Marie Noelle Graobe : «C’est difficile de faire le mannequinat avec une peau décapée»
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Dans le domaine de la mode et du mannequinat en particulier, vous êtes citée par bon nombre de critiques comme une référence au Cameroun et dans la sous-région. Pouvez-vous nous dire comment vous est venu l’idée de faire carrière dans le mannequinat ?
Ma mère était couturière et il m’arrivait de lui servir de modèle pour les vêtements qu’elle confectionnait. Mais, c’est beaucoup plus en feuilletant les magazines de mode qui trainaient dans l’atelier de couture de ma mère que j’ai nourri l’envie de faire dans l’univers de la mode. Ensuite j’ai participé à quelques compétitions lorsque j’étais au lycée. Après avoir participé à plusieurs concours de beauté au lycée, c’est finalement en 2011 que je commence à exercer en tant que professionnelle. Par mon 1,77m, mon teint noir et mon look, je me fais surnommer la «Gazelle des podiums» et depuis, je continue à graver mon nom en lettre d’or dans l’univers de la mode camerounaise et même africaine.

Vous êtes originaire de Doukoula, et donc probablement de l'ethnie Toupouri. Sachant le poids de la culture et des traditions de ce côté du pays, comment avez-vous géré les réticences culturelles ? Vos proches ont-ils accepté aisément votre choix ? Dites-nous comment vous avez réussi à les persuader ?
Il faut avouer que c’était très difficile au début. Ma famille n’a pas tout de suite été d’accord. Vous savez, dans ma culture les femmes ne font pas ce genre de métiers, mais ils ont fini par accepter en voyant que j’étais épanouie et déterminée et surtout ils ont bien compris que je ne voulais faire que ça.

Dans l'imagerie populaire, le milieu de la mode est un environnement où il existe de nombreux abus. Je veux parler du harcèlement, de l'exploitation, des violences psychologiques et parfois physiques. Qu'en est-il de la réalité ?
Le milieu de la mode est très difficile dans notre pays, je dois vous avouer qu’il m’est arrivé d’être victime du harcèlement lorsque je débutais ici au pays. Mais Dieu merci je n’ai jamais cédé, parce que lorsque vous le faites une fois, vous le ferez toujours. En Afrique du Sud et en Europe où j’évolue actuellement, je n’ai jamais été confrontée à ça. Au Cameroun c’est très compliqué d’être dans les métiers de la mode parce que nous n’avons pas de statut, nous ne sommes pas reconnus et il y a trop de préjugés autour de ces métiers. Rien n’a été facile pour moi. Le stress, la peur, le doute, la mauvaise foi, le chantage ont jalonné mon parcours. Bientôt trentenaire, je me rappelle ces moments d’angoisse. Au début, je ne savais pas si ce que je faisais était bien ou pas. J’appréhendais tout. Mais lorsque j’ai vu les résultats, j’étais très heureuse. Chaque obstacle était un élément de conviction que je tenais le bon bout. Tout au long de mon parcours, tout n’a pas été rose. Ensuite, il y a eu des problèmes dans le milieu. Des contrats non respectés et d’autres écueils. Je suis très heureuse, parce que c’est le résultat de plusieurs années d’intense travail. Toutefois, je continue à travailler pour aller encore plus loin.

Depuis combien d’années vous menez une carrière de mannequin. Qu’est-ce que le mannequinat vous a rapporté pendant tout ce temps ?
Je suis mannequin professionnel depuis 2011, et j’ai travaillé avec plusieurs marques et stylistes, on peut citer entre autres : Touky, Alexander Vauthier, Adidas, Puma, Imane Ayissi, Pedro del Hierro, Truworths, Marrine Serre et une trentaine d’autres. Comme tout métier, le mannequinat nourrit son homme. Je remercie le Seigneur parce qu’il m’a donné la force de persévérer dans ce métier parce que grâce à lui aujourd’hui je suis le porte-flambeau de tout un pays.

Les standards européens de la femme très mince, sont-ils les mêmes à prôner dans la mode africaine ? Existe-t-il un modèle africain de mannequin ?
Je pense que la mode est universelle et qu’il ne devrait pas avoir une mode propre à chaque continent. Lorsqu’on parle de mannequin, les gens ont tout de suite l’image de la femme hyper mince, sauf qu’il existe aussi des mannequins «taille grande» qui ne sont pas minces.

Quels conseils pouvez-vous donner à une jeune fille du septentrion en particulier et du Cameroun en général qui souhaite se lancer et faire carrière dans le milieu du mannequinat ?
Le conseil que je vais donner à mes jeunes soeurs, est celui que je donne à toutes celles qui veulent être mannequin : elles doivent être passionnées. Le mannequinat c’est un métier à part entière et comme dans tout métier, il faut se former. Elles ne doivent pas avoir peur. Lorsqu’on aime ce qu’on fait et qu’on est passionné, on vient à bout de tous les obstacles. Sachant combien il est difficile de vous avoir, nous ne pouvons échanger avec vous sans évoquer un sujet au coeur de l'univers de la mode : Celui de la dépigmentation de la peau, du "djansang" comme cela se dit au quartier.

Alors, pensez-vous que la dépigmentation soit un atout ou un inconvénient pour une jeune fille ou un jeune homme qui souhaite faire carrière dans le milieu du mannequinat ? Quelle est votre position personnelle sur la question ?
Dans les pays dans lesquels j’exerce actuellement, soit tu es un mannequin blanc, soit tu es un mannequin noir. Les métisses s’en sortent difficilement. Donc, il serait difficile pour quelqu’un qui s’est dépigmenté la peau de s’en sortir dans ce milieu. Personnellement, je ne porte aucun jugement, ceux ou celles qui se dépigmentent la peau ont leurs raisons. Moi j’aime ma peau ébène et je suis fière d’être noire. Dans le cadre de la préparation de cet entretien, il nous est revenu que vous aviez à coeur un projet de création d'une agence de placement de mannequins. Où en êtes-vous avec ledit projet ? A quoi nos lecteurs parmi lesquels vos nombreux fans doivent ils s'attendre dans les jours à venir ?

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