LA PROCHAINE COUPE D'AFRIQUE DES NATIONS ET LES LIONS INDOMPTABLES: UNE CHRONIQUE DE CALVIN DJOUARI: ECRIVAIN
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FRANCE :: LA PROCHAINE COUPE D'AFRIQUE DES NATIONS ET LES LIONS INDOMPTABLES: UNE CHRONIQUE DE CALVIN DJOUARI: ECRIVAIN

« Une compétition comme celle qui va s’organiser au Cameroun n’est pas une question de vie ou de mort, elle est beaucoup plus que cela. »

Le football est une passion qui traverse la vie du Camerounais. Ce sport commence à son adolescence, et mobilise son existence d’adulte jusqu’ à la fin de sa vie. Son dernier mot sur son lit de mort est souvent prononcé pour la continuité du football parce que c’est ça qui l’a rendu vraiment heureux d’être camerounais. Au Cameroun, le football est une fête. Le Camerounais n’oublie aucun match qu’il a vu. Il a en tête le souvenir de 1972 et surtout l’image du but de Bono le sorcier marqué contre le Cameroun à la 31e minute. A chaque fois qu’il regarde le but d’Oman Biyick contre l’Argentine ou la course du grand Roger Milla devant Higuita après lui avoir arraché le ballon, il sourit, se rend au bar d’en face pour faire quelques commentaires et dormir tranquille.    Le football possède un impact non-négligeable dans son existence au quotidien. Le Camerounais est d’abord un homme viril dans son esprit, il incarne les valeurs nobles par sa pugnacité, par son audace et sa persévérance.

C’est un homme mentalement solide. Il est difficile de le défier sur le plan mental, ceci remonte à la période esclavagiste. Des témoignages des faits historiques relatent que la plupart des esclaves d’origine camerounaise ont donné du fil à retordre aux maîtres. Certains préféraient tomber dans l’eau. Et quand ils avaient les possibilités, ils tuaient leur maître.    

Les Camerounais quand ils veulent, ils le peuvent, quand ils sont unis, ils sont forts et très forts. Le football entre est un fait social chez nous indéniable. Cette place qu’il a dans la société camerounaise va grandissante ; il y a dans le mental des Camerounais une attitude du dépassement de soi. Ce tempérament fait  gagner des matchs décisifs à l’extérieur. Les équipes comme le Canon de Yaoundé, Union de Douala, Dynamo de douala, Tonnerre ou encore Dihep ndi kam sont des preuves de l’âme camerounaise, depuis que ces équipes ne sont plus là, la vie footballistique au niveau du Cameroun a perdu sa ferveur d’antan. Il faut donc y réfléchir.

C’est pourquoi j’aime toujours parler du passé comme dans la musique ou du vin. Le football camerounais est dans une conjoncture historique.  Le Cameroun organise une compétition en pleine crise interne. Avant de m’asseoir un jour dans les mille et un commentaire suscité par cette compétition, voici quelques conseils présentés un peu, j’e m’en excuse, dans le désordre.

Le Cameroun a derrière lui une carrière riche intense qui a marqué le monde entier et la vie de chaque citoyen africain. Toute la vie. On a parlé du Cameroun au fin fond de la chine, dans les bas-fonds du Brésil, c’est l’équipe la plus fascinante au monde du football par ce qu’elle a souvent présenté des multiples visages positifs et négatifs. On peut être un héros médiocre comme je vais le démontrer après avoir fait de grandes prouesses inoubliables.   

Pour les situations positives, je commence par 1982 lors de son premier match, le Cameroun aurait gagné le Pérou si l’arbitre n’avait pas refusé un but clair de Roger Milla. C’est l’équipe qui égalisa le but devant l’Italie championne du monde après 45 secondes du but de celle-ci.

