Crise anglophone : l'archevêque de Bamenda accuse des acteurs du système de saboter la paix
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Des gens profitent de la guerre. C'est ce qu'affirme Monseigneur Andrew Nkea, archevêque de Bamenda, après la visite du pape. Sa déclaration est rare, directe, et politiquement explosive : la crise anglophone au Cameroun a des bénéficiaires qui bloquent toute sortie de conflit.

Ce qu'a dit Monseigneur Andrew Nkea

Dans un entretien accordé après la visite papale, Monseigneur Andrew Nkea, archevêque de Bamenda et figure centrale de l'Église catholique dans les régions anglophones du Cameroun, a livré un diagnostic sans précédent. Il affirme que des acteurs présents au sein du système tirent profit de la guerre dans la zone anglophone et n'ont aucun intérêt à la voir s'arrêter.

Sa conclusion est aussi lucide que pessimiste : implémenter l'ensemble des recommandations formulées par le pape lors de sa visite sera difficile. Non par manque de bonne volonté côté ecclésiastique, mais parce que des intérêts organisés s'y opposent de l'intérieur.

Contexte : la visite du pape et ses recommandations

La visite papale au Cameroun avait suscité un espoir considérable dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, frappées par une crise armée depuis 2017. Le pape avait adressé des appels à la réconciliation, au dialogue et à la cessation des violences. Ces recommandations avaient été reçues comme un signal fort d'une institution internationale disposant d'une autorité morale indéniable dans ces régions majoritairement catholiques.

Monseigneur Andrew Nkea est l'interlocuteur ecclésiastique direct de ces populations. Son rôle dans les tentatives de médiation est documenté. Sa prise de parole post-visite n'est donc pas celle d'un observateur extérieur c'est celle d'un acteur qui a vu de l'intérieur les mécanismes de blocage.

Qui profite de la guerre en zone anglophone ?

La notion d'économie de guerre se définit comme l'ensemble des bénéfices matériels, politiques ou symboliques qu'un acteur tire du maintien d'un conflit armé. Elle explique pourquoi certaines guerres perdurent bien au-delà de leur logique initiale : des réseaux d'intérêts se constituent autour d'elles et résistent activement à toute résolution.

Dans le contexte de la crise anglophone, plusieurs catégories d'acteurs peuvent entrer dans ce cadre sans que Monseigneur Andrew Nkea les nomme explicitement. Les circuits d'approvisionnement en armes génèrent des revenus. Le contrôle de territoires déstabilisés offre des opportunités d'extraction de ressources informelles. Certaines positions politiques ou militaires sont consolidées par l'état d'urgence permanent. Des contrats de reconstruction ou de sécurisation sont attribués dans le contexte du conflit.

L'archevêque ne désigne pas de coupable précis. Il confirme l'existence du phénomène. C'est déjà considérable venant d'une autorité morale de son rang.

Les recommandations du pape face au mur des intérêts

La déclaration de Monseigneur Andrew Nkea crée une pression morale et médiatique sur les acteurs du processus de paix. Elle légitime le scepticisme de ceux qui doutent de la sincérité du dialogue officiel. Elle donne aussi des arguments à la communauté internationale pour exiger des engagements plus contraignants des parties.

Pour les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, cette déclaration confirme ce que beaucoup ressentent : la guerre dure parce que certains le veulent. Ce sentiment alimente la défiance envers les institutions et complique tout processus de désarmement volontaire.

Si les bénéficiaires du conflit ne sont pas identifiés, exposés et neutralisés dans leurs capacités de nuisance, aucune recommandation extérieure ne produira d'effet durable. La paix au Cameroun anglophone exige une rupture avec les économies de guerre internes. Sans cette rupture, les accords restent du papier.

Après le pape, qui peut forcer ceux qui profitent de la guerre à céder ?

Monseigneur Andrew Nkea a dit ce que beaucoup taisaient. Des acteurs dans le système veulent que la crise anglophone continue. Ils ont les moyens de bloquer la paix. La question qui s'impose désormais est politique et concrète : quelle autorité camerounaise ou internationale dispose de la volonté et de la capacité de les en empêcher ?

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