fait l’objet d’une sanction résultant d’un risque de bavardage hasardeux, sur une préoccupation de l’heure sur la scène internationale, mettant directement en cause, et de façon négative un partenaire crucial de son pays. Le partenaire dont il s’agit, appartient au premier cercle stratégique des considérations diplomatiques du Cameroun. Il a payé le prix du franchissement inacceptable d’une ligne rouge connue. C’était tout simplement suicidaire pour lui, immature et inconcevable à ce niveau de responsabilité. En effet même un tout petit mot sortant de la bouche d’un diplomate, peut compromettre la stabilité d’une nation, ruiner ses intérêts nationaux, menacer sa sécurité et celle de ses dirigeants, attenter à son unité nationale et à la propriété de ses richesses et ressources naturelles. Dans son essence première, le vrai diplomate professionnel est un genre esclave. On le préfère même meut pour une efficacité optimale. Au-delà de la réserve, c’est un dogme professionnalisant.

La carrière de diplomate s’accommode mal des excitations, des anticipations dogmatiques des brutalités verbales. C’est un art complexe autant de prestiges incolores et inodores, que de charismes et d’intelligences contrôlées. Deux figures, William Aurèlie Eteki Mboumoua pour le Cameroun, Henry Kissinger pour les Etats Unis et Andrei Gromyko pour la Russie sont quelques symboles mémorables./.

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