Le Cameroun attend son gouvernement depuis 6 mois. Le Bénin n'a pas dormi.
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Le Cameroun attend son gouvernement depuis 6 mois. Le Bénin n'a pas dormi. :: CAMEROON

Investi un jour, gouvernement formé le lendemain : le Bénin de Romuald Wadagni offre un contraste saisissant avec un Cameroun où l'attente d'un décret gouvernemental est devenue, depuis six mois, un sport national et l'immobilisme, une politique d'État.

Romuald Wadagni prête serment à Cotonou. Le même jour, 24 ministres sont nommés. Le conseil des ministres se réunit. La machine est lancée.

À Yaoundé, on attend.

On attend depuis que le président Biya a prononcé, lors de son discours de fin d'année, ces quatre mots devenus célèbres pour de mauvaises raisons : "dans les prochains jours". Six mois plus tard, ces prochains jours n'ont toujours pas eu lieu.

Deux pays. Deux présidents. Deux façons radicalement différentes de concevoir ce que gouverner veut dire.

Il y a des images qui valent mille discours. Celle-ci en fait partie.

Le même jour où Romuald Wadagni prêtait serment comme nouveau président du Bénin, son gouvernement de 24 membres était déjà constitué. Le conseil des ministres s'est tenu. Les premiers dossiers ont été ouverts. La transition s'est faite sans délai, sans tergiversation, sans "dans les prochains jours".

C'est peu dire que le contraste avec la situation camerounaise est frappant.

Six mois. Toujours rien.

Au Cameroun, cela fait maintenant six mois que le pays attend la formation d'un nouveau gouvernement. Le président Paul Biya, réélu ou plutôt, selon ses détracteurs, "nommé" par le Conseil constitutionnel lors d'une présidentielle d'octobre 2025 largement contestée avait promis dans son discours de fin d'année que le gouvernement serait constitué "dans les prochains jours".

Ces prochains jours se sont transformés en semaines. Les semaines en mois. Et les mois ont fini par installer ce qui ressemble de plus en plus à un immobilisme systémique.

On suppute. On murmure dans les cercles du pouvoir que les listes sont prêtes, que le décret est rédigé, que la signature est imminente. Mais rien ne sort. Et pendant ce temps, le pays se fige.

Une administration paralysée par anticipation

Le phénomène est connu des observateurs de la politique africaine : lorsque le renouvellement d'un gouvernement tarde, c'est l'ensemble de l'administration qui entre en mode de survie.

Au Cameroun, les ministres sortants savent que leurs jours sont comptés. Plutôt que de gouverner, ils gèrent leur image. Plutôt que d'instruire des dossiers, ils soignent leur visibilité médiatique. Les réunions interministérielles se multiplient pour prouver qu'on existe, qu'on travaille, qu'on mérite de rester.

Pendant ce temps, les dossiers s'accumulent. Les décisions urgentes attendent. Et les citoyens, eux, continuent de se débrouiller avec une administration tournant au ralenti.

Six ans sans conseil des ministres

Le chiffre est vertigineux, mais il est réel : le Cameroun n'a pas tenu de conseil des ministres depuis plus de six ans. Cette instance, pourtant centrale dans tout système présidentiel digne de ce nom, est devenue une curiosité historique dans le pays.

Au Bénin, elle s'est réunie le jour même de l'investiture de Wadagni.

La différence n'est pas anecdotique. Elle dit quelque chose de profond sur la nature du pouvoir : qui l'exerce réellement, avec quelle intensité, et pour quel projet.

La parole présidentielle en question

"Dans les prochains jours." Quatre mots. Une promesse. Et un vide qui s'étire depuis six mois.

Il existe, dans tout système politique, une ressource invisible mais fondamentale : la crédibilité de la parole du chef. Lorsqu'un président parle, les marchés bougent, les administrations s'activent, les citoyens ajustent leurs attentes.

Lorsque cette parole perd son ancrage dans le réel, c'est toute la confiance institutionnelle qui s'érode.

À Etoudi, le palais présidentiel camerounais, on semble avoir intégré que la parole ne sert plus à déclencher l'action. Elle sert à rassurer voire à prouver, selon les mots cinglants, "que le chef de l'État peut encore parler, marcher et reconnaître les visages."

C'est cela, aussi, le coût des règnes qui s'étirent trop longtemps.

Ce que le Bénin dit au Cameroun

Romuald Wadagni n'est pas présenté comme un démocrate parfait. Son élection a aussi ses zones d'ombre et ses détracteurs. Mais sur un point, il a envoyé un signal fort : gouverner, c'est agir. Et agir, c'est maintenant.

Pour le Cameroun, la leçon est amère. Le pays dispose de ressources humaines, naturelles et institutionnelles considérables. Il a les cadres pour gouverner, les textes pour organiser le pouvoir, les hommes et femmes capables d'impulser une dynamique.

Ce qui manque, ce n'est pas la matière. C'est la volonté ou peut-être, simplement, l'énergie.

 "À tout moment, le monde peut changer." Et cette fenêtre, le Cameroun ne peut pas se permettre de la manquer indéfiniment.

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