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© Correspondance : Ndjama Benjamin
- 16 Mar 2026 08:55:10
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MONDE ENTIER :: La guerre entre l’Iran et la coalition Américano-Israélienne : Le lexique de l’affrontement :: WORLD
La guerre entre l’Iran et la coalition Américano-Israélienne : Le lexique de l’affrontement comme système de narration géopolitique
L’émergence d’un lexique politique très structuré et facilement identifiable est l’une des dimensions de la guerre qui oppose l’Iran à la coalition Américano-Israélienne. Il s’accompagne d’un discours où fleurissent : Menaces, exagération des faits (notamment des victoires qu’on s’attribue), manipulation des symboles… Les phrases sorties de ce discours sont truffées de raccourcis et de simplifications. La justification de l’affrontement par les acteurs ne fait pas l’économie des catégories religieuses. L’ennemi est souvent identifié au mal absolu.
A qui s’adresse ce discours ? Et quelle est sa fonction ? Il vise à rassurer le public. Il peut aussi servir à déstabiliser l’adversaire, à fragiliser ses liens avec ses soutiens éventuels.
Ce texte essaye de rendre compte du lexique propre aux différents protagonistes de ce conflit. Nous verrons que chaque protagoniste mobilise des registres mentaux qui disent beaucoup sur son identité comme nation et sa position dans l’histoire mondiale.
Certains schémas rhétoriques s’imposent comme centraux. Au nombre de ceux-ci on retrouve :
1 -La démonisation de l’ennemi
Le régime Iranien est désigné comme terroriste par les Etats-Unis. Du côté de Téhéran, l’Amérique est présentée comme le grand Satan.
2-La légitimation de la guerre
Elle puise tour à tour dans la menace nucléaire et le registre identitaire de la promotion de la démocratie au nom d’un projet civilisationnel.
Le vocabulaire du conflit Iran–Israël/États-Unis n’est pas seulement propagandiste. C’est aussi un système de narration géopolitique : chaque formule encode une vision du monde (impérialisme vs résistance, démocratie vs théocratie).
Mots et expressions du lexique
1-L’usage récurrent du terme, « menace »
La notion de « menace » est au cœur de la rhétorique déployée dans ce conflit. On parlera de « menace existentielle » pour signifier que le programme nucléaire Iranien met en danger l’existence d’Israel. Présenter l’Iran comme une « menace existentielle » sert aussi à légitimer une attaque préventive.
« La menace » est centrale pour légitimer une action, mobiliser les opinions publiques, créer une dissuasion.
La notion de « menace » fonctionne dans ce conflit comme un outil narratif stratégique. Chaque camp y puise à sa manière.
2- « Sans précédent », une formule rhétorique
Décrire la moindre attaque comme étant « sans précédent » est devenu un exercice quotidien de la communication de guerre depuis le début des affrontements entre l’Iran et la coalition Américano-Israélienne.
On parle souvent des frappes d’une ampleur « sans précédent ». L’expression est utilisée pour signaler une escalade, marquer une rupture historique dans la nature des affrontements. Souvent utilisée après une frappe aérienne, la formule sert à marquer l’opinion publique, à entretenir l’impression qu’on est entrain de gagner le combat, car il faut bien le dire, une guerre se gagne aussi dans les perceptions de ceux qui l’observent au quotidien. Dire d’une frappe qu’elle est « sans précédent » permet aussi de contrôler le récit car chaque camp veut imposer sa version de l’escalade.
On retrouve dans la rhétorique de cette guerre d’autres formules ayant une fonction analogue et cherchant toute à diffuser une impression d’ascendance militaire dont bénéficierait un camp bien précis. On parlera de « frappe massive », « d’escalade majeure », « d’attaque historique ».
La formule « sans précèdent » utilisée pour qualifier une attaque commence à devenir suspecte lorsqu’elle est utilisée tous les jours. C’est à partir de ce moment qu’on se rend compte qu’elle sert souvent à désigner des évènements comparables qui ont déjà eu lieu. La supercherie de la formule est dès lors démasquée.
Présenter chaque frappe comme étant « sans précédent », fait partie du rituel discursif de la guerre.