C’est cette équipe qui gagnera l’Argentine championne du monde  dans un match d’ouverture. Après avoir marqué son but à 10 contre 11, elle gagnera à 9 contre 11 ce jour-là. C’est toujours cette équipe qui remportera la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sydney devant l’Espagne, après avoir éliminé le Brésil dans un match resté épique, parce que réduit à 9 contre 11, elle finira par remporter le match sur un   but de Mbami. Dans les équipes du Cameroun, il y a toujours eu comme disait son mentor, la science du jeu, la technique individuelle et la rage de vaincre.   

C’est l’équipe qui a révolutionné le football africain et mondial ; par le seul fait de jouer contre elle, tous les adversaires se préparent à fond. Que ce soient les équipes africaines, européennes, asiatiques ou d’Amérique latine lorsqu’un pays sait qu’il jouera contre le Cameroun, il va en stage de haut niveau, pour les pays africains, il s’agit de se mesurer aux lions et pour le reste du monde, il faut éviter devant les Camerounais une éventuelle humiliation, car le Cameroun est un pays habitué à humilier les grandes équipes. Tout le monde sait que si Marc Vivien Foé n’était pas mort en pleine compétition en 2003, nous aurions remporté la coupe des confédérations. Le moral des Camerounais était au plus haut le jour de la finale de cette coupe, mais il leur manquait l’âme des victoires parce qu’à près la mort de leur coéquipier bien-aimé, la coupe n’offrait plus aucun intérêt ; il remplissait leur devoir sans l’âme conquérante et jouait par tradition chevaleresque.  

Le lion est un animal terrible ; quand il est jeune, il est beau, il est superbe, il est flamboyant. Mais c’est aussi un animal qui a des revers, il peut décevoir et décevoir très mal ; c’est ainsi qu’on verra les lions encaisser 6 buts devant l’ex URSS ; le Cameroun a fait changer les règles du football au cours d’un match resté mythique contre l’Angleterre, le staff de la FIFA décida de changer le ballon, pendant le match, et après ce changement, les Camerounais se voyaient malmenés. Qu’y avait-il dans ce premier ballon ? On parle des faits magiques, souvent inexplicables. Toujours est-il que Roger Milla s’était opposé à ce changement de ballon. C’est après cela que les Anglais ont égalisé.   

Le Cameroun a aussi présenté une face lugubre, en plein match ; deux coéquipiers se sont accrochés sur le stade, l’image a fait le tour du monde. C’est à cause du Cameroun qu'on a plusieurs ballons dans un   stade au cours d’un match, c’est à cause du Cameroun qu’un coéquipier ne renvoie plus le ballon à son gardien. Thomas et Nkono et Emmanuel Kundé avaient exagéré pendant la coupe du monde 90. D’une manière ou d’une autre, leur comportement apporta un changement positif dans le monde du football et ceci rendit le football conquérant et plus fulgurant. L’équipe camerounaise est une équipe extraordinaire ; elle a gagné des matchs épiques, par exemple, contre le Nigeria en 2000.

Il faut être le Cameroun pour avoir le mental dans un match d’une telle envergure, si on demandait à 100 millions de Nigérians, ils auraient juré par tous les dieux que le Cameroun ne remportera pas une partie sur leur stade. Mais c’est le Cameroun qui marquera les premiers et à deux reprises. Un autre match épique fut contre la Côte d’Ivoire pour la coupe du monde en 2006, à Abidjan. L’équipe ivoirienne sentant ses faiblesses limitées, s’était rendue une semaine plutôt chez le cardinal Agréeh pour des prières et des bénédictions. Pour les Ivoiriens il fallait des prières pour gagner un tel match et la prière eut raison non pas dans ce match qu’ils espéraient mais dans un match inattendu.

C’est comme ça la prière, elle agit là où on ne s’y attend pas. Le Cameroun gagne ce jour la Côte d’Ivoire et la fait dormir très tôt comme avait dit le meilleur des lions.     