Au-delà des similarités de langage entre les différents protagonistes de ce conflit, certaines singularités ont été identifiées chez chacun d’eux.
Donald Trump
On a constaté chez Donald Trump l’usage intensif du superlatif et de l’hyperbole : « like nobody has ever seen bofore » ; « the biggest ever »..
Ces formules présentent chaque évènement comme « le plus grand » , « le plus important de l’histoire ».
1-La technique de l’hyperbole politique
La technique de l’hyperbole politique consiste à exagérer volontairement un évènement pour produire un effet d’impact. Elle sert à produire un récit de victoire permanente.
« Nobody has done more than we have »
« The greatest economy in the history of the world »
Des phrases de ce genre ne sont pas rares dans les discours de Donald Trump.
Le recours systématique au superlatif chez Trump n’est pas seulement un tic de langage. C’est une stratégie de communication politique, héritée du marketing et de la télévision, visant à construire l’image d’un leadership exceptionnel aux succès « historiques ».
Le recours à une stratégie de communication politique qui utilise beaucoup l’hyperbole et le superlatif pour construire un récit n’est pas exclusif à Donald Trump. Il a été courant chez les acteurs politiques américains de premier plan. On peut donc penser qu’il dit beaucoup sur la manière dont la société Américaine se perçoit elle-même par rapport aux autres nations.
La rhétorique des responsables de la révolution Iranienne
Dans la rhétorique des responsables de la révolution Iranienne la guerre au nom de la nation a une signification morale et religieuse. La possibilité de laisser sa vie dans un combat comporte une dimension sacrificielle. Ceux qui meurent pour la nation sont des martyrs.
1-La dichotomie opprimés/oppresseurs
Il a été constaté en outre que les responsables de la révolution Iranienne jouent beaucoup sur la dichotomie Opprimés/Oppresseurs. La réappropriation de ce clivage venu du marxisme permet d’attribuer à l’Iran la fonction de défenseur des peuples opprimés et à donner à un conflit régional une coloration de lutte universelle contre l’injustice.
2-L’image de l’ennemi dans la représentation iranienne
- Le grand Satan
La désignation de l’ennemi mobilise souvent la catégorie religieuse. C’est ainsi que les Etats-Unis seront qualifiés de grand Satan.
- L’arrogance mondiale
Persuadées de ne pas échapper la condescendance que subie occasionnellement une grande partie du monde non-occidental, les élites Iraniennes ont pris l’habitude de désigner l’adversaire impérialiste en terme « d’arrogance mondiale ».
3-La représentation de la résistance comme un axe et un processus historique
La résistance Iranienne n’a jamais été perçue comme une démarche solitaire mais comme située dans un « axe de la résistance » qui réunit plusieurs alliés régionaux opposés à l’Etat sioniste. Elle est aussi perçue comme un processus historique long et inévitable au cours duquel on va vivre le déclin de l’occident.
La rhétorique des responsables Israéliens
1-L’évocation de la Shoah comme rituel rhétorique
La Shoah est une référence majeure de la rhétorique des responsables Israéliens. Evoquer le génocide juif permet de mettre en garde contre le retour possible des drames du passé. C’est ce qu’on a appelé la doctrine « du plus jamais ça ». Dans ce contexte le souvenir de l’holocauste devient un enjeu de sécurité nationale. C’est ainsi qu’il sera instrumentalisé pour justifier des frappes préventives.
2-La prise en otage des valeurs démocratiques
Elle a souvent lieu dans un contexte où Israel est présenté comme la seule démocratie du Moyen-Orient. Les auteurs de ce discours font une identification entre les valeurs démocratiques et les valeurs occidentales. C’est ainsi qu’Israel parvient à endosser la responsabilité de défendre les valeurs occidentales au Moyen-Orient. Cette responsabilité attribuée à Israel comporte dès lors une charge identitaire très forte. Les combats d’Israel deviendront automatiquement les combats de l’occident.
Nous sommes là devant une prise en otage des valeurs démocratiques. Car c’est au nom d’une mission historique attribuée à Israel pour défendre les valeurs démocratiques dans la région que beaucoup de commentateurs en Europe fermeront les yeux devant des massacres de masse (où meurent femmes et enfants) au motif qu’ils sont commis par une démocratie.
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