Ce rappel historique me plonge tout droit dans l’actualité. Ce qu’on doit savoir, c’est qu’une rencontre de football, est une éternelle renaissance, mais aussi une succession d’instants immuables dans la mémoire à cause de l’esthétisme du jeu. Jouer au football est avant tout une affaire de comportement, on juge l’éthique d’un joueur sur un stade, un joueur comme Georges Weah sur le stade nous faisait déjà percevoir la discipline qui était le sien. Il était calme, courtois, concentré dans le match et il prenait ses adversaires comme ses camarades dans un même sport.

À partir de là, on peut voir l’avenir d’un joueur. Sur le stade, un joueur doit incarner des valeurs augustes. La tête de Zidane ne fut pas une bonne tête parce que c’est ça que les spectateurs retiennent jusqu’à ce jour. Le football, c’est le travail. Il y a des joueurs sur le stade qui savent qu’ils marqueront ou alors il sera déterminant au cours d’un match. C’est ça le miracle du football.    

Le joueur de football est marqué aussi par le temps, chaque fois qu’il reçoit le ballon, il doit faire son jeu parce qu’au cours d’un match, un joueur touchera le ballon au trop pour 5 minutes, ce que le spectateur ne sait d’ailleurs pas. Un joueur ne touche le ballon en tout et pour tout dans un stade que pour 5 minutes, le reste de temps, il court sur le stade. Il est rare de voir un joueur contrôler le ballon pour plus de trente secondes, il a quelques secondes pour expédier la balle à ses coéquipiers après, il doit chercher à se démarquer.

Dans un tournoi comme celui qui va bientôt commencer au Cameroun, les camerounais doivent savoir qu’ils ont rendez-vous avec eux-mêmes. Il y a 23 joueurs, mais chacun est seul avec soi-même, dans sa chambre d’hôtel, absent des regards, et des passions du public, on regarde avec conscience la magie de notre maillot, la seule fidélité qu’on a avec soi-même, c’est l’amour de son art, et son destin pour demain. Car c’est pour son destin qu’on est là et à travers nous le destin d’une nation.

A écouter le ministre du sport monsieur Narcisse Mouellé Kombi, dernièrement sur les antennes de la CRTV, il a été clair : le footballeur, les dirigeants, les encadreurs, les spectateurs, doivent servir de modèle à la jeunesse, il s’agit de l’intérêt supérieur de la nation. C’est dire que chaque acteur doit administrer une leçon de civisme autour de lui pour le rayonnement du sport roi.

Dans moins deux mois, nous allons recevoir le monde entier chez nous. À l’heure actuelle, en tant que camerounais, je ne peux dresser un tableau morbide du sport camerounais qui est d’ailleurs élogieux. Je dois comme chroniqueur me soucier de montrer au Camerounais, la liberté, la joie qu’ils ont à vivre une telle fête dans leur pays. Il est temps de montrer la face lumineuse de notre pays, les gens ne viendront pas seulement voir nos beaux stades, mais aussi s’imprégner de notre vie quotidienne.

Un acte maladroit d’un Camerounais pendant la compétition va rejaillir sur tout le monde entier. Pendant la compétition tout le monde doit être acteur ; il ne faut pas attendre les victoires, il faut participer à cette victoire, d’abord en se rendant au stade soutenir l’équipe, l’encourager dans ses erreurs, l’encadrer moralement.   

Le Cameroun est un grand pays de football, tout le monde le sait, aucun pays ne viendra pour jouer l’essentiel, chaque pays se préparera au maximum et certains viennent avec des mauvais souvenirs que le Cameroun leur a fait infliger chez eux.

Il faudra faire attention, des pays orgueilleux en matière de football comme le Nigeria arrive au Cameroun en terrain conquis. Ils ont toujours l’impression qu’il joue chez eux quand ils sont au Cameroun. C’est leur caractère. L’Egypte sait qu’il brise toujours le signe indien devant les Camerounais. Si les Camerounais disent, nous sommes chez nous et nous n'allons pas nous préparer pas à fond, qu’ils soient sûr de perdre les rencontres.

Lors du match contre la Côte d’Ivoire, dernièrement, on a vu les joueurs camerounais après leur but en train de faire des signes aux spectateurs de les encourager. Les joueurs ne doivent pas faire cette demande. Chaque camerounais qui va au stade doit être comme une mamelle nourricière, il doit enlacer ses joueurs, danser, crier propulser ses actions.    

Quand un joueur reçoit les acclamations du public, il persévère dans son action avec ses belles passes et évite les mauvaises, le spectateur doit montrer son amour authentique et montrer le flair play en applaudissant aussi les belles prestations de l’équipe adverse. Les encouragements du spectateur sont le miracle du football, ils doivent être intensifs pour son équipe dans une compétition d’envergure comme celle qui arrive bientôt. Si on ne veut pas qu’une compétition en cache un autre, il faut d’abord qu’on soit soudé derrière notre équipe nationale.

Nous devons être conscients de l’immense tâche qui nous attend. Notre degré de notoriété est assez grande. Avec les stades que nous avons, il faut une rénovation de nos idées, ce sont les stades d’un projet ambitieux, c’est une grande entreprise puisque ça procure tous les jours du travail, tout a été bien fait pour la grandeur de notre équipe nationale et de notre pays.  Le football, c’est d’abord l’humanisme.

Le Cameroun vient de montrer qu’il approuve les performances et les qualités humaines de ses sportifs, parce que ces stades sont des stades olympiques, il s’agit globalement de plusieurs sports, qui y seront pratiqués ; ceci montre que c’est un lieu de rassemblement pour une école humaine de la vie. Ces stades forces l’admiration, le Cameroun a fait des exploits dans le monde du sport, ses souvenirs sont passionnants. On peut mesurer son chemin parcouru et on sait que si souvent, il existait toujours de la discipline le Cameroun aurait déjà remporté une coupe du monde, oui, je dis bien une coupe du monde, parce qu’elle a eu en 2002 l’une des meilleures équipes de sa vie.

Mais l’équipe était divisée en deux groupes opposés. Sportivement, une équipe qui a deux camps ne va jamais loin. C’est pourquoi il faut qu’il évite les joueurs leaders qu’on vénère comme des dieux, ça détruit une équipe, tous les joueurs ont de l’importance. Ce sont dix joueurs qui contrôle le ballon pour qu’un seul joueur marque le but. La victoire doit être non pas pour un seul joueur, mais pour toute l’équipe.  

Il faut éviter les confusions dans les équipes. Le football ne doit pas être un sujet de rivalité politique, il y a une politique sportive, qui a d’ailleurs permis au Cameroun d’arriver au plus haut niveau, mais elle doit rester en dehors de la pelouse. Le spectateur n’a que faire de la politique, il soutient son joueur et suit son équipe, c’est suffisant pour être heureux.

Notre pays a eu des légendes, Mbappé Moumié François Leppé, Roger Milla, Manga Onguene, Oman Biyick, Etoo fils, Thomas Nkono et  Bell jojo Antoine le footballeur intellectuel.

Une compétition comme celle qui va s’organiser au Cameroun n’est pas une question de vie ou de mort, elle est beaucoup plus que cela. L’enjeu n’est plus humain, il est homérique.

On attend le premier tir du joueur Camerounais qui marquera le but… Oui parce que nous savons que le premier buteur camerounais entrera dans l’histoire ; nous attendons la voix historique qui annonce l’ouverture de la coupe des nations ; nous attendons ces acclamations du public le plus beau d’Afrique ; nous attendons ces gestes humains, faits par d’autres frères africains, pendant cette compétition, nous attendons les souvenirs beaux et grands pour l’éternité. Le Cameroun a ses musiciens.

On attend qu’ils jouent leur partition. 

